Edito
LE TEMPS DES TURBULENCES
Alors que, le mois dernier, on faisait le bilan des 100 jours de Ma Ying-jeou [馬英九] à la tête de l’Etat, l’optimisme était encore de règle, malgré la hausse du prix des matières premières et du baril de pétrole. Mais sous l’effet conjugué du ralentissement de l’économie mondiale, de la crise financière et du scandale du lait contaminé à la mélamine en provenance du continent chinois, le moral des ménages et la confiance des investisseurs ont baissé. Ce climat risque, au moins à court terme, de ralentir les efforts du gouvernement dans la réalisation des objectifs qu’il s’est fixés sur deux grands dossiers : le retour d’une croissance forte et la normalisation des relations avec le continent chinois, des domaines particulièrement sensibles aux variations de l’humeur des acteurs économiques et de l’opinion publique.
Sur le plan économique, la période semble difficile alors que dans le courant du mois, le gouvernement a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année prochaine, désormais en-dessous de 5%. La crise financière n’a pas moins épargné la place de Taipei que les autres bourses asiatiques, et l’onde de choc venue des Etats-Unis a fait assez durement chuté l’indice insulaire, le TAIEX. L’Etat a mis la main à la poche pour injecter suffisamment de liquidités sur le marché, tentant de stabiliser les cours et de prévenir toute panique. Les Taiwanais, boursicoteurs dans l’âme, ont toutefois vu la valeur de leurs placements fondre alors que la hausse du prix des matières premières avait déjà pesé sur leur pouvoir d’achat. Le ralentissement de l’économie mondiale n’a rien arrangé d’autant plus que Taiwan reste très dépendante de ses exportations sur les marchés chinois et américains. Autant dire que les promesses électorales du chef de l’Etat sont brusquement apparues sous un jour plus cru, entretenant chez les Taiwanais l’idée que la relance économique annoncée n’aura plus les effets escomptés sur le porte-monnaie de la ménagère et le carnet de commandes du patron de PME.
Le scandale du lait chinois contaminé à la mélamine est venu peser encore un peu plus sur le moral des Taiwanais, toujours les premiers à subir les dérèglements du fonctionnement de l’Etat chinois. Déjà en 2003, la crise du sras née sur le continent avait touché de plein fouet l’île, et pas une année ne passe sans qu’un scandale relatif à un produit impropre à la consommation ou nocif pour la santé ne vienne perturber la vie quotidienne des insulaires. En 2005, on a trouvé des traces d’antibiotiques dans les crabes importés de Chine, dont les Taiwanais raffolent. En 2006, ce sont les baguettes et les cure-dents produits sur le continent qui se sont révélés nocifs pour la santé. En 2007, on a découvert que la peinture utilisée dans certains jouets fabriqués en Chine contenait du plomb. Il y a aussi eu l’incident du dentifrice à l’antigel. L’ampleur de l’affaire du lait, même si elle n’a pas fait de victime ici, n’arrange en rien le lent et complexe processus d’établissement de la confiance avec Pékin dans lequel s’est lancé le gouvernement, d’autant que ce dernier est soumis à la pression de l’opinion publique.
La fragilité du statut international de Taiwan et de ses soutiens à l’étranger a donné à l’Etat l’habitude de gérer les crises avec une réactivité peut-être plus développée qu’ailleurs mais la conscience aiguë de la vulnérabilité de l’île chez les Taiwanais pèse aujourd’hui sur l’humeur de l’opinion publique et la confiance des acteurs économiques. Restons tout de même optimistes ! ■