Société

TAIWAN SUR INTERNET : BIEN, MAIS PEUT MIEUX FAIRE

Steven Crook
©Steven Crook, 2005
PHOTOS : GIO

L’emblématique
mont de Jade (Yushan)
fait l’objet de
nombreuses pages
Internet sur le site
consacré au parc
national du même nom.

Un des volets de Défi 2008, le plan national de développement de six ans initié en 2002, concerne la multiplication par deux du nombre des étrangers séjournant à Taiwan chaque année, afin que celui-ci atteigne 5 millions. Pour y parvenir, il est nécessaire que les hauts responsables du tourisme comprennent la nécessité impérieuse de recourir à une campagne marketing adaptée. Effectivement, une partie des fonds alloués à l’amélioration des structures touristiques est investie dans la construction ou la rénovation des sites Internet destinés aux touristes. Il n’y a pas de méthode plus efficace ou moins onéreuse pour toucher le monde extérieur.

Chacun des douze Régions touristiques et des six Parcs nationaux dispose ainsi désormais d’un site multilingue. Outre les informations postées en caractères chinois traditionnels (l’écriture en vigueur à Taiwan) et en anglais, on y trouve plusieurs pages en japonais, ainsi qu’en caractères simplifiés (ceux utilisés en Chine et à Singapour). Vingt-trois circonscriptions sur les 25 que compte Taiwan proposent eux aussi des informations en anglais sur leur site. Malheureusement, notent certains journalistes étrangers spécialisés dans les reportages touristiques, leur utilité varie grandement, en particulier pour les internautes qui ne lisent pas le chinois.

Robert Kelly, l’un des auteurs de la dernière édition du guide Lonely Planet sur Taiwan, trouve les sites Internet taiwanais extrêmement riches, que l’on cherche à en savoir plus sur les lieux ou établissements touristiques à découvrir, sur les festivals ou encore sur l’histoire des temples et des sites historiques.

Ceux qui envisagent un séjour à Taiwan commencent en général par explorer le site de l’office national du Tourisme (TBROC), www.tbroc.gov.tw. Celui-ci pourrait être plus complet, note le reporter qui suggère une section consacrée à la littérature de voyage et aux guides touristiques — comme par exemple Taipei Day Trips, une collection suggérant des itinéraires d’excursions de quelques heures. Il serait bon aussi de donner davantage d’adresses d’hôtels pas chers, ajoute-t-il. « Mais les liens vers les sites des grandes villes et des districts sont très informatifs. »

Robert Kelly pense que le site du TBROC gagnerait à comporter plus de photographies et qu’il devrait mentionner FreshTreks, (www.freshtreks.com), « parce que c’est la seule société d’aventures dirigée par un étranger. Cela veut dire que les gens qui veulent venir à Taiwan pour gravir le mont de Jade peuvent organiser leur voyage depuis chez eux. » Si on veut vraiment attirer davantage de visiteurs étrangers, dit Robert Kelly, il faut mieux mettre en valeur les ressources touristiques de Taiwan.

Il ne serait pas idiot non plus, poursuit-il, de mentionner les sites Internet faits par la communauté étrangère de l’île et conçus pour elle, comme www.forumosa.com qui a plus de 4 200 membres et qui est une mine d’informations — et d’opinions — dans à peu près tous les domaines. « Il y a beaucoup de gens sur forumosa.com qui habitent à Taiwan depuis des années et qui connaissent très bien l’île. Et puis, il y a aussi ceux qui sortent tous les week-ends. Quand ils trouvent un nouvel endroit sympa, quand ils s’aperçoivent qu’un établissement ou une route sont fermés, ils le font savoir. » Après un typhon ou un violent tremblement de terre, il peut effectivement être utile de vérifier si la route qu’on a prévu de prendre est encore ouverte à la circulation...

Une qualité inégale
Cheryl Robbins, reporter de voyage pour Taiwan News, l’un des trois quotidiens en langue anglaise de l’île, pense que le site du TBROC n’est pas aussi utile que ceux maintenus par les collectivités locales. Elle cite son expérience personnelle en tant que reporter. « Je voulais rédiger un article sur le festival de la sculpture sur bois de Sanyi [dans le district de Miaoli]. Je suis allée sur le site de l’office national du Tourisme et j’ai trouvé quelques informations en anglais avec un numéro de téléphone. J’ai composé le numéro et ai dû m’exprimer en chinois pour me faire comprendre. On m’a alors dit que le département avec lequel j’étais en contact n’était plus en charge du festival et on m’a donné un autre numéro. Là, même réponse. Au bout du cinquième appel, j’ai laissé tomber. Je n’ai jamais écrit l’article. »

L’objectif, note un reporter
étranger, est d’apporter le
plus d’informations possible
aux visiteurs avant même
qu’ils arrivent à Taiwan,
afin qu’ils puissent préparer
au mieux leur séjour.

