DOSSIER

LE CINÉMA, C’EST « FANTABULEUX » !

Chen Ting

« Fantabuleux » — une contraction de « fantastique » et de « fabuleux » : c’est ainsi qu’est décrite l’industrie du film taiwanais redécouverte et promue à l’occasion d’un super festival

Les deux amants du triptyque
de Hou Hsiao-hsien,
Three Times, sont interprétés
par Chang Chen (à g.) et l’une
des actrices fétiches du
réalisateur, Su Chi.
(PHOTO AIMABLEMENT
FOURNIE PAR SINOMOVIE)

C’est une nouvelle approche qui est mise en œuvre en matière de promotion du film insulaire. Pour la première fois, quatre grands festivals annuels ont été réunis en un seul pour donner naissance à une manifestation sans précédent.

C’est ainsi qu’ont été conjugués ensemble, au mois de novembre, les festivals du Cheval d’or, de la Cloche d’or, du Film et de la Télé de Taipei, ainsi que le Projet de promotion du cinéma et de la télévision de Taiwan. Un événement « fantabuleux »  dont l’initiative revient au ministre de l’Information, Pasuya Yao, qui a fait de la promotion du cinéma insulaire l’une de ses priorités. Son objectif ambitieux est de faire passer à 100 le nombre des longs-métrages produits chaque année dans l’île.

Les efforts commencent à porter leurs fruits, puisque au cours des huit premiers mois de l’année, 35 films avaient été réalisés ici, contre seulement 13 de janvier à octobre 2004.

Et puis, ce n’est pas seulement la production qui revit, mais aussi la fréquentation des salles : 209 260 spectateurs se sont rendus dans les salles obscures de janvier à juillet, alors qu’ils étaient presque moitié moins nombreux — 138 712 — de janvier à octobre 2004.

Le président du festival du Cheval d’or, le réalisateur Wang Tung, se félicite. Les billets pour les projections au programme se sont vendus en une semaine. Chaque année, ce festival, que l’on pourrait assimiler aux Oscars taiwanais, présente les plus récentes productions des meilleurs réalisateurs insulaires. La plupart sont projetées dans la section des Œuvres maîtresses qui ne réunissait que 20 longs-métrages cette année, dont un de Mitsuo Yanagimachi — son premier en 10 ans —, une œuvre des frères Dardenne qui a obtenu cette année la Palme d’or à Cannes et des extraits de films d’Ingmar Bergman et de Werner Hertzog.

Let it Be, le documentaire
de Yen Lan-chuan et
Chuang I-tseng, apporte
de la couleur à un monde
rural pas toujours optimiste.
(AIMABLE CREDIT DE
YEN LAN-CHUANG ET
CHUANG I-TSENG)

Le festival est devenu un événement culte que ne manqueraient pour rien au monde les aficionados. Ils sont prêts à tout pour obtenir des tickets. Les étudiants manquent les cours, les gens ne dorment plus simplement pour faire la queue la nuit précédent l’ouverture des guichets et parvenir à acheter quelques billets. Il y a une dizaine d’années, on a commencé à programmer des films de réalisateurs européens dont on voyait rarement les œuvres ici, comme l’Espagnol Pedro Almodovar, par exemple. Puis le festival a continué en s’ouvrant aux cinémas des 5 continents. Cette année, il comportait même une section exclusivement dédiée aux films hongrois.

Le festival du Cheval d’or joue un rôle capital dans l’univers du cinéma en langue chinoise. C’est dans son cadre prestigieux et sur le mode des Oscars américains que les professionnels du cinéma asiatique reçoivent chaque année des prix récompensant leurs travaux. Ce festival, le plus ancien dans l’île — il en est à sa 42e édition —, s’est doté également depuis 5 ans d’un volet concernant les courts-métrages numériques. Cette compétition comprend aujourd’hui 500 sélections internationales.

Dans l’audiovisuel hors cinéma, c’est le festival de la Cloche d’or qui, depuis ses débuts il y a quarante ans, sert de référence. Son succès montre l’influence considérable des grands médias, en particulier de la télé, sur le public taiwanais.

Le public étant très jeune, cette année a été lancé un festival pour les juniors, la Petite Cloche d’or. C’est à la chaîne publique, PTS, qu’a été confiée la responsabilité d’organiser cet événement, avec le concours d’un jury de jeunes.

Une scène plutôt sage de
La saveur de la pastèque,
de Tsai Ming-liang, avec
Chen Shiang-chyi.
(PHOTO AIMABLEMENT
FOURNIE PAR
HOME GREEN FILMS)

Les jeunes étaient encore visés avec un nouveau prix créé cette année pour distinguer les meilleurs programmes radiodiffusés qui leur sont destinés. L’un des trois programmes récompensés a été produit par 5 lycéens de Taitung, une ville du sud de l’île.

La fusion de ces divers événements culturels a permis à des professionnels de tous les horizons — des animateurs de télévision, des membres de la presse télévisée, les maisons de productions, les distributeurs, les fournisseurs de services Internet… — de se rencontrer.

Revenons sur le festival du Film et de la Télé de Taipei, fondé l’an dernier à l’initiative du ministère de l’Information (GIO) dans le but d’assurer une meilleure position pour les productions taiwanaises internationales. Il vise aussi à mettre l’accent sur l’avance de Taiwan dans le domaine de la télé numérique et des hautes technologies. Le GIO s’efforce en effet de promouvoir l’ensemble des programmes numériques, investissant 600 millions de dollars sur 5 ans pour stimuler la création dans ce domaine.

Enfin, dernier volet de ce super festival, le Projet de promotion du cinéma et de la télévision de Taiwan qui place en tête des priorités le financement et le marketing.

« Taiwan est un petit marché, mais on y trouve d’immenses talents, se plaît à dire Kow Fu-hung, l’une des productrices les plus respectées de l’île. Le problème est que les maisons de production travaillent chacune dans leur coin. » Elle considère, en tout cas, que c’est une chance que de pouvoir jouer un rôle dans le financement de l’industrie du film insulaire.