Musée national du Palais
Une sélection exceptionnelle
Chronologie des dynasties chinoises
Cinq empereurs légendaires – XXVIIe-XXIIe siècles av.
J.-C.
Dynastie Hsia
– XXIIe-XVIe siècles av. J.-C.
Dynastie Shang
– XVIe-XIe siècles av. J.-C.
Dynastie Chou de l’Ouest – XIe-VIIIe siècles av. J.-C.
Dynastie Chou de l’Est – VIIIe-IIIe siècles av. J.-C.
AAAPrintemps
et Automnes – VIIIe-Ve siècles av. J.-C.
AAARoyaumes
combattants – Ve-IIIe siècles av.
J.-C.
Dynastie Chin
– 221-206 av. J.-C.
Dynastie Han de l’Ouest – 206 av. J.-C.-8 ap. J.-C.
Dynastie Han de l’Est – 25-220
Dynasties Wei, Chin, du Sud et du Nord – 220-589
Dynastie Sui – 581-618
Dynastie Tang – 618-907
Cinq Dynasties – 907-960
Dynastie Sung du Nord – 960-1127
Dynastie Sung du Sud – 1127-1279
Dynastie Yuan – 1271-1368
Dynastie Ming – 1368-1644
Dynastie Ching – 1644-1911
Pendant des milliers d’années, les Chinois ont produit des œuvres d’art avec un savoir-faire et un talent sans égal. Reflet de leur époque, ces pièces sont aujourd’hui des témoins du passé. Les trésors sélectionnés pour l’exposition au Grand Palais fournissent un panorama d’ensemble de la richesse de la culture chinoise millénaire.

Verseuse yi à quatre pieds
anthropomorphes, dynastie Chou
de l'Ouest.
LE BRONZE
Le bronze est un alliage de cuivre et d’étain contenant
une petite quantité de plomb. Son apparition marque la fin de l’âge de
pierre de la civilisation humaine. Sous les quatre premières dynasties, les
Hsia (2207-1766 av. J.-C.), les Shang (1766-1122 av. J.-C.), les Chou (1122-256 av.
J.-C.) et les Chin (221-206 av. J.-C.), les Chinois utilisèrent le bronze pour
fondre quantités d’ustensiles rituels, instruments de musique et armes, objets
d’aspect élégant, finement décorés et gravés d’inscriptions.
Dans la Chine antique, le bronze servait principalement à fondre la vaisselle rituelle utilisée dans les cultes aux esprits des ancêtres royaux auxquels on demandait d’intercéder auprès des dieux pour qu’ils éloignent les calamités et les mauvais esprits. Ces ustensiles servaient aussi lors des banquets et des funérailles des nobles et faisaient office de récompenses.
Il existe quatre principaux objets en bronze : les vases à nourriture, à vin, à eau et les instruments de musique, chaque catégorie comprenant une immense variété de formes et de décorations. On trouve ainsi des récipients circulaires ou allongés, des vases à quatre pieds munis d’anses ou de becs verseurs à l’embouchure ronde ou carrée, etc. Les tripodes chueh étaient destinés à chauffer et à conserver le vin ; les yu étaient des sortes de jarres munies d’une anse arquée et d’un couvercle ; les tsun étaient des jarres largement évasées et les lei, des jarres à col étroit, tandis que les ku avaient la forme d’un calice. Les offrandes de viande et de céréales destinées aux dieux étaient cuites dans des ting (tripodes à pieds pleins) ou li (tripodes à pieds creux) et présentées dans des coupes kuei. Le hsien ou yen servait à la cuisson à la vapeur. Le pan (bassin à eau) était utilisé pour les ablutions. A cette liste, il faut ajouter les miroirs, dont l’origine remonte au néolithique : en polissant l’un des côtés, les anciens Chinois découvrirent qu’ils pouvaient créer une surface réflective dans laquelle il était possible de se mirer. Selon les historiens, ces objets devinrent populaires sous les Shang et les Chou. L’une des principales fonctions des miroirs en bronze dans la Chine ancienne était de protéger contre les calamités et les mauvais esprits. C’est ainsi qu’on a retrouvé dans des sépultures datant de la dynastie Sung des miroirs qui avaient été accrochés au centre des plafonds des tombes. Les Shang fabriquaient aussi des armes en bronze, principalement des couteaux, des épées, des haches et dagues-haches et des fers de lance.
