Edito
TACT ET CONTACTS
Les 18 et 19 novembre à Busan, en Corée du Sud, s’est tenu le 13e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) auquel a pris part un représentant de « Taipei chinois », aux côtés de 20 autres dirigeants des pays membres de cette institution régionale. Cette année, c’est Lin Hsin-i, ancien vice-Premier ministre et ancien ministre de l’Economie, qui a représenté le président Chen Shui-bian.
Ces quelques lignes montrent les difficultés auxquelles l’île est confrontée pour participer aux activités des organisations internationales, même lorsqu’elle en est membre de plein droit.
A priori, on ne comprend pas la raison à ce protocole particulier concernant Taiwan. Les principales économies riveraines du bassin du Pacifique ont été invitées pour des raisons évidentes à siéger dans l’institution régionale, y compris celles, incontournables, du monde chinois qui ont également été admises en 1991. Cependant, Pékin, qui refuse de reconnaître la souveraineté de Taiwan, a alors imposé des conditions à sa participation. Parmi ces conditions — que les autres membres ont acceptées sans broncher du fait que, diplomatiquement parlant, ils les avait déjà entérinées — on note entre autres que le nom de Taiwan est modifié en l’étrange expression de « Taipei chinois » et que le chef de l’Etat de Taiwan ne peut participer personnellement à une quelconque rencontre de l’APEC, celui-ci étant obligé de se faire représenter par une personnalité non politique de son choix. En fait, cette nomination est encore soumise à l’approbation tacite de Pékin. De plus, dans le cadre des rencontres interministérielles de l’APEC, seule la présence des ministres taiwanais de l’Economie et des Finances est tolérée...
La participation de Taiwan à l’APEC est semée d’embûches. Cette année, Pékin a carrément bloqué la venue du représentant initialement choisi par le président Chen Shui-bian pour le représenter au sommet, Wang Jin-pyng, le président du Yuan législatif. Force a alors été de nommer quelqu’un d’autre. Le choix s’est porté sur Lin Hsin-i.
A Busan, la rencontre de Lin Hsin-i avec le président chinois Hu Jintao, aussi redoutée qu’attendue, a été brève mais courtoise, alors que, les années précédentes, les approches entre Taiwanais et Chinois étaient plutôt glaciales, quand elles n’étaient pas ostensiblement évitées. Si la curiosité de Hu Jintao a pu avoir une part dans son attitude, somme toute protocolaire, il ne faut pas se leurrer sur ses sentiments profonds.
Dans les limites du temps qui leur était imparti, Lin Hsin-i a pu s’entretenir avec d’autres dirigeants, notamment avec le président russe Vladimir Poutine et le président vietnamien Tran Duc Luong. C’est le Viêt-nam qui accueillera le prochain sommet des dirigeants de cette institution.
On le voit, profitant de cette petite fenêtre diplomatique — sur une communauté certes restreinte, celle de l’APEC —, Taiwan noue des contacts avec les dirigeants de grandes puissances, telles que les Etats-Unis, le Japon, la Russie, par exemple. Il lui faut toutefois jouer avec la plus grande prudence pour ne pas défaire le travail déjà effectué.