Les courants commerciaux déterminent les orientations de Taiwan
(Synthèse réalisée à partir d'un article de Taipei Journal du 22 décembre 2000)
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| Les acheteurs de Taiwan participent régulièrement aux foires commerciales européennes (Photo: Huang Chung-hsin) |
Actuellement l'Union européenne est le troisième partenaire commercial de Taiwan tandis que Taiwan est le dixième partenaire de l'Union. Les échanges commerciaux n'ont cessé de se développer depuis la constitution de l'Union en 1993. Les relations économiques étroites entre l'Union européenne et la République de Chine ainsi que l'intégration communautaire ont augmenté l'intérêt de Taiwan à dynamiser ses relations culturelles, sociales et académiques avec l'Union européenne.
Quelque temps après l’entrée en fonctions du Président Chen Shui-bian, le 20 mai 2000, celui-ci a annoncé que le nouveau gouvernement accorderait une place prioritaire au commerce et étendrait les relations de Taiwan avec l'Union européenne.
Cela ne signifie pas que la République de Chine reviendra sur son objectif à long terme qui est de s'assurer une reconnaissance diplomatique ni que ses relations avec les Etats-Unis et le Japon, qui ont tous deux occupé une importance considérable par rapport aux préoccupations stratégiques et de sécurité nationale de la République de Chine, diminueront. Cela signifie plutôt que le gouvernement consacrera plus de temps, d’énergie et de moyens aux relations entre Taiwan et l’Union européenne.
Le Président a indiqué que le gouvernement n'intensifierait pas seulement sa coopération avec l'administration de l'Union européenne, mais aussi avec les divers groupes politiques, instances académiques et organisations non-gouvernementales d'Europe occidentale. « Taiwan s'efforcera d'établir une relation in extenso avec l'Union européenne », a indiqué le Président Chen Shui-bian.
Un volet important de cette stratégie visant à consolider la présence de Taiwan en Europe a été d'établir un bureau de représentation à Bruxelles. De plus, le Président Chen Shui-bian estime que l'absence prolongée d'un bureau de liaison de l'Union européenne à Taipei est contraire aux intérêts des deux parties, soulignant : « L'Union européenne devrait ouvrir son bureau de représentation à Taipei dès que possible pour servir nos intérêts mutuels ».
En l'absence de relations diplomatiques, Huang Yen-chao, directeur du Bureau de représentation de Taipei en Belgique, est responsable d'un certain nombre de questions concernant les affaires entre la République de Chine et l'Europe. M. Huang a indiqué que depuis la formation de l'Union européenne en 1993, la communauté avait pris de plus en plus de poids, tant au plan politique qu'au plan économique, et que son importance pour Taiwan était incontestable.
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| L’exposition des Trésors du Musée national du Palais, de Taipei, qui a eu lieu pendant trois mois au Grand Palais à Paris, a remporté un franc succès (Crédit photographique: Musée national du Palais) |
A l'heure actuelle, l’objectif principal de la politique de la République de Chine est de développer la coopération commerciale et technologique entre Taiwan et l'Union européenne, a indiqué M. Huang. Le gouvernement s'efforce également de multiplier les échanges culturels et académiques.
La République de Chine essaye d'acquérir le soutien politique de l'Union européenne, particulièrement à propos du différend qui l'oppose à la Chine continentale. Toutefois, a admis M. Huang, il est peu probable que l'Union européenne se départisse de sa position actuelle en ce qui concerne les relations entre les deux rives du détroit de Taiwan. Malgré l'expression d'un certain soutien en faveur de Taiwan au sein du Parlement européen, l'ensemble des quinze pays-membres de l'Union européenne soutient le principe d' « une seule Chine » défendu par Pékin. Il s'agit-là d'un fait auquel la République de Chine est bien obligée de faire face.
Malgré tout, ce diplomate de haut rang a fait part de son optimisme et indiqué que la position de l'Union européenne, favorable au gouvernement de Chine continentale, voire essayant de développer ses relations avec Pékin, n'était pas pour autant défavorable à Taiwan. Mais M. Huang a toutefois encouragé l’Union européenne à maintenir sa politique actuelle, à savoir faire la part des choses entre les questions politiques et les intérêts économiques, car il s’agit de la meilleure voie de développement pour l’avenir.
La procédure en cours de l’accession de Taiwan à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en est un exemple. Même si Pékin a dit et répété qu’il ne ferait pas obstacle à l’admission de Taiwan au sein de l’OMC, les autorités de Chine continentale ont continûment essayé de saper la position de Taiwan. Au début de 2000, dans une tentative improvisée pour embarrasser Taiwan, la Chine continentale a insisté pour que le « Taipei chinois » soit admis comme « région douanière affiliée de Chine ». Bien que venant à peine de ratifier un accord commercial favorable à la Chine continentale, les Etats-Unis ont promptement invalidé cette idée. « Les questions politiques ne devraient pas intervenir en matière de coopération économique », a indiqué M. Huang. Le représentant a admis que les défis et les obstacles étaient toujours là et que le gouvernement devait s’efforcer de multiplier les interactions et favoriser une meilleure compréhension entre les deux parties.
Depuis le milieu des années 80, le gouvernement a aidé les hommes d’affaires de Taiwan à s’implanter sur le marché européen et l’Union européenne est devenue l’un des principaux marchés à l’exportation de Taiwan, juste après les Etats-Unis. L’expansion de l’Union européenne a permis un renforcement continu des interconnections.
