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| Pour éloigner les
esprits malins, on appose sur les battants de la porte d’entrée
les effigies des dieux des Portes. (Aimable crédit de la Commission
d’Etat de la Culture) |
Le Nouvel An chinois est sans nul doute
la fête la plus importante pour les communautés chinoises à
travers le monde entier. Il est aussi appelé « lunaire »
parce qu'il se célèbre suivant le calendrier lunaire chinois
et non le calendrier grégorien. Cette fête est un moment dont
on profite en prenant des vacances, en se réunissant en famille et
entre amis.
L'origine de cet événement
remonte à plusieurs milliers d'années, au long desquelles
se sont tissées des légendes riches en couleurs et en traditions.
L'une des plus populaires est celle de Nien, un monstre cruel et vorace
qui, croyaient autrefois les Chinois, dévorait les êtres humains
la veille du Nouvel An. Pour l'éloigner des foyers, on affichait
de chaque côté de la porte d'entrée une bande de papier
rouge sur laquelle on écrivait un vers. On allumait des torches
et claquait des pétards durant la nuit, des traditions toujours
bien vivantes de nos jours. C'est qu'en effet, disait-on, Nien craignait
le rouge, la lumière et le bruit. Dès le lendemain matin,
un sentiment de triomphe et une ambiance de renouveau régnaient,
puisque Nien avait été tenu à l'écart pour une nouvelle
année. Tout le monde alors se réjouissait en lançant :
« Kung-hsi » (félicitations).
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| Pour s'assurer toute l'année
la bonne fortune, les Chinois donnent un nom particulier à
chaque plat. Ce mets appelé Les cinq bénédictions
de l'année nouvelle symbolise la longévité, la
richesse, la paix, la sagesse et la vertu. (Photo de Chang Su-ching) |
Même si les congés pour l'occasion
ne durent généralement que quelques jours à partir de la
veille du Nouvel An, les festivités, elles, s'étalent en fait
sur près de trois semaines. Elles commencent le 24e jour
du dernier mois lunaire, lorsque les dieux montent au Ciel pour rendre
hommage à l'Empereur de Jade, la divinité taoïque suprême,
et lui faire un rapport sur chaque famille. Selon la tradition, dans les
maisons, on honore ces dieux avec piété en leur brûlant
de la monnaie votive qui aide aux dépenses de leur périple céleste.
Un autre rite est d'enduire de sucre de malt les lèvres de l'effigie
du dieu du Foyer, également un des pèlerins divins, pour s'assurer
qu'il rapporte à l'Empereur de Jade de bons propos sur la maisonnée
ou bien garde devant lui le silence.
Des formules poétiques, ou
« voeux de printemps », sont accrochées partout dans la
maison. Ce sont des bandes ou des carrés de papier sur lesquels
sont inscrits des souhaits exprimant à tous « bonheur »,
« succès », « longévité » et «
joie ». Ces carrés de papier--traditionnellement apposés
à l'envers, parce que « renversé » se lit en mandarin
tao, homophone du mot « arrivé »--représentent
la venue du printemps ou de temps prospères.
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| Plus les craquelures sur le fa-kao,
une sorte de gâteau de riz, sont larges, plus l'année
nouvelle sera prospère, selon la tradition. |
La veille du Nouvel An chinois, les
membres d'une famille qui vivent loin de la maison paternelle y retournent
pour se réunir et partager un somptueux festin. A ce moment-là,
ils distribuent aux plus âgés et aux enfants de l'argent placé
dans une enveloppe rouge qui portera bonheur, tandis que tous veillent
pour accueillir l'année nouvelle. Les Chinois ont longtemps cru que
rester éveillés jusqu'au matin aidait les parents à vivre
plus longtemps. Ainsi, ce soir-là, on n'éteint pas les lampes,
non pas pour faire fuir l'horrible Nien, mais pour permettre à tous
de rester ensemble, en famille. Certains se livrent à des cérémonies
religieuses après minuit et fêtent dans leur maison la venue
du dieu de la Nouvelle Année, un rituel qui se conclut par de longs
craquements de pétards.
