TOURISME
Un téléphérique dans le thé
Allen Hsu
PHOTOS DE WANG NENG-YU / MUNICIPALITE DE TAIPEI

Le système de télécabines de
Mucha a une capacité de 2 400 passagers à l'heure. Il accomplit les 4 km
de parcours en une quarantaine de minutes : le temps de bénéficier d'une
vue exceptionnelle sur les collines et la capitale.
Peu importe le moment de l'année, chaque week-end, les Taipéiens
aiment se rendre sur les hauteurs du quartier de Mucha, à Maokong, là où
ils peuvent respirer loin de la pollution urbaine et déguster, dans un cadre
idyllique, une tasse de thé.
Car ces collines situées tout au sud de la capitale sont célèbres pour leurs plantations de thé et les maisons où l'on peut s'arrêter pour savourer un délicieux oolong. Le lieu est apprécié également pour sa verdure, ses sentiers qui serpentent au milieu des bosquets de bambou, ses temples...
Depuis juillet dernier, les curieux ont une nouvelle raison de vouloir se balader là-bas, avec l'ouverture du téléphérique de Maokong, le plus long de l'île, qui part du zoo de Mucha pour arriver au sommet des collines.
L'idée de ce système de transport s'est imposée petit à petit, afin de trouver un remède aux embouteillages sur les routes de Mucha, les jours de grande fréquentation. L'objectif était aussi de stimuler le tourisme local.
La solution est donc venue avec la construction du téléphérique, qui a commencé en novembre 2005 et a duré 2 ans. Elle a été entièrement réalisée par l'entreprise française Poma, bien connue des skieurs de l'Hexagone, mais pas seulement : la société a réalisé plus de 7 700 installations dans 73 pays.
A Maokong, la ligne s'étend sur un peu plus de 4 km et comprend 47 piliers. Le trajet prend 40 mn à une vitesse moyenne de 3 à 5 m/s.
« Je n'invente rien quand je dis qu'en fait, le système ici est l'un des plus compliqués que Poma ait mis en place dans le monde », souligne Chao Hsiung-fei, le vice-président de Taipei Rapid Transit Corp. (TRTC), qui explique que partout ailleurs, les lignes ont un tracé rectiligne, alors que celle de Maokong a été réalisée selon deux angles, l'un de 15 o et l'autre de plus 80o. « Il n'en existe qu'un seul de ce type ! »
On compte 4 stations : celle du Zoo de Mucha, au départ, puis celle du Zoo Sud, celle du temple de Zhinan et, pour finir, celle de Maokong. Le dénivelé d'un bout à l'autre de la ligne est de 275 m.
La construction s'est révélée beaucoup plus difficile que prévu, puisqu'on n'a pu ouvrir aucune route de service le long du tracé, afin de préserver l'environnement. Une partie des outils ont été apportés par les techniciens, certains grimpant la pente en portant parfois jusqu'à 60 kg de matériel. « S'ils doivent toujours porter leurs outils pour les besoins de l'entretien, la différence est que, maintenant, ils y sont habitués ! », plaisante Chao Hsiung-fei.

