DOSSIER
Indispensables grands-parents

Vous avez peut-être atteint un âge respectable,
mais vous ne passerez pas vos vieux jours tranquilles : il vous faudra élever
vos petits-enfants !
Pour des raisons diverses qui les obligent à être absents du foyer, les parents confient de plus en plus souvent leurs enfants aux grands-parents. Des études ont montré que, dans l'île, 30% des enfants âgés de moins de 6 ans vivaient avec leurs grands-parents. Et d'ordinaire, les parents les reprennent au moment de l'entrée à l'école primaire. Mais ceux-ci ont-ils toujours la force d'assumer cette responsabilité ?
Dans les zones urbaines, ce sont en général des problèmes financiers qui incitent les parents à demander l'aide des grands-parents. Yu Ching-mei, la directrice du Fonds pour les enfants et les familles du hsien de Taipei (TCFCF), fait remarquer que son organisme fournit une aide à plus de 700 foyers, dont 72% ont pour chef de famille une mère célibataire et 15% un grand-parent. Ces dernières années, avec la montée en force du divorce et du chômage, la génération médiane, traditionnellement le pilier de la famille, a été frappée de plein fouet, et de nombreux parents ont délégué leurs responsabilités familiales à leurs propres parents.
Yu Ching-mei explique que les familles de ce type ont en général un niveau d'éducation relativement bas, aussi dans la plupart des cas les grands-parents n'apportent-ils rien de plus qu'une petite aide matérielle. Souvent, ils sont obligés de continuer à travailler pour joindre les deux bouts.
Les Chen, qui reçoivent une aide du TCFCF, sont assez typiques. Les grands-parents Chen -- lui, 57 ans, et elle, 47 ans --, sont plutôt jeunes. Il y a deux ans, leur fils a été tué dans un accident d'auto, laissant derrière lui une fille de 8 ans et un fils de 6 ans. A peu près à la même époque, leur fille divorcée amenait ses deux enfants à la maison avant de disparaître sans un mot. Ainsi, les grands-parents se sont vu confier la garde de quatre de leurs petits-enfants.
Ancien ouvrier, M. Chen a été licencié lors d'une vague de restructuration dans le secteur industriel. Nombre d'entreprises comme celle où il travaillait ont fermé. Il effectue maintenant des petits boulots à droite et à gauche. Son épouse, atteinte d'un cancer du sein, a subi une opération et est de santé précaire. En fait, toute la famille dépend actuellement des revenus du second fils, qui travaille de nuit comme camionneur et qui, avec un salaire de 20 000 à 30 000 dollars taiwanais par mois, a dix bouches à nourrir.
Pour comble de malchance, l'immeuble où habitent les Chen, construit avec du béton de qualité inférieure, est devenu dangereux après le tremblement de terre du 21 septembre 1999, et ils ont dû déménager et louer un appartement, le loyer constituant une charge supplémentaire difficile à supporter.
En fait, les Chen ne se sont jamais plaints d'avoir à élever leurs petits-enfants : « Ils sont de notre chair et de notre sang, et nous prendrons soin d'eux quoi qu'il arrive », dit Mme Chen.
Certaines de ces familles soutenues à bout de bras par des grands-parents sont confrontées à des problèmes énormes d'éducation. Yu Ching-mei indique que, dans ces familles « sans parents », la différence entre générations se ressent fortement, en particulier, lorsque, à l'adolescence, les enfants s'éveillent à la vie. Devant une autorité parfois chancelante, les enfants prennent parfois des initiatives qui provoquent des conflits.
Résultat d'une trop rapide évolution de la société taiwanaise,
ces familles où les par ents sont absents produisent souvent un mélange
d'amertume, d'exaspération et d'amour. Ces foyers sont fragiles, et, dès
qu'apparaissent des difficultés financières ou une animosité entre
générations, les problèmes deviennent parfois délicats. Une assis
tance de l'extérieur est alors nécessaire
Chang Chiung-fang