Des relations commerciales étroites ont conduit à l’établissement de dispositifs officiels pour débattre de questions commerciales ou de litiges susceptibles de survenir. Depuis 1987, époque où le bloc de l’Europe occidentale s’appelait encore la Communauté économique européenne, des réunions consultatives annuelles se sont tenues entre les responsables gouvernementaux et les représentants de l’industrie des deux parties. De plus, des conférences sur la coopération industrielle ont eu lieu à Taipei et à Bruxelles, conférences auxquelles ont participé des responsables de haut niveau des deux parties.
Henry Yang est directeur du service économique du Bureau de représentation de Taipei en Belgique. Il a indiqué que l’augmentation du commerce avec l’Union européenne permettait à Taiwan de diversifier ses investissements dans des pays socialement stables et dotés de systèmes juridiques ayant fait leurs preuves. Actuellement, la plupart des investissements de Taiwan ont pour cadre la Chine continentale et l’Asie du Sud-Est.
L’avance actuelle de l’Union européenne dans certaines hautes technologies et sa main-d’œuvre qualifiée en font également un partenaire attrayant, a expliqué M. Yang, indiquant que la coopération économique entre les deux parties permettait à Taiwan de se familiariser avec des technologies et des compétences techniques qui lui font défaut pour l’instant. M. Yang a fait remarquer en outre que le potentiel d’expansion de l’Union européenne – dont le nombre de pays-membres pourrait doubler dans les sept prochaines années – et l’adoption prochaine d’une monnaie unique feront de l’Union européenne le plus grand marché du monde. En conséquence, a-t-il dit, l’objectif de notre gouvernement est de continuer à aider les entreprises de Taiwan à conquérir leur part du marché rentable qu’est le marché européen.
M. Yang est persuadé que l’OMC permettra de consolider les relations commerciales entre l’Europe et Taiwan. L’OMC ouvrira de nouveaux canaux de communication, la réglementation concernant le commerce bilatéral sera plus lisible et plus transparente, et les barrières commerciales continueront à se réduire. « La structure de l’OMC protègera davantage les intérêts commerciaux de Taiwan et de l’Union européenne, et permettra d’ancrer le commerce entre les deux parties », a-t-il confié.
Chang Ya-chung, professeur de science politique à l’Université Nanhwa, a confirmé en disant que l’Union européenne était devenue une organisation internationale aussi importante que les Nations unies et qu’il fallait la considérer comme une cible de politique étrangère prioritaire pour la République de Chine.
Dans le passé, le développement des relations de Taiwan avec l’Union européenne était basé sur des relations avec chaque pays pris individuellement. Cela était dû au fait que le précédent gouvernement avait une politique étrangère qui accordait peu d’importance à l’Europe. L’Union européenne a pris de l’importance aux yeux de Taiwan et doit être considérée comme une entité distincte et indépendante.
L’un des principaux objectifs de l’Union européenne est de défendre les intérêts économiques des peuples qui la composent et d’améliorer leur qualité de vie. En conséquence, a indiqué M. Chang, l’accent devrait être mis sur les échanges commerciaux et culturels, plutôt que politiques, dans les relations entre Taiwan et l’Union européenne. « Il est difficilement envisageable que Taiwan place de grands espoirs dans la capacité de l’Union européenne à changer ses orientations politiques », a-t-il fait remarquer.
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| De nombreux représentants commerciaux du monde entier ont un bureau au World Trade Center de Taipei (Photo: Huang Chung-hsin) |
M. Chang a reconnu que le soutien des membres du Parlement européen, particulièrement celui du groupe d’amitié pour Taiwan, était tout à fait encourageant pour la République de Chine qui était relativement isolée de communauté internationale officielle, ajoutant toutefois que ces initiatives n’avaient qu’un effet politique limité. En réalité, a-t-il reconnu, il est difficile d’entrevoir un développement substantiel des relations diplomatiques entre Taiwan et l’Union européenne, à moins que ne survienne au préalable une avancée dans les relations inter-détroit.
L’Union européenne considère la Chine continentale comme la clé du maintien de la stabilité en Asie. Ainsi, outre le fait qu’elle soutient le principe de Pékin d’ « une seule Chine », l’Union continue à développer ses relations – voire ses alliances avec Pékin. Cette année, l’Union européenne a mis au point un accord commercial qui permettra l’accession de la Chine continentale à l’OMC.
Des relations si étroites font qu’il est peu probable que l’Union européenne change sa position. « C’est un fait que Taiwan doit admettre », a dit M. Chang. Cependant, les relations commerciales entre l’Union européenne et la Chine continentale ne font pas obligatoirement obstacle à une coopération économique entre l’Europe et Taiwan.
Le Professeur Chang a en outre suggéré que Taiwan prenne des mesures concrètes pour améliorer ses relations avec l’Union européenne plutôt que de rester passif. Par exemple, le gouvernement devrait accélérer le processus d’ouverture d’un bureau de représentation de l’Union européenne à Taipei et ouvrir sans tarder un bureau commercial à proximité du siège de l’Union européenne à Bruxelles.
Pour mener à bien cette mission, il faudrait d’abord établir une structure de travail qui ait des liens multiples et soit chargée de la planification d’ensemble. En outre, des spécialistes capables de parler plusieurs langues européennes devraient être recrutés pour améliorer les relations de Taiwan avec les pays européens.
M. Chang a émis le vœu qu’en dépit de ces défauts, l’intégration de l’Union européenne puisse servir de modèle à Taiwan et à la Chine continentale.
L’émergence d’une Europe unie montre que les populations de ce continent ont réussi à transcender leurs intérêts nationaux. « Ce nouveau mode de pensée a permis de garantir la paix et de préserver la prospérité des citoyens », a-t-il dit.
« Les populations de part et d’autre du détroit de Taiwan, qui ont pendant de longues années été en conflit sur la question de la souveraineté de l’île, devraient s’inspirer de l’expérience réussie de l’Europe », a conclu le professeur Chang.