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| Pour les enfants, le moment le plus
excitant de la fête est celui où ils reçoivent leur
hong-bao, l'enveloppe rouge, contenant de l'argent. |
Le jour de l'an, le premier élan
de chacun est de rendre l'hommage rituel aux ancêtres, puis de révérer
les dieux. Les plus jeunes de la famille honorent ensuite les plus âgés.
On revêt des habits neufs et on visite les parents proches, les amis
et les voisins, échangeant des voeux accompagnés de la formule
d'usage, kung-hsi fa-tsai, « félicitations et prospérité
». C'est aussi le moment de se réconcilier, les rancunes étant
balayées pour faire place à la cordialité et à l'amitié.
Une des activités les plus populaires
de cette fête est certainement la danse du dragon et du lion. La
frayeur que ces bêtes suscitent est censée repousser les esprits
malins, et le déploiement des danseurs agiles offre un spectacle
apprécié.
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| Peu avant la fête, les marchés
s'animent et des aliments de toutes sortes sont vendus. |
Le deuxième jour de la nouvelle
année est réservé aux femmes mariées. Elles retournent
voir leurs propres parents. S'il s'agit d'une nouvelle mariée, son
époux l'accompagne et apporte quelques cadeaux à la belle-famille.
Selon une légende pleine de charme, le 3e jour est celui
où les souris marient leurs filles. Aussi la veille au soir, se couche-t-on
plus tôt pour permettre aux souris de fêter tranquillement leurs
noces.
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| La danse du dragon et du lion, aux
mouvements vifs et aux costumes somptueux, est certainement un grand
moment de la fête du Nouvel An chinois. |
Le quatrième
jour, l'enthousiasme commence à s'estomper. Dans l'après-midi,
on prépare des offrandes de victuailles pour accueillir le dieu du
Foyer qui revient de son voyage céleste. Ce retour marque aussi la
fin d'une liberté sans surveillance divine, comme le révèle
un vieil adage chinois : « Il n'est jamais trop tôt pour
renvoyer les dieux ni jamais trop tard pour leur demander de revenir.
»
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| Les temples s'emplissent de fidèles
venus brûler leurs bâtonnets d'encens, présenter
leurs offrandes et prier les dieux, espérant qu'ils leur apporteront
richesse et bonheur durant la nouvelle année. |
Le lendemain, les festivités de
Nouvel An sont presque achevées. Sur les autels, on retire toutes
les offrandes, et la vie reprend son cours normal. Enfin, le 9e
jour de l'an lunaire, d'autres offrandes sont présentées dans
les cours des temples pour célébrer la naissance de l'Empereur
de Jade.
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| Puisque « poisson » se prononce
yu comme le mot « abondance », les décorations
comportant cet animal sont populaires durant la saison du Nouvel
An chinois. |
Comme dans toutes les fêtes chinoises,
la nourriture tient une place importante durant le Nouvel An, et les repas
sont généralement élaborés. La plupart des plats alors
préparés sont censés apporter la bonne fortune. Par exemple,
le poisson (yu) signifie que l'« on a suffisamment »;
la ciboulette aillée (chiu-tsai) représente l'éternité;
le navet (tsai-tou), le bon présage; et les boulettes de poisson
(yu-wan) et de viande (jou-wan), la réunion. Les desserts
ont également leur signification propre, comme le gâteau de
riz glutineux (nien-kao)qui évoque la carrière réussie
et, au bout du chemin, la prospérité. Les Chinois du Nord servent
des raviolis cuits à l'eau (shui-chiao), ayant la même
forme que les taëls, c'est-à-dire celle d'un sabot de cheval,
censés apporter la richesse à ceux qui en mangent.
