Art contemporain
Michael Lin : un artiste taiwanais reconnu mondialement
Emulsion sur bois,
28 x 9 m, Palais de
Tokyo, Paris.
Il y a deux ans, Michael Lin s’installait pour une année à Paris, grâce à une bourse du ministère de l’Education. L’année écoulée, il décida cependant de prolonger l’expérience, bien que ses racines soient en Asie et que son travail l’y ramène souvent.
De passage à Taiwan pour rendre visite à sa famille et préparer plusieurs projets d’exposition, le peintre nous relate l’accueil chaleureux que lui a fait le milieu artistique français et détaille les raisons qui le poussent à rester à Paris.
« A Taiwan, les artistes ne sont pas soutenus par les institutions privées, qu’il s’agisse de collectionneurs ou de fondations, ce qui rend leur vie extrêmement précaire », explique-t-il, en faisant référence à tous ceux qui sont obligés d’enseigner pour survivre.
En revanche, la France s’est révélée une terre d’opportunités pour Michael Lin. Invité à participer à l’exposition inaugurale du Musée d’art contemporain (MOCA) de Taipei en 2002, il fut sollicité par le Musée d’art moderne de la ville de Paris la même année. Très rapidement, il fut ensuite contacté par des galeries et invité à travailler aux quatre coins de l’Europe.
Michael Lin a quitté Taiwan très jeune pour les Etats-Unis. De retour dans l’île en 1993 après avoir étudié le design en Californie, il commença à utiliser les textiles imprimés issus des traditions japonaise et taiwanaise, dont il fit la base de son travail sur les motifs floraux. C’est la réponse, explique-t-il, à la crise d’identité qu’il a traversée à son retour dans l’île. « Je venais tout juste de rentrer (à Taiwan) et j’essayais de définir mon identité dans une culture qui me semblait à la fois étrangère et familière. »
Emulsion sur bois,
16 x 6,5 m, PS1,
New York.
Michael Lin ajoute que son travail reflète également le climat socio-culturel des années 80 et 90 dans une Taiwan en quête de son identité. « La situation politique était en pleine évolution et la question générale de l’histoire de l’île était au cœur des débats, avec une pointe de nostalgie. Les textiles imprimés représentaient une tradition en train de disparaître. J’ai voulu préserver, à travers eux, certaines valeurs esthétiques qui me semblaient dignes de l’être. »
L’incorporation d’éléments ornementaux dans sa peinture fut, sur un plan artistique, une réaction à la veine américaine du néo-conceptualisme et du néo-minimalisme.
La peinture de Michael Lin a trouvé son épanouissement dans l’ornementation et sa relation à l’architecture. Ses motifs géants utilisent tout l’espace mis à sa disposition pour se décliner sur les murs, les sols et les meubles et créer des installations fonctionnelles qui invitent le visiteur à y pénétrer.
Qualifiant son travail de « banal », Michael Lin explique qu’il induit une implication physique du spectateur : il s’agit moins d’une peinture à contempler que d’un espace à occuper. « Quand on regarde un tableau, on est concentré et debout, alors que la relation qui s’établit avec mes œuvres est plus physique. Elle relève plus de la relation qu’il y a entre vous et votre canapé que de celle qui peut exister entre vous et une peinture. »
Michael Lin est intervenu dans les biennales internationales de Taipei (2000), Istanbul (2001), Venise (2001), Liverpool (2002) et a exposé de nombreuses fois en solo en Asie, en Europe et aux Etats-Unis.
Il a récemment montré ses œuvres à Shanghai, dans
une galerie réaménagée par l’architecte américain Michael Graves.
Puis, début octobre, il a participé à l’inauguration du Musée
d’art contemporain du XXIe s. à Kanazawa, au Japon. Et bien qu’aucune
exposition à Taiwan ne soit à l’ordre du jour, Michael Lin nous assure
de son prochain retour dans l’île.
Diana Freundl
©Taipei Times, 2004
Photos aimablement fournies
par Michael Lin