Les très nombreuses découvertes de bronzes archaïques remontant au IIe siècle avant notre ère, d’une grande qualité artistique et de grandes dimensions, montrent l’importance du rôle que jouaient ces objets dans la vie politique et religieuse de la Chine ancienne. Au IVe siècle avant notre ère, la légende de Yu le Grand, relatée dans le Tso-chuan, l’un des Treize Classiques, est là pour l’attester. Appelée aussi légende des neuf tripodes, elle raconte que le fondateur mythique de la dynastie Hsia, Yu le Grand, fit fondre neuf tripodes représentant chacune des provinces du royaume. De là est tirée l’origine du mot ting revêtant le sens de « royaume » ou « province ».
Les motifs ornant les bronzes étaient extrêmement variés. Sous la dynastie Shang, le motif du tao-tieh ou « glouton » était très fréquent. Il s’agissait d’un animal fantastique à l’aspect féroce qui était gravé en deux parties symétriques de chaque côté du vase. Ces deux parties semblaient se réunir en un seul et même motif lorsqu’on observait l’objet de face. On suppose que cet animal mythique était un élément du panthéon religieux primitif. Parmi les autres images représentées figuraient des dragons, des phénix, des tigres, des serpents, des oiseaux, des tortues, etc. Ces dessins apparaissaient souvent sur un fond de nuages et d’éclairs. Les miroirs de cette époque étaient aussi décorés de motifs géométriques ou d’images d’animaux simplifiées.
Sous les Chou, les rites furent institutionalisés et scrupuleusement notés, le Chou-li étant le plus célèbre des registres de ce genre. De leur application dépendait un bon gouvernement. Ainsi, au cours des cérémonies qui marquaient le début de chaque saison, les offrandes de nourriture et de boisson étaient présentées dans les récipients en bronze appropriés. Ces bronzes servirent aussi de support pour des inscriptions commémoratives à l’occasion de l’investiture d’un fief, d’une victoire militaire, d’une récompense offerte par le souverain, etc. Le style des Chou différait de celui des Shang par l’abondance des récipients pour les aliments tels que les ting, les li, les hsien ou yen et les kuei, pour lesquels apparurent des formes nouvelles. Parallèlement, les vases pour l’alcool se standardisaient. Après les Chou de l’Ouest, les vases hu prirent de plus en plus d’importance, tandis que de nouveaux ustensiles pour les ablutions, tels que les yi, firent leur apparition. De cette période datent aussi les carillons. Sous les Chou, la musique jouait un rôle important durant les rituels, et les cloches constituaient le principal instrument de musique. Les tubes en pierre, les tambours, les instruments à vent et à cordes venaient en accompagnement. Une importante découverte fut faite en 1978 sur le continent chinois, dans la province du Hupei, avec la mise au jour de la tombe du Marquis Tseng Yi, souverain de la principauté de Tseng, au début de la période des Royaumes combattants(1). Plus de 15 000 objets funéraires furent découverts, parmi lesquels 125 instruments de musique dont un ensemble de 65 cloches en bronze, le plus grand, le plus complet, le mieux préservé et le plus artistiquement décoré jamais découvert. Les anciens avaient inscrit 3 755 caractères sur les cloches, expliquant comment elles furent fabriquées et quelle était la note de chacune d’elles, et fournissant d’autres éléments sur la notation musicale de cette époque. Dans le passé, les spécialistes pensaient qu’il n’existait que cinq notes dans la musique de la Chine ancienne. Mais ce carillon a montré que les musiciens chinois avaient en fait développé dès le Ve siècle avant notre ère une échelle musicale de 12 notes. Chacune des cloches peut en effet produire deux sonorités, une grave quand elle est frappée en son centre et une aiguë quand elle est frappée près de son ouverture évasée.
Sous les Chou, la décoration des objets en bronze évolua dans le sens d’une plus grande simplification et abstraction : chaînes, écailles de poisson, vagues, dragons stylisés se firent jour, tandis que la symétrie était abandonnée au profit de dessins courant sur tout le pourtour de l’objet. Un motif fait de deux oiseaux s’imposa peu à peu à la place du tao-tieh.
Vers le milieu de la période des Printemps et Automnes, le décor le plus fréquemment utilisé était celui de dessins d’animaux géométriques — comme les dragons-serpents — entrecroisés. Les techniques utilisées pour les motifs évoluèrent des lignes gravées des débuts aux reliefs profonds et tridimensionnels, puis aux incrustations d’or, d’argent, de cuivre et de turquoises.
Parmi les objets en bronze fabriqués à l’époque des Royaumes combattants, les armes occupent bien sûr une place importante. De cette époque date la technique d’utilisation de différents composés en bronze pour fabriquer une épée, technique qui nécessitait de bien maîtriser le processus de la fonte. Le but était de renforcer la dureté de l’arme. Outre les épées, on fabriquait aussi des couteaux et des hallebardes ko et chi, armes utilisées par les fantassins qui remplacèrent progressivement les chars, peu commodes à manœuvrer sur des terrains difficiles ou marécageux. Les épées des royaumes de Wu et de Yueh étaient très appréciées pour leur qualité, les artisans de ces deux principautés ennemies étant passés maîtres dans l’art de la fonte.