Pour les habitants de Taipei, Maokong est l'endroit
idéal pour prendre le thé en terrasse à la nuit tombante.
Il y a d'autres téléphériques dans l'île. Un a été
construit au Vil lage culturel des aborigènes formosans, un parc à thème
dans le district de Nantou, et un autre au Parc océanique du district de Hualien.
Mais celui de Maokong reste le plus impressionnant, avec sa capacité de 2 400
passagers à l'heure et ses 144 cabines en aluminium pouvant chacune emporter
jusqu'à 8 passagers.
« La ligne a été ouverte au public le 4 juillet dernier, indique Chao Hsiung-fei. Entre cette date et le 2 novembre, ce sont 1,7 million de passagers qui l'ont empruntée, ce qui revient à une moyenne journalière de 15 000 passagers. »
Etudiante à l'université nationale Cheng Chi, située non loin de la ligne, Brenda Chang l'a prise à plusieurs reprises, avec, à chaque fois, une longue queue à faire avant de pouvoir obtenir les tickets. « A bord, la première fois, je me souviens avoir eu des appréhensions, surtout à cause de la hauteur. Mais tout est si stable et fonctionne si bien qu'on se concentre vite sur la beauté du paysage, la sérénité vous envahissant peu à peu. » Elle confie revenir fréquemment emprunter le téléphérique, car, dit-elle, le trajet l'aide à réfléchir. « C'est devenu une habitude, à chaque fois que je me sens perdue dans mes études. »
Les touristes, surtout ceux qui viennent du centre et du sud de l'île, sont ravis, d'autant plus que le prix du trajet est modeste, car il s'agit d'un service public. Un trajet coûte 50 dollars taiwanais, avec 20% de réduction pour les groupes de 10 personnes et 30% pour ceux de 40 personnes.
« Le coût du billet est le deuxième moins cher au monde, et cela ne nous a pas empêché de dégager des bénéfices après seulement 4 mois d'exploitation », insiste Chao Hsiung-fei.
Quand la municipalité de Taipei a décidé de construire le téléphérique, elle n'a pas hésité à en confier la gestion à TRTC, qui s'est fait particulièrement remarquer par son succès dans l'exploitation du métro de Taipei. Les éloges la concernant viennent aussi de l'étranger, puisque le système de transport en commun géré par l'entreprise a été classé comme l'un des 25 plus efficaces au monde par Nova International Railway Bench mark Group and Community of Metros, entre 2004 et 2006.
Depuis que le téléphérique a été ouvert au public, il fonctionne quotidiennement, sauf le lundi, jour réservé à la maintenance. « Les gens de Poma nous ont confié avoir été impressionnés par notre efficacité, surtout lors de l'étape initiale », explique Chao Hsiung-fei. Mais il y a toujours une marge pour progresser, ajoute-t-il.
La principale difficulté, pour les équipes de maintenance, ce sont les intempéries. La prévention en la matière est en tout cas un élément fondamental. Il s'agit de tenir compte de tous les risques de rafales de vent, de tempêtes, d'orages, de typhons ou de tremblements de terre.
Aucun compromis n'a été toléré concernant la sécurité. Qu'il s'agisse d'une coupure de courant des générateurs de secours sont en place ou de tout autre incident, tous les cas de figure ont été envisagés, et les employés s'y sont préparés. « La maintenance et des contrôles de sécurité réguliers sont essentiels », insiste Chao Hsiung-fei.
Les gens de la capitale aiment redécouvrir les collines de Maokong en téléphérique. « C'est réellement une bénédiction pour ceux qui vivent dans la ville », souligne encore le vice -président du TRTC, heureux de la réussite de cette aventure. Ils peuvent vraiment faire du tourisme sans aller très loin ! »

Dans les environs, on cultive un oolong très réputé.
Maokong et le thé
« L'histoire du thé à Maokong remonte à une centaine d'années », déclare Amy Lee, la présidente de l'association locale qui promeut le tourisme du thé. Elle explique que l'on y produit du tieguanyin, une variété d'oolong riche en saveurs. Les planta tions de thé en terrasses ont fait la renommée du lieu. Le tourisme s'y est développé dans les années 80. C'est à cette époque que les fermiers ont commencé à monter des maisons de thé pour faire goûter leur production aux gens de la capitale. De petits musées privés liés au thé et à sa culture ont aussi été créés par certains des producteurs. Maokong, c'est aussi des sentiers verdoyants, notamment celui qui, sur une distance d'un peu moins de 4 km, permet de relier le temple Zhinan et le pavillon Dachen au Centre d'information sur le thé. Attention, le chemin monte et descend : à un endroit, il y a plus de 1 200 marches à gravir. Heureusement, on peut s'arrêter souvent pour admirer la vue, et puis, une tasse de thé vous attend !