Religion

UN BOUDDHISME EN PROGRESSION

N.R.

La religion populaire chinoise, une sorte de syncrétisme religieux, reste la plus répandue à Taiwan. Cependant, le bouddhisme dans sa tradition la plus pure voit ses effectifs augmenter avec l’essor de groupes, comme Foguangshan, qui s’investissent dans des actions humanitaires et sociales

Les données officielles du ministère de l’Intérieur indiquent que Taiwan compte environ 5,5 millions de bouddhistes (c’est-à-dire un cinquième de la population totale de l’île), soit presque un million de plus que les adeptes du taoïsme (chiffres de 2004). Ce que ne montrent cependant pas ces statistiques, et ce qui complique les choses, c’est que l’on peut souvent se déclarer ici fidèle de Bouddha, tout en accomplissant des rituels taoïstes. Le fait est que la religion populaire des Taiwanais est un mélange de diverses croyances. Les habitants de l’île peuvent ainsi fréquenter à la fois des temples confucéens, taoïstes, bouddhistes ou autres tout en rendant un culte aux ancêtres.

Ce syncrétisme religieux est, selon le père Lefeuvre, jésuite français installé à Taiwan depuis plus de cinquante ans, « la vraie religion chinoise ». « Le Bouddha fait partie des grands sages que l’on vénère, mais les Taiwanais [pratiquant la religion chinoise] n’ont pas de notion véritable de ce qu’est le bouddhisme ».

Pourtant, le bouddhisme pur, sans l’influence des croyances populaires, qui s’est répandu en Chine sous la dynastie des Tang (618-907), est une religion qui semble avoir gagné du terrain récemment dans l’île. « Si le bouddhisme est aujourd’hui considéré comme chinois, cette religion est pourtant originaire de l’Inde, souligne le père Lefeuvre. En revanche, confucianisme et taoïsme sont assurément chinois. »

Rayonnement des monastères
Le développement du bouddhisme à Taiwan est en partie dû au rayonnement des monastères présents sur l’île. Ils appartiennent à de grandes groupes ou organisations dont celle de Foguangshan. On trouve également la fondation Tzu Chi créée en 1966 par une femme, la vénérable Cheng Yen, le monastère Fagushan, qui a à sa tête le vénérable Sheng Yen, ou encore l’organisation Chung Tai dirigée par le vénérable Wei Chueh.

Ces groupes, que l’on dit « socialement engagés », s’investissent dans des domaines comme l’éducation, l’environnement ou le social. Selon une étude publiée dans le numéro de mai/juin de la revue de recherche Perspectives chinoises, « l’essor du bouddhisme peut, pour partie, être attribué au développement » de ces organisations. Leur enseignement principal est de vivre le bouddhisme au quotidien. « Il s’agit d’accumuler des mérites dans ce monde et non plus de privilégier les cérémonies rituelles et funéraires », notent les auteurs de l’article, David Schak et Michael Hsiao. Ce bouddhisme « socialement engagé mobilise les énergies de millions de personnes désireuses de promouvoir une morale, de venir en aide aux plus démunis, de lutter contre l’exclusion et de stimuler le civisme de toute la société taiwanaise », concluent-ils.

Selon le père Lefeuvre, certains groupes n’hésitent pas à cultiver le prosélytisme. « Ils construisent des temples et invitent les gens à venir prier avec eux. Ils procèdent comme le firent les moines irlandais dans le nord et l’ouest de la France au VIIe s. Les Irlandais bâtissaient des monastères et incitaient les paysans à venir partager leur quotidien. Ils arrivaient ainsi à les convertir. »