Sous la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.), le bronze perdit sa dimension magique. Il servit essentiellement à fabriquer les instruments de mesure et les sceaux que l’on apposait sur les documents officiels. L’empereur Wu-ti (r. 140-87 av. J.-C.) de la dynastie Han collectionna les bronzes qui provenaient essentiellement des fouilles de tombes anciennes, les faisant authentifier par des lettrés. L’usage des miroirs en bronze se répandit également à cette époque, les décorations ornant ces objets se faisant plus sophistiquées. Certains des miroirs mis au jour portent au dos l’inscription « pour éloigner le malheur », ce qui montre qu’ils étaient toujours considérés à cette époque comme des porte-bonheur. Cependant, c’est sous la dynastie Tang (618-907) que les miroirs devaient connaître leur apogée, les Chinois d’alors offrant ces objets en cadeau. L’ouverture de la Chine au commerce avec l’étranger conduisit à un renouveau de la décoration et à l’apparition de dessins et motifs exotiques (lion, raisin, etc.). Pendant la période des Cinq Dynasties (907-960), les miroirs servaient aussi d’objets funéraires : on les plaçait sur la tête, la poitrine ou les pieds du défunt. L’usage des miroirs en bronze devait connaître un déclin à partir de la dynastie Ming (1368-1644), avec l’apparition des miroirs en verre.
Une renaissance du bronze apparut sous les Sung (960-1279) qui se livrèrent à un travail de collection et d’inventaire des anciens bronzes Shang et Chou. Plus de cinq cents pièces furent mises au jour sous les Sung du Nord (960-1127) qui compilèrent une trentaine de publications illustrées sur ces découvertes. L’empereur Hui-tsung (r. 1100-1125), l’un des plus grands mécènes des arts dans l’histoire de Chine, fit réaliser un inventaire de la collection de la cour impériale qui s’enrichit à cette époque des cadeaux offerts par de nombreux dignitaires puisant ces objets anciens dans leurs propres collections. Les bronzes étaient exposés et servaient de modèles pour réaliser de nouveaux moulages de récipients utilisés lors des rituels.
Cet engouement pour l’antiquité se poursuivit jusque sous les Ching (1644-1911). L’empereur Chien-lung (r. 1736-1796) inspecta les bronzes des lieux d’expositions et des entrepôts en 1747 et ordonna qu’un catalogue soit réalisé. Des compléments furent compilés ultérieurement. Ces ouvrages révèlent qu’il y avait plus de 4 000 bronzes dans la collection impériale à cette époque. Sous l’empereur Chia-ching (r. 1796-1820), un bronze d’une grande valeur, le bassin de la famille San, datant de la fin des Chou de l’Ouest, fut ajouté à la collection.
Les 43 bronzes choisis pour l’exposition au Grand Palais comprennent des vases pour la nourriture, pour l’eau et pour le vin, des vases doseurs, des instruments de musique, des armes, des sceaux et des miroirs. Remarquables pour leurs inscriptions, leur forme ou leurs dessins, ces pièces sont représentatives du savoir-faire des artisans des dynasties Shang et Chou aux Tang et aux Sung.
(1) La dynastie Chou de l’Est (770-256) fut divisée en deux périodes, les Printemps et Automnes (770-475) et les Royaumes combattants (475-221). Ce fut une époque de désordre et de violence, les Etats vassaux devenant plus indépendants face à un pouvoir central affaibli et s’affrontant pour conquérir l’hégémonie. La première période fut marquée par une succession de cinq Hégémons, tandis que la seconde vit s’affronter une multitude de principautés. Deux d’entre elles, Chin et Chu, finirent par dominer la scène politique. En 221, Chin triompha de sa rivale et fonda la dynastie impériale du même nom (221-206 av. J.-C.).

Gobelet en jade clair teinté de
veines vertes avec décor de
rinceaux incisés et socle en bois
Ching, dynastie Han de l'Ouest.
LE JADE
Depuis des millénaires, le jade est, pour les Chinois,
la pierre précieuse par excellence, l’« essence du ciel et de la terre
». Il symbolise les vertus confucéennes de bonté, rectitude, sagesse,
courage et pureté. Pour leur part, les taoïstes pensaient qu’absorber du
jade réduit en poudre permettrait d’atteindre l’immortalité. Traditionnellement,
on distingue deux sortes de jade, le juan-yu ou « jade tendre »,
aussi appelé cheng-yu ou « jade véritable », et le ying-yu
ou « jade dur », aussi appelé fei-tsui ou « martin-pêcheur
» en raison de sa couleur qui rappelle celle des plumes de cet oiseau.