« Les sites Internet peuvent être un outil très efficace, poursuit-elle. Mais cela implique de proposer des informations détaillées, mises à jour régulièrement, ainsi que des contacts qui fonctionnent et qui soient utiles pour les étrangers. »

Il y a quelques bons sites touristiques en anglais sur Taiwan, mais aucun d’eux, déplore-t-elle, n’est réellement excellent ni du point de vue de la qualité de l’anglais, ni pour la fréquence des remises à jour.

Comme le quotidien pour lequel elle travaille coopère avec le ministère de la Recherche, du Développement et de l’Evaluation sur un projet de traduction en anglais des sites des agences de l’Etat, Cheryl Robbins a rencontré des hauts responsables de diverses administrations et discuté avec eux de l’amélioration des pages en anglais postées sur leurs sites. « La question qu’on me pose le plus souvent est : “Qu’attendent les étrangers ?” Je leur retourne souvent la question en leur demandant : “ Quelles informations souhaiteriez-vous obtenir si vous vous rendiez dans un pays étranger pour les vacances ou pour vous y installer ?” »

Cheryl Robbins voyage depuis longtemps à travers Taiwan. « Alors, ce que je recherche, ce sont des informations touristiques sur des endroits que je n’ai pas encore explorés. Ce n’est pas la même chose pour les étrangers qui viennent d’arriver. Mon expérience personnelle m’a appris que c’est souvent là où on s’y attend le moins, comme sur les sites web des petites communes, qu’on trouve les informations en anglais les plus complètes, avec une histoire des lieux, des options d’hébergement, des adresses de studios d’artistes et de bonnes cartes. » La journaliste cite à cet égard la petite ville de Renai, dans le district de Nantou. « Leur site est écrit dans un mauvais anglais, mais c’est pardonnable, pour une ville isolée où vivent si peu d’étrangers. »

« Je trouve aussi que les sites des parcs nationaux proposent des indications détaillées sur les promenades, les endroits où on peut planter sa tente, manger, se loger, obtenir les autorisations nécessaires, poursuit-elle. Ceux que j’ai le plus utilisés sont ceux des Parcs nationaux de Yushan et de Taroko. »

« J’aime bien également le site de la ville de Kaohsiung, dit pour sa part Robert Kelly. Je trouve ceux de Lukang et de Tainan très utiles pour en apprendre plus sur les temples et certaines rues. Et celui de Hsinchu offre une liste impressionnante d’adresses où déguster des spécialités de la région, avec des descriptions très complètes des plats, de leur histoire, et souvent des infos sur le restaurant ou sur le vendeur ambulant qui les sert. »

Le co-auteur de Lonely Planet se dit en revanche beaucoup moins impressionné par le site de la municipalité de Taipei, en particulier la partie réservée aux promenades à travers la capitale. « L’impression qu’il donne est qu’il y a énormément de choses à découvrir, mais les cartes qu’il renferme sont très approximatives. J’ai même du mal à déchiffrer celles qui concernent les endroits que je connais bien ! »

Pourtant rarement considérée comme une destination de premier choix, la ville de Keelung met en ligne des indications touristiques très complètes en anglais. Le site du district de Yunlin donne la liste de toutes les stations essence de la région — pratique pour ceux qui se déplacent à moto ou en voiture ! Et, aussi étrange que cela puisse paraître, on peut trouver des articles intéressants sur le site web de la direction du sud de Taiwan de l’office national des Impôts.

Le casse-tête de la romanisation
Malheureusement, il peut s’avérer impossible de trouver les renseignements dont on a besoin lorsqu’on ne sait pas exactement quels mots-clés soumettre aux moteurs de recherche. Orthographes fantaisistes et erreurs typographiques se combinent en effet à des systèmes de romanisation variés pour rendre la tâche ardue à ceux qui ne connaissent pas bien Taiwan. Un exemple : Jiasian, une petite ville du district de Kaohsiung — un point de départ pour ceux partant à la découverte des hautes montagnes de la région —, peut aussi s’écrire Jiaxian ou Chiahsien. Ceux qui n’ont jamais mis les pieds à Taiwan n’ont guère de chances de le deviner.