Cependant, le Nouvel An chinois n'est
pas seulement un moment de joie. Il existe aussi des superstitions néfastes
et des tabous qui n'ont pas tout à fait perdu de leur vigueur.
On croit toujours qu'il ne faut pas balayer le sol pendant les cinq
premiers jours de l'année lunaire, de peur de jeter hors de la
maison le bonheur et la fortune. Bien sûr, les jurons et les propos
sur la mort sont proscrits en ces jours de liesse. Si on casse une assiette
ou un plat, on prononce aussi vite que possible la phrase sui sui
ping an (« paix pendant toute l'année ») pour conjurer
le mauvais sort. Les bâtons d'encens et les bougies brûlent
jour et nuit afin d'assurer la longévité dans la maisonnée.
Chez d'autres, l'usage de couteaux ou de ciseaux est prohibé de
crainte de ne couper le fil de la bonne fortune pour toute l'année
qui commence. Quelques-unes de ces superstitions ont une connotation
davantage spirituelle.
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| Le tableau Paix et prospérité
au Nouvel An, de Huang Yueh, dynastie Ching, dépeint l'atmosphère
festive du Nouvel An chinois durant lequel on prépare des voeux
écrits avant de les afficher de chaque côté de la
porte principale. (Aimable crédit du Musée national du
Palais, à Taïpei) |
Les temples de Taïwan sont alors
envahis par une foule pieuse venue prier, offrir de l'encens et implorer
les dieux de leur accorder un meilleur sort durant l'année. Ainsi,
la veille du jour de l’An, peu avant minuit, les gens plus nombreux
et plus bruyants s'attroupent devant les grands temples. A minuit pile,
les fidèles envahissent le sanctuaire pour être les premiers
à placer leurs bâtonnets d'encens dans le vase-encensoir dédié
aux dieux. Une tradition tenace veut que le premier qui effectue cet acte
soit béni pour la nouvelle année.
Si quelques-uns de ces usages occultes
du Nouvel An chinois sont tombés en désuétude à
Taïwan, en raison de l'évolution des moeurs, les célébrations
de cette fête sont observées avec une importance incomparable.
Bien avant la saison, les petits marchands de rue s'installent aux bons
endroits pour vendre les fameuses bandes de papiers portant les «
voeux de printemps ». Les achats de Nouvel An commencent assez tôt
et sont une des principales activités à cette époque
dans l'île. Par exemple, à Taïpei, la rue de Tihua, située
dans un vieux quartier, célèbre pour ses boutiques d'épices
et d'autres produits alimentaires typiques, devient vite la destination
préférée des citadins à l'approche de l'année
lunaire. Des chansons et des airs traditionnels résonnent dans
les grands magasins, qui, pour la saison, bradent leurs articles afin
d'attirer une foule enrichie de la prime traditionnelle qui est versée
à ce moment et désireuse de faire ses emplettes de Nouvel
An.
Les jours précédant le
Nouvel An chinois, ceux qui vivent loin de leurs parents se préparent
à retourner dans leur famille. Afin d'éviter les embouteillages
monstrueux sur la route, certains partent un jour plus tôt. Ceux
qui empruntent un moyen de transport public, dorment dans les halls
des aéroports, des gares ferroviaires ou routières pour être
sûrs d'obtenir leurs réservations à la date voulue. Les
tickets s'arrachent dès leur mise en vente et tout sera complet.
Peu importe l'épuisement de ce périple, les inconvénients
sont vite oubliés dès que la famille est réunie autour
de la grande table de Nouvel An pour partager un repas savoureux et
copieux, le plus important de l'année. Quoiqu'il advienne, les
retrouvailles familiales seront toujours au coeur de la fête du
Nouvel An chinois.

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| Les douze animaux du Zodiaque chinois, hautement symboliques, marquent
l'un après l'autre les années lunaires, permettant de les différencier
plus facilement. |
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