Des oiseaux, des poissons, des cigales, des vers à soie et des tortues étaient sculptés dans du jade dès la fin du néolithique (4000-2200 avant notre ère). Les anciens Chinois croyaient en effet que les divinités transmettaient le pouvoir de la vie aux humains par l’intermédiaire des animaux.
La fabrication d’objets divers en jade était aussi très développée sous la dynastie Hsia. Les objets en jade symbolisaient l’autorité et servaient principalement lors des cérémonies religieuses organisées par les nobles en l’honneur des dieux. Les deux principaux objets rituels de cette époque étaient les grands couteaux et les sceptres, qui étaient aussi des armes.
Sous la dynastie Shang, les sculptures en forme d’animaux étaient nombreuses. Le jade servait à fabriquer les ustensiles rituels utilisés pour les offrandes aux dieux ou comme porte-bonheur : les dagues, une adaptation des larges couteaux et des sceptres des Hsia ; les disques en jade, ou pi, percés d’un trou en leur centre et censés représenter le ciel ; des récipients longs et creux aux côtés rectangulaires ou tsong, qui servaient à honorer la terre. La forme donnée aux pi et aux tsong s’explique par la cosmologie des anciens, selon laquelle le ciel était rond et la terre carrée.
A cette époque, on recouvrait ou l’on entourait les cercueils d’objets en jade car on pensait qu’ils constitueraient un lien avec l’au-delà. Par la suite, des objets funéraires furent sculptés dans cette pierre symbolisant la perfection et l’immortalité, dans l’espoir qu’ils empêcheraient les corps de se décomposer. On préconisait notamment d’obstruer les neuf orifices du corps avec des pièces en jade. Parmi les animaux les plus fréquemment représentés figuraient les cigales, symboles de la renaissance, qui étaient placées dans la bouche des défunts, et les porcelets, représentant la prospérité.
Sous la dynastie Chou de l’Ouest (1122-770 av. J.-C.), les artisans transformèrent les dagues en kuei, tablettes allongées, souvent ornées d’images d’hommes-dragons, que portaient les princes en signe de leur pouvoir. Des jetons en jade divisés en deux parties servaient aussi de moyens d’identification, chacune des deux personnes ayant conclu un accord en conservant un morceau. Pendant la période des Printemps et Automnes, les dragons et les phénix remplacèrent les motifs d’oiseaux, de poissons et d’insectes. Vers la fin des Chou de l’Est, sous les Chin et au début des Han, le savoir-faire des artisans et la qualité des outils de polissage atteignirent leur apogée. La maîtrise des techniques de forage, de tournage et d’évidage permit de fabriquer des récipients en tous genres. Par ailleurs, la conquête par les forces chinoises du Nord-Est, où se trouvaient les principaux gisements de jade, permit un approvisionnement plus facile en matière première. Cette pierre était particulièrement appréciée des lettrés qui arboraient des ornements de jade dans la vie de tous les jours, indication de leur rang et de leur statut social. Le jade ornait aussi les épées et leurs fourreaux, faisant de ces armes des cadeaux de prix. Par ailleurs, cette période fut celle d’une simplification des motifs, permettant de faciliter l’exécution des œuvres et, donc, de produire en plus grande quantité. Les empereurs Han furent des collectionneurs d’objets en jade.
Les Tang ne manifestèrent que peu d’intérêt pour le jade. Un nouvel essor se produisit sous les Sung et tout particulièrement sous le règne de l’empereur Hui-tsung qui chercha à collectionner les œuvres anciennes. Après les Sung et les Yuan (1271-1368), la fabrication des ustensiles en jade eut une vocation principalement artistique. Cependant, certaines pièces, bien qu’ornementales, avaient aussi un usage pratique, comme les ustensiles des lettrés et des calligraphes (godets à pinceaux, rince-pinceaux, boîtes de pâte à cachet...), les objets usuels des nobles et des riches familles (peignes, épingles à cheveux, cannes, coupes à vin, coffrets à bijoux...), etc. Les ceintures, les vêtements, les coiffures... portaient aussi des ornementations en jade. Les amulettes sculptées dans cette pierre précieuse étaient censées protéger contre les blessures et les mauvais esprits.