Les gorges de
marbre de Taroko
sont la plus appréciée
des destinations
touristiques de l’île.

C’est qu’à Taiwan, les administrations n’utilisent pas toutes le même système de transcription du chinois. Les villes de Keelung et de Kaohsiung, par exemple, ont adopté le tongyong pinyin développé localement et dont l’usage est aujourd’hui prôné par le gouvernement, alors que la municipalité de Taipei a opté pour le hanyu pinyin, le système international de romanisation du mandarin. Même les administrations locales souffrent de schizophrénie. Le site Internet du district de Chiayi, par exemple, utilise le hanyu pinyin pour les noms de lieux, alors que celui des autorités touristiques de la région emploie le tongyong. Et le nom du district est officiellement toujours orthographié Chiayi, ce qui n’est ni du hanyu, ni du tongyong, mais une déformation du système Wade-Giles encore largement en usage à travers l’île. Ajoutez-y le MPS2, un quatrième système, et vous comprendrez combien l’expérience peut être frustrante pour les visiteurs.

Le site de la Région touristique nationale d’Alishan (ANSA), www.ali.org.tw, est l’un des plus anciens et des plus appréciés. Cheryl Robbins se félicite que l’ANSA travaille à l’alimenter avec des liens vers des pages d’information sur les huit villages Tsou d’Alishan. Robert Kelly, quant à lui, salue son exhaustivité. « Ils ont quelque chose sur presque toutes les petites communes, et ils ont mis en ligne des renseignements pratiques sur comment s’y rendre et où se loger par exemple. »

Le site, qui a été inauguré en juillet 2002, enregistre entre 25 000 et 30 000 visiteurs chaque mois, nombre d’entre eux posant des questions ou faisant des suggestions par e-mail, dit Jovial Shen, de la section marketing de l’ANSA. Robert Kelly pense que ce site, primé pour sa qualité en 2003, 2004 et 2005 par l’office national du Tourisme et récompensé l’année dernière par le Yuan exécutif, pourrait servir de modèle pour les autres régions touristiques de l’île.

Le site de la Région touristique nationale de la côte sud-ouest (SWCNSA), www.swcoast-nsa.gov.tw, compte 198 pages, dont 41 en anglais. D’après Enzo Huang, de la SWCNSA, il enregistre environ 7 000 visites chaque mois, chaque internaute visualisant en général 4 ou 5 pages — surtout la page d’accueil et celles comportant des photos de paysages. « Beaucoup d’internautes nous envoient des messages pour poser des questions, et certains laissent des commentaires sur la page forum. » L’animation du site et sa réactualisation, reconnaît-il, donnent beaucoup de travail à l’équipe.

L’office national des Forêts joue désormais un rôle important dans le tourisme, et Robert Kelly ne tarit pas d’éloges pour son nouveau site, http://recreate.forest.gov.tw, qui, dit-il, apporte quantité d’informations sur les balades à faire dans chacune des réserves forestières, leur longueur, la faune et la flore qu’on y rencontre et les modes de transport disponibles pour s’y rendre.

Quant au site Internet consacré au réseau national de pistes forestières, à l’adresse http://trail.forest.gov.tw, le journaliste le juge de qualité, mais trouve qu’il manque de cartes et de détails, par exemple sur la façon de rejoindre les chemins balisés et de trouver des guides pour les randonnées plus difficiles.

Un coup de chapeau aussi pour la description pièce par pièce du temple de Confucius de Tainan sur le site du ministère de la Culture, qu’il qualifie de « fantastique » et de « gratifiant ». « Une chose que j’aimerais voir davantage, ce sont des références de guides, en particulier pour les randonnées en montagne et les visites culturelles. Tainan abrite une excellente société historique qui organise des visites guidées de la ville, mais il n’est pas facile de la trouver. »

« Sans modes de transport, et surtout sans compétences linguistiques [en chinois], les voyages à Taiwan peuvent se révéler frustrants, que ce soit pour trouver l’autocar à prendre ou bien pour choisir un restaurant, dit Cheryl Robbins. Améliorer les pages en anglais des sites Internet de promotion du tourisme est donc un élément important [des efforts à consentir] pour attirer davantage de touristes étrangers, mais cela n’est qu’un élément parmi d’autres. Il y a beaucoup à faire pour améliorer la signalisation également, afin que ceux qui n’ont pas ces compétences linguistiques puissent trouver leur chemin facilement et trouver ce qu’ils cherchent. »