Religion

LE TEMPLE
AUX BOUDDHAS D’OR

Nicolas Roquejeoffre
©Nicolas Roquejeoffre, 2005

(PHOTO: CHANG SU-CHING)

Le monastère de Foguangshan est le centre du savoir bouddhique à Taiwan. Il accueille chaque année près d’un million de visiteurs, pèlerins et touristes

Il n’est pas encore 6 h du matin, deux longues files de bonzes et de bonzesses se dirigent vers le temple du monastère de Foguangshan, situé non loin de Kaohsiung, la deuxième ville de Taiwan par la taille. Vêtus de tuniques grises et noires, ils se prosternent devant trois immenses statues de bouddhas, représentés assis tournés vers l’orient, en méditation, dans des poses rituelles. Ils font louanges à Sâkyamuni (le Bouddha fondateur), à Amitâbha (le Bouddha de la méditation) et à Bhaisajya (le Bouddha de la médecine).

Les murs du sanctuaire sont habillés de 14 800 statuettes posées dans des niches, hommage au Bouddha, le sage du clan des Sâkya, appelé Siddharta Gautama de son vivant. La cérémonie du matin est rythmée par une cloche, un tambour, un gong et une percussion de bois. Les bonzes chantent puis psalmodient des soûtras et de courtes invocations qu’ils répètent des dizaines de fois. Après un court moment de silence, l’assemblée quitte le temple, toujours en double file.

L’école chan de Linji
Au monastère de Foguangshan, la rigueur est une vertu. Les repas illustrent ce sentiment d’austérité. Trois fois par jour, l’immense réfectoire, qui peut accueillir jusqu’à 800 personnes, se transforme en lieu de méditation. « Quand on mange, on ne parle pas et on communique par signaux », indique l’une des responsables du monastère. Si l’on veut plus de légumes ou de soupe, on avance son bol ou son assiette vers le bord de la table. Plongés dans la contemplation, les bonzes mangent presque de façon mécanique. Et cet effort méditatif est précédé de chants.

Niché au cœur d’une épaisse forêt de bambous, le monastère a été créé en 1967 par le vénérable Hsing Yun, 48e patriarche de l’école de Linji (1). Arrivé à Taiwan en 1949, le religieux a depuis établi près de 200 temples associés à travers le monde et fondé 16 établissements d’enseignement, trois universités (deux à Taiwan et une à Los Angeles, en Californie), et deux maisons d’édition « pour répandre le dharma »(2). Il a également fondé l’Association internationale de la lumière du Bouddha (BLIA) dont l’objectif est « de contribuer à l’union des bouddhistes du monde entier et de promouvoir la paix dans le monde ».

Un lieu de pèlerinage
Foguangshan, l’un des plus grands monastères d’Asie du Sud-Est, est un peu la vitrine du courant zen (chan)(3) dans la région. Raison pour laquelle des centaines de milliers de pèlerins, dont des religieuses catholiques, se rendent chaque année dans ce lieu de prière et de méditation qui abrite plus de 400 bonzes et bonzesses. Au total, le site compte 5 000 lits dont la plus grande partie est réservée aux visiteurs qui viennent effectuer une retraite. Ainsi, un bâtiment comprenant 1 000 chambres a été édifié spécialement pour eux.

Des chambres, récemment construites, présentent une architecture japonaise ou occidentale qui convient parfaitement aux étrangers. En outre, de luxueux appartements sont réservés aux hôtes de marque, président, hauts responsables politiques, dignitaires bouddhiques étrangers. Si la gratuité est de mise, les pèlerins remercient toujours leurs hôtes en laissant une somme d’argent. Les montants versés restent néanmoins secrets. « La plupart des dons proviennent des pèlerins », insiste Hue Shou, un Autrichien de 47 ans ordonné bonze à Taiwan il y a cinq ans, qui est responsable de l’accueil des visiteurs européens. Mais ces derniers vont cependant laisser quelques centaines ou milliers de dollars taiwanais, une façon de payer leurs repas ou leur chambre, explique-t-il.  «Ils veulent découvrir la vie contemplative. Ils participent à nos séminaires de méditation. Certains peuvent rester plusieurs mois, notamment les Occidentaux. Du coup, ils en profitent pour apprendre le chinois ! »

La position du lotus
Hue Shou, dont le parcours plutôt chaotique l’a notamment mené en Afrique du Sud, a trouvé dans la doctrine bouddhiste la philosophie de vie qu’il a longtemps cherchée. « Certains courent après la célébrité, d’autres veulent devenir riches. Moi, je cherchais la vérité. Ici, j’ai appris à mieux me connaître. J’ai appris la compassion. J’essaye de me détacher de mes passions et de mes envies : la famille, mon pays, la gourmandise. Aujourd’hui, je continue mon apprentissage. » Un apprentissage fait de récitations de textes bouddhiques, de cours de mandarin, de calligraphie. Pour progresser, Hue Shou médite aussi plusieurs heures par jour. Presque toujours dans la même posture, celle du lotus. Jambes croisées, yeux mi-clos, mains posées sur le ventre, l’adepte du chan fait le vide dans son esprit.

Le chan est l’une des nombreuses écoles bouddhiques présentes à Taiwan. L’île abrite des centaines de temples bouddhiques, de centres de méditation qui proposent des cours, des séminaires, des réunions de prière et des entretiens sur le dharma. Des activités qui redoublent d’importance après les catastrophes naturelles comme ce fut le cas après le grand tremblement de terre du 21 septembre 1999 qui fit près de 2 500 victimes. L’action humanitaire de la fondation Foguangshan pour la compassion est d’ailleurs considérable. Une vingtaine de dispensaires distribuent des soins médicaux gratuits aux habitants des campagnes. La fondation a édifié plusieurs maisons de retraite et orphelinats, et aide à la reconstruction d’écoles détruites par les typhons, les tremblements de terre. Elle intervient également à l’étranger en envoyant du matériel et de l’argent dans les zones sinistrées. Là encore, peu de chiffres disponibles. « Si nous recevons d’importants dons, dit Hue Shou avec diplomatie, nous redistribuons énormément. »


(1) L’école de Linji a été fondée en Chine au IXe s. par Yixuan.

(2) Le dharma est l’une des quatre « nobles vérités » qui constituent l’enseignement principal du Bouddha. Sa connaissance permet d’acquérir les techniques d’éveil nécessaires pour parvenir à l’illumination et atteindre, après plusieurs réincarnations, le nirvana.

(3) Le bouddhisme dhyâna (chan en chinois) fondé en Chine au Ve s. par Bodhidharma, un bonze indien, appartient au Grand Véhicule. Il se répand au Japon six siècles plus tard et devient le zen.