Sous les Ming (1368-1644), la fabrication des objets en jade imita les formes des laques et des céramiques, tandis que les parures et les instruments des calligraphes s’ornaient de fleurs, de fruits ou d’animaux, tendance qui s’accentua sous les Ching. Le renouveau des études archéologiques qui se fit à cette époque entraîna aussi un certain engouement pour l’archaïsme, avec une vague d’imitations des formes des bronzes anciens. L’empereur Chien-lung, célèbre pour son amour des arts, appréciait tout particulièrement le jade. De nombreux progrès furent accomplis sous son règne dans les techniques de sculpture de cette pierre. Alors que les empereurs des siècles passés buvaient le thé dans des tasses en porcelaine, Chien-lung choisit de se servir de tasses en jade. De nombreux objets furent fabriqués dans cette pierre, dont des reproductions des pi et des huan (anneaux), des pendantifs et autres ornements, à partir des stocks existant dans les réserves. Nombre de ces objets faisaient office de cadeaux. Les Etats vassaux présentaient aussi des tributs fabriqués dans cette pierre. De plus, la matière première arrivait tous les ans à la cour en provenance du Sinkiang, la nouvelle marche. La plupart des artisans qui travaillaient le jade dans les ateliers impériaux venaient de Yangchow et de Soochow dans le Kiangsu, cette ville étant par ailleurs le centre de la sculpture du jade sous les Ching. L’empereur Chien-lung vérifiait en personne les motifs à partir desquels étaient fabriqués les objets en jade. Encourageant une redécouverte du passé, il commanda des reproductions d’œuvres Tang, Sung et Yuan et favorisa la fabrication de pièces contemporaines, dont certaines de grande dimension. Le règne de Chien-lung fut aussi marqué par l’importation d’objets étrangers. Les pièces qualifiées de « jades de l’Hindoustan » furent principalement réalisées dans la région de Khotan, qui était un important centre d’extraction de cette pierre.
Toutes les périodes historiques sont représentées
dans la collection de jades du Musée national du Palais. Pour l’exposition au
Grand Palais, 38 pièces ont été choisies dans un ensemble de plus
de 4 000, afin d’offrir au public un aperçu général de la diversité,
de la vitalité et de la longue tradition des jades chinois.
Pierre à encre dans une boîte
incrustée de jade, dynastie Ching,
époque Chien-lung.
LA CALLIGRAPHIE
La calligraphie chinoise a une histoire particulièrement
longue. Les oracles sur os de la dynastie Shang constituent les plus anciens témoignages
de l’écriture chinoise que nous connaissions : les caractères inscrits
sur les carapaces de tortue ou les omoplates de bœuf, appelés chia-ku-wen,
étaient d’abord tracés à l’encre et au pinceau puis gravés avec
un stylet.
Depuis cette époque reculée, différents styles se sont développés. On divise en général la calligraphie chinoise en cinq grands styles scripturaux : caractères de sceaux chuan-shu, écriture des scribes li-shu, écriture régulière ou normalisée kai-shu, écriture semi-cursive ou courante hsing-shu et écriture d’herbe ou cursive tsao-shu.
Avant la dynastie Chin, les formes scripturales diverses utilisées dans les différents royaumes n’étaient pas désignées par une appellation particulière. On parlait simplement d’« écriture » wen ou de « caractères » tzu. Après avoir unifié la Chine, les Chin imposèrent une écriture uniforme dans tout le pays. Deux styles principaux firent leur apparition à cette époque : les « grands caractères de sceaux » ta-chuan qui furent par la suite simplifiés et transformés en un style plus régulier, les « petits caractères de sceaux » hsiao-chuan.
A la fin de la dynastie Chin et au début de la dynastie Han, apparut une nouvelle forme d’écriture, l’écriture des scribes, destinée à répondre aux besoins croissants d’une bureaucratie impériale confrontée à un nombre de plus en plus important de documents à rédiger. Les « petits caractères de sceaux » furent, à leur tour, réduits et simplifiés, la rondeur des origines disparaissant au profit d’un aspect plus carré. Ce nouveau style, qui atteignit sa perfection sous les Han orientaux, permit de faciliter grandement l’écriture.
Un style cursif de l’écriture des scribes, destiné à permettre de tracer les caractères plus rapidement, apparut au début de la dynastie Han. Il s’agissait d’un style simplifié où les traits formaient des lignes continues peu lisibles. A la fin des Han, les structures s’étaient encore simplifiées, avec des traits plus fluides. Ce style évolua pour devenir l’écriture cursive moderne, dans laquelle de nombreux traits sont reliés. Il atteignit sa pleine maturité sous les Chin de l’Est (371-420).
L’écriture régulière ou normalisée prit graduellement forme à la fin des Han, sous les Wei (220-265) et les Chin (265-420). Ce style se rapproche de celui des scribes, dont il constitue une version améliorée. Encore plus aisée que l’écriture des scribes, l'écriture régulière fut largement utilisée à partir des Han et atteignit son apogée sous les Tang.
