
Le lac artificiel de
Jianshanpi
n'étant plus utilisé pour alimenter
les sucreries, les lieux ont été réaménagés en site
touristique.
Un incroyable marché
Restructurer TSC s'est avéré aussi facile que de faire danser un éléphant.
Conflits sociaux et autres problèmes sont apparus les uns après les autres.
Par bonheur, cette douloureuse transformation a fini par porter ses fruits, et TSC
voit enfin la lumière au bout du tunnel.
Ces deux dernières années, au moment où la société commençait de faire la promotion de ses produits issus de la biotechnologie, sa gamme de crèmes au collagène ou à l'extrait de placenta, a connu un succès extraordinaire. Alors qu'en 2001 les ventes de ces produits atteignaient à peine 810 000 dollars taiwanais, l'année suivante, elles se sont chiffrées à 48,9 millions. Pour les huit premiers mois de 2003 seulement, le chiffre d'affaires sur ce segment avait dépassé 45 millions de dollars taiwanais et l'on estime qu'il atteindra 83 millions sur l'ensemble de l'année : une multiplication par 100 en trois ans.
Le succès de la crème au collagène de TSC tient au savoir-faire de ses chercheurs, mais aussi au fait qu'elle est bien plus abordable que les équivalents importés. Le lancement simultané d'un complément alimentaire dérivé du cordyceps (Cordyceps sinensis), un champignon aux vertus bien connues, se révéla être un excellent calcul. En deux ans, les ventes de ces deux produits ont rapporté plus de 400 millions de dol lars taiwanais.
Yang Po-wen, le directeur exécutif de la division biotechnologie de TSC,
dirige depuis 1995 l'équipe qui travaille sur le cordyceps. Il fait remarquer
que le cours du sucre s'est stabilisé à environ 14,5 dollars taiwanais
le kilo -- alors qu'une gélule de 0,4 g de cordyceps se vend à 20 dollars
taiwanais. Il est facile de voir où se trouve l'avenir de l'entreprise.
Transferts d'expertise
TSC s'est aussi lancé dans l'industrie du service, faisant usage de ses avoirs
fonciers pour se développer dans le secteur des loisirs et du tourisme, ainsi
que dans celui du commerce.
C'est ainsi qu'a par exemple été inauguré en septembre dernier à Jente, dans le hsien de Tainan, une galerie marchande à l'américaine, le Sugar Mall, qui dispose d'un park ing de mille places. Depuis l'inauguration, plus de 90% des espaces commerciaux sont loués.
En janvier 2003, TSC s'est lancé avec un certain succès dans l'hôtellerie au bord du lac artificiel de Jianshanpi (hsien de Tainan). Depuis son ouverture, le complexe hôtelier de Jianshanpi affiche un taux d'occupation satisfaisant.
La retenue de Jianshanpi fut construite en 1934 pour alimenter en eau les sucreries de Hsinying et de Yenshui. Lorsque celles-ci ont fermé, l'endroit a été réaménagé en site touristique, avec des jardins à la chinoise qui ont attiré plus de 150 000 visiteurs en 2003.
Les paysages de Jianshanpi sont superbes. Plusieurs petits pavillons construits au bord de l'eau rappellent Hanpilou, le vieil édifice qui abrite aujourd'hui l'hôtel Lalu, sur les berges du lac du Soleil et de la Lune.
Il suffit d'observer les oiseaux qui volent haut dans le ciel et de regarder les petites barques de touristes qui glissent lentement sur l'eau pour réaliser que Jianshanpi est unique. Mais la gestion d'un complexe hôtelier est une tâche qui nécessite une grande expertise, et TSC a fait appel à des professionnels pour superviser le personnel autre fois employé dans les sucreries et pour lequel la reconversion n'a pas toujours été facile.
La même méthode a été suivie pour l'hôtel TSC Evergreen
Laurel, à Tainan, qui a ouvert ses portes fin 2003. TSC a apporté les terrains
et le capital, tandis que le groupe Evergreen Laurel Hotels a fourni le personnel
de direction.
La responsabilisation, clé du succès ?
La restructuration de TSC en centres de profit indépendants s'est révélée
extrêmement bénéfique. Chaque entité a la responsabilité
de ses pertes et profits et les résultats sont très positifs.
« La première phase du développement de Jianshanpi a nécessité 240 millions de dollars taiwanais de capital, dit le directeur général adjoint du complexe hôtelier, Hsiao Chi-liang. Alors, si nous ne fournissions pas de résultats, parler d'une seconde phase de développement n'aurait aucun sens. »
Par ailleurs, la concurrence a fait irruption au sein de l'entreprise même.
La ferme touristique Chihshang -- près de la ville du même nom, dans le
hsien de Taitung connue pour son riz -- est un excellent exemple. Célèbre
pour avoir introduit la yourte mongole comme mode d'hébergement, la ferme de
Chihshang a toujours été le fleuron des activités de tourisme et de
loisir de TSC. L'ouverture cette année du complexe de Jianshanpi commence déjà
à lui faire de l'ombre, et elle a réagi en introduisant, sur ses 400 ha
de terrains, hippopotames, vicuñas, antilopes et zèbres empruntés
au zoo de Taipei.
Utiliser ses atouts au mieux
L'ancien directeur de TSC, Wu Nai-jen, a promis à plusieurs reprises qu'il n'y
aurait pas de licenciements, mais les employés se sentent sur la sellette. Bien
que menacés, les jeunes loups de Taisugar ont de l'énergie à revendre,
et ils sont disposés à subir une nouvelle formation si nécessaire.
A ce stade critique de son développement, l'entreprise doit apprendre à
cultiver et à conserver son atout le plus précieux: l'expérience de
son personnel.
« La privatisation ne nous fait pas peur », déclare Hsu Tsung-yao, horticulteur qui a grandement contribué ces dix dernières années au succès de l'orchidée Phalænopsis.
Les techniciens de Wushulin ont confiance en leurs compétences et sont tous en faveur de la privatisation. « S'il y a des problèmes, ils viendront de l'organisation et des projets de l'entreprise, mais l'important est d'avoir des gestionnaires de qualité qui comprennent réellement le marché. »
Lors d'une récente réunion du conseil d'administration, la création d'une division sucre a, une fois encore, été repoussée. Le professeur d'économie Huang Shao-sheng est en faveur du démantèlement de l'entreprise, mais il reconnaît la difficulté de la tâche sur le plan politique et s'interroge sur la procédure à suivre. « Qui héritera de l'énorme capital de cette société en voie de privatisation ? Après l'époque où le Kuomintang bénéficiait de certains privilèges économiques parce qu'il détenait le pouvoir, va-t-on voir le parti qui lui a succédé s'arroger les mêmes faveurs et se mettre dans la poche les capitaux de TSC ? », s'interroge-t-il.
Le Sugar Mall fait face aux champs de canne à sucre, de l'autre côté
de la route. Non loin s'élève la station service TSC. Le tableau est représentatif
de ce qu'est devenu TSC aujourd'hui. Le colosse a eu l'audace de passer d'une activité
agricole au secteur manufacturier puis à l'industrie des services. Il lui faut
maintenant celle d'accepter la privatisation.
Vito Lee
Photos de Jimmy Lin