DOSSIER


Taisugar, un avenir à réinventer

L'hôtellerie, les cosmétiques, les fleurs, les stations service Taiwan Sugar Corpo ration s'aventure avec audace dans des métiers qui semblent bien éloignés de sa première vocation. Une question de survie


C'est la fin de l'automne dans le bourg de Houpi. Le soleil et le vent finissent d'assécher les rizières de la plaine Chianan, autour de la raffinerie de sucre de Wushulin. Un petit train, tiré par une motrice diesel importée d'Allemagne, avance cahin-caha au milieu des champs de canne à sucre. Chan Yung-jui, le conducteur -- le visage buriné comme il se doit -- allume une cigarette Longue Vie, en laissant son regard se perdre dans ce paysage familier.

Une quinzaine de ces trains de taille réduite qui étaient autrefois utilisés pour le trans port de la canne à sucre ont été convertis en attraction touristique, et le week-end, les visiteurs affluent. La traversée de la route provinciale 172 est un moment fort de la promenade lorsque les passagers saluent joyeusement les automobilistes arrêtés au passage à niveau. Devant cet anachronisme, ces derniers prennent leur mal en pa tience. Après tout, nous sommes dans les plaines de Chianan, le grenier à grain qui a nourri des générations de Taiwanais. Qu'importe si tout est ici plus lent ?

Ces images de petits trains parcourant la campagne sont gravées de façon indélébile dans la mémoire de Chan Yung-jui et de ses collègues de Taiwan Sugar Corporation (TSC), ou Taisugar. Après la guerre, le développement économique de l'île s'est d'abord appuyé sur le secteur agricole, et pendant des années, les exportations de Taisugar ont représenté une part importante du commerce extérieur de Taiwan. TSC a bien évidemment beaucoup évolué depuis. Mais Chan Yung-jui, qui a passé quasiment toute sa vie dans les champs de canne à sucre, n'en revient pas. « C'est vraiment incroyable que ces raffineries ferment les unes après les autres ! »
 

Du passé glorieux de Taisugar, à l'époque où le sucre représentait 70% des revenus à l'exportation de Taiwan, il ne reste que quelques petits trains qui promènent les touristes dans les champs de canne.


Au service de la « mère patrie »

L'usine de Wushulin fut construite en 1911, durant la colonisation japonaise, par une société privée, Toyo Sugar Refining. Elle fut rachetée en 1926 par Meiji Corp. qui la rattacha à son site manufacturier de Hsinying. A son apogée, l'usine de Wushulin pressait jusqu'à 1 600 m3 de canne à sucre par jour -- une performance pour l'époque. De plus, la production était d'excellente qualité, au point que le sucre qui sortait de Wushulin était présent sur la table de la maison impériale du Japon. L'usine était donc souvent citée en exemple par la « mère patrie » nippone.

Lorsque l'île fut rétrocédée à la République de Chine, les quatre plus importantes sucreries de l'île fusionnèrent pour former Taiwan Sugar Corporation et le site de Wushulin continua sur sa brillante lancée pendant les trente années suivantes. C'est par exemple là que s'approvisionnait la célèbre marque locale de soda Hey Song.

Rétrospectivement, le déclin de TSC n'en paraît que plus rapide. Le verdict tomba en 1983, à la suite d'une étude de rentabilité : le site de Wushulin serait fermé. Le réseau ferré qui était utilisé pour le transport de la canne à sucre tomba en désuétude. L'entrée à l'Organisation mondiale du commerce en 2002 et la concurrence étrangère ont achevé de saborder l'industrie sucrière de Taiwan. Les rares champs de canne à sucre restés en culture finiront eux aussi par être laissés en friche un jour.

En fait, le site de Wushulin n'a pas été le seul à fermer, loin s'en faut. Le nombre des sucreries ne cesse de décroître, alors qu'on en a compté jusqu'à une quarantaine. On estime que la production annuelle aura chuté à 120 000 m3 d'ici à la fin 2005. Les plantations gérées par TSC produiront alors environ 70 000 m3, les 50 000 restants étant fournis par les exploitants sous contrat. A ce moment-là, la surface plantée en canne à sucre sera tombée à 16 000 ha, et il ne subsistera plus que trois raffineries en activité : Huwei, Shanshua et Nanchou.


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