La calligraphie semi-cursive ou courante est un mélange des styles régulier et cursif. Elle fit son apparition sous les Han orientaux et fut quelque peu modifiée sous les Wei. Ce style est d’une grande facilité d’utilisation.
D’une manière générale, il s’agit là des styles scripturaux qui ont été pratiquées en Chine depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Après les Six Dynasties (220-589), les styles régulier et semi-cursif furent les plus couramment employés dans la vie de tous les jours. Mais les calligraphes gardaient leurs préférences, pratiquant un ou plusieurs styles. Sous les Tang, des règles furent édictées pour l’écriture régulière, qui servirent de référence aux générations suivantes. Durant cette même période, l’écriture cursive fut soudain l’objet d’une expérimentation stylistique. Des formes étranges se firent jour, qui aboutirent à l’apparition de l’écriture cursive sauvage, kuang-tsao.
Les « Quatre Trésors du Studio du Lettré », — le pinceau, l’encre, le papier et la pierre à encre — sont les instruments indispensables du calligraphe. Le pinceau est fait de poils doux, flexibles et absorbants (yang-hao ou poils de chèvre) ou raides (lang-hao ou poils de loup, en fait des poils de belette ou de lièvre), liés et fixés à un manche en bambou. Les pinceaux durs, utilisés de façon presque exclusive sous les Ming et au début des Ching, sont plus difficiles à fabriquer, plus fragiles et donc plus coûteux. Mais leur maniement est plus aisé, du fait de la grande élasticité de la touffe. Un pinceau peut non seulement être manipulé de gauche à droite et de haut en bas mais aussi être soulevé et abaissé et produire ainsi des lignes d’une variété infinie d’épaisseurs.
L’encre est faite d’un mélange de résine et de suie auquel on donne la forme d’un bâtonnet. Un bâtonnet d’encre de qualité doit avoir un grain fin et une surface douce et lisse. Il est ferme et ne colle pas. L’encre offre de nombreuses nuances en termes de profondeur, de noirceur, de fluidité, etc.
La calligraphie est pratiquée sur la soie ou sur le papier, deux matériaux absorbants. Le papier fut inventé au début du IIe siècle par Tsai Lun, sous les Han de l’Est.
La pierre à encre est faite d’une pierre à aiguiser sur laquelle est frotté le bâtonnet à encre. C’est un objet solide à la surface duquel les lettrés d'autrefois aimaient graver leur nom ou des poèmes.
L’art de la calligraphie proprement dit, c’est-à-dire l’écriture considérée comme un art, prit son essor vers la fin de la dynastie Han. Il était en effet universellement pratiqué au sein de l’élite des lettrés, pour lesquels la calligraphie était un moyen d’expression et d’accomplissement de soi-même. Ce phénomène explique pourquoi cet art eut une influence particulièrement grande sur la peinture, les peintres-lettrés lui empruntant ses techniques, ses instruments, ses supports et son esthétique. Les meilleurs exemples de calligraphie semi-cursive apparurent sous les Sung, avec des maîtres célèbres tels que Su Tung-po (1036-1101), Mi Fu (1051-1107) et Huang Ting-chien (1045-1105). Sous les Yuan, certains calligraphes, en réaction à la conquête mongole, tentèrent d’effectuer un « retour à l’antiquité » et aux écritures des Wei et des Chin en mettant l’accent sur les trois principaux styles : régulier, semi-cursif et cursif. Les calligraphes des Ming suivirent le modèle des artistes Yuan, cherchant à revenir aux styles régulier et semi-cursif des calligraphes des Chin et des Tang. Au milieu de la dynastie Ching, l’intérêt pour l’épigraphie, l’archéologie et la philologie motiva une nouvelle étude des anciens styles d’écritures, tout particulièrement celui des Dynasties du Nord (439-581) et les écritures archaïques (écriture sur sceaux et écriture des scribes).
Dès la dynastie Han de l’Ouest, l’empereur Wu-ti collectionna des calligraphies qu’il conservait dans un entrepôt impérial. Sous les Sung, l’empereur Tai-tsung (r. 976-997), lui-même artiste de talent, lança à travers tout l’empire une recherche des calligraphies et des peintures anciennes. L’empereur Hui-tsung, poète, calligraphe et peintre accompli, poursuivit le travail de collection. De nombreuses œuvres de calligraphes connus tels que Wang Hsi-chi (301-361), Hsu Hao (703-782), l’empereur Hsuan-tsung (r. 712-756) de la dynastie Tang, et Wu Tsai-luan (qui peignit entre 827 et 835 environ), furent récupérées par les empereurs Kang-hsi (r. 1662-1722) et Chien-lung de la dynastie Ching.
Treize calligraphies datant des VIIIe, IXe et XVIIIe siècles
sont présentées à l’exposition, ainsi qu’un crâne de cervidé
gravé de caractères oraculaires datant de la dynastie Shang.

Chevaux et palefrenier
(feuille d'album), Han Kan
(act. 742-756), dynastie Tang.
LA PEINTURE
Les origines de la peinture chinoise traditionnelle remontent
à l’antiquité mais les œuvres réalisées avant la fin de la dynastie
Han et parvenues jusqu’à nous sont très rares. Des hommes de lettres s’essayèrent
à la peinture à l’époque des Six Dynasties, mais leurs œuvres sont,
là encore, quasiment introuvables aujourd’hui. Dès cette époque pourtant,
les artistes, qui représentaient principalement la figure humaine, s’attachèrent
à exprimer, non pas l’apparence du sujet, mais sa nature intérieure en
harmonie avec l’univers. La littérature révèle que sous la dynastie
Tang, époque artistique très féconde, la peinture connut un grand
développement. Mais les œuvres de cette période ont pratiquement toutes
disparu, à l’exception des fresques. C’est au milieu de la dynastie Tang que
se fit jour l’art du paysage au lavis d’encre monochrome, qui constitua dès
lors le style prédominant de la peinture chinoise. La paternité en est
attribuée au poète Wang Wei (701-761), dont aucune œuvre n’est parvenue
jusqu’à nous. Les artistes se mirent à peindre des paysages ou des scènes
de fleurs et d’oiseaux. Les instruments et les techniques utilisés par les fresquistes
(dont les couleurs et les brosses) furent abandonnés au profit du pinceau et
de l’encre, les prestigieux instruments du calligraphe. S’apparentant désormais
à l’art de l’écriture, la peinture gagna ses lettres de noblesse et devint
l’apanage de l’élite.
C’est sous les Cinq Dynasties (907-960) et au début des Sung du Nord que s’affirma le style du grand paysage chinois dans lequel l’homme était représenté en tout petit, simple élément au sein de la nature, symbole de l’univers. En chinois, le paysage est appelé shan-shui, littéralement « montagne et eau ». Il s’agit des deux éléments indispensables au tableau, dont le dialogue des formes est censé représenter le souffle chi qui anime l’univers. Sous les Sung du Nord, les peintres restèrent fidèles à cette vision, tout en pratiquant un art plus élaboré. A la cour fut créée une Académie impériale de Peinture. L’empereur Hui-tsong y rassembla des professionnels venus des provinces les plus reculées auxquels il montrait régulièrement les chefs-d’œuvre de sa collection afin qu’ils puissent s’en inspirer. Ces peintres s’attachaient à reproduire le réel le plus fidèlement possible.
Un autre courant, auquel appartient Mi Fu, fut celui des lettrés qui, dédaignant le professionnalisme, peignaient en se servant uniquement de leur art, né de leur pratique de la calligraphie.
En 1127, la dynastie Sung du Nord succomba aux attaques des Tartares Chin. La cour impériale alla s’installer à Hangchow, dans le Chekiang, où elle fonda la dynastie Sung du Sud (1127-1279). Un nouveau type de peinture, mettant l’accent sur la spontanéité, fit son apparition. Ce style s’attachait à mettre en valeur un élément de l’ensemble peint : l’homme, qui figurait à l’avant-scène du tableau, transmettait une émotion qui constituait le sujet central de la peinture. Au XIIIe siècle naquit une autre forme de peinture inspirée par la doctrine du bouddhisme Chan, selon laquelle seule l’intuition permet de parvenir à la connaissance de la vérité. Cette philosophie favorisa l’apparition d’œuvres réalisées sur le moment, fruit d’une intuition et d’une exécution immédiate. Les empereurs Ning-tsung (r. 1195-1224) et Li-tsung (r. 1225-1264) furent des mécènes qui employèrent de nombreux peintres célèbres tels que Liu Sung-nien, Li Tang, Ma Yuan et Hsia Kuei. L’art des portraits était particulièrement important à cette époque.
Sous les Yuan, la peinture connut une évolution majeure. Les lettrés, opposés aux envahisseurs mongols, s’y réfugièrent et renouèrent avec la tradition des Tang et des Cinq Dynasties, tout en rejetant le style élaboré et fleuri au profit du dépouillement et de l’insipidité tan. En l’absence d’une académie officielle, l’art de la peinture fut développé essentiellement par ces lettrés amateurs qui peignaient surtout des éléments de la nature (montagne, fleurs, arbres, rochers, rivières...). L’empereur Yuan, Shih-tsu (r. 1260-1294) envoya un de ses dignitaires à Hangchow pour récupérer les entrepôts de la dynastie Sung déchue. Les peintures, de même que les calligraphies, le matériel d’écriture et les pierres à encre, furent placées sous la juridiction du palais. L’empereur Wen-tsung (r. 1328-1329 et 1329-1332) fut un artiste et un calligraphe de talent. Il collectionna également les objets d’art dans tout l’empire.
La peinture chinoise s’apparente à la calligraphie en ce qu’elle est aussi un art composé de lignes. Elle a également été très influencée par la littérature, étant notamment utilisée pour représenter le monde de la poésie. Sous les Yuan, les hommes de lettres ajoutaient des vers ou une appréciation personnelle sur leurs œuvres. Entamée sous les Sung, la tradition de l’ajout du sceau de l’artiste, du nom du donateur et du destinataire de la peinture se généralisa.
Sous les Ming et les Ching, peintres et écoles abondaient. Le courant majeur demeura cependant celui de l’étude et de l’imitation des Anciens. Les lettrés appréciaient tout particulièrement les paysages de montagnes, de forêts et de jardins qui offraient à leurs yeux l’image d’un monde pur et paisible. Les scènes de fleurs et d’oiseaux remportaient aussi un grand succès. Les collections Ming de peintures et de calligraphies furent constituées à partir de celles des Yuan. Une académie impériale de peinture fut établie, sur le modèle de celle des Sung. Nombre de peintres et de calligraphes furent convoqués pour travailler à la cour. Pien Wen-chin, Lu Chih et d’autres artistes, qui excellaient dans le genre « fleurs et oiseaux », peignaient des œuvres décoratives et « de bon augure » dans le style de la cour.
A l’image des dynasties précédentes, les Ching établirent un catalogue répertoriant les nombreuses œuvres Ming. L’empereur Shun-chih (r. 1644-1661), le premier empereur Ching, était un peintre accompli qui se distingua dans le genre des bambous et des buffles d’eau. En 1656, il donna l’ordre aux membres de la célèbre académie Hanlin de lui présenter des peintures et des calligraphies de Tung Chi-chang (1555-1636). L’empereur Kang-hsi, que les œuvres de cet artiste des Ming intéressaient particulièrement, se lança lui aussi dans la pratique de la calligraphie.
Lors du Nouvel An et le jour de leur anniversaire, les empereurs se voyaient souvent offrir des peintures et des calligraphies de grands maîtres célèbres de la part de leurs ministres. L’empereur Chien-lung était un grand amateur de peinture et de calligraphie et il fit d’innombrables inscriptions sur les œuvres de sa collection. Il ordonna aussi la compilation de plusieurs catalogues pour les recenser. En 1736, première année de son règne, il mit en place une association de peintres à laquelle participèrent nombre d’artistes de renom. Plusieurs dignitaires de la cour de Chien-lung étaient eux-mêmes des peintres et des calligraphes de talent. L’empereur appréciait beaucoup les œuvres des maîtres anciens : les objets de sa collection provenaient d’achats et de cadeaux qui lui avaient été offerts. Sous Chien-lung, la collection impériale atteignit ainsi son apogée.
Ce n’est qu’à partir des Sung que la forme des livres et des peintures, qui revêtaient jusque-là l'aspect de rouleaux horizontaux, se dissocia : les livres adoptèrent une forme rappelant celle qu’on leur connaît aujourd’hui, tandis que les peintures et les calligraphies furent réalisées sur des rouleaux verticaux à suspendre.

Coupe lobée kuan, décor craquelé,
dynastie Sung du Sud.
LA CERAMIQUE
L’art chinois de la céramique remonte à l’antiquité.
A l’âge du bronze, la céramique cessa d’être utilisée pour la
production de la vaisselle rituelle, ne servant plus que de matériau de construction
ou de fabrication d’objets usuels. Sa fonction funéraire réapparut sous
les Han : à cette époque, des terres cuites étaient placées dans
les tombes pour accompagner et conforter les âmes des défunts, coutume
qui tomba peu à peu en désuétude au début du Xe siècle.
Sous la dynastie Tang, ces terres cuites étaient revêtues de glaçures
tricolores san-tsai.
On appelle porcelaine un objet fait de kaolin, une argile blanche d’une rare finesse, recouvert d’une glaçure et cuit à très haute température (1 350 degrés C environ). Le matériau se vitrifie, devenant imperméable, dur et sonore. Les premières porcelaines connues datent de la fin du VIe siècle, sous la dynastie des Sui (580-618). Produites dans des fours installés au Hunan et au Hupei (fours de Hsing), il s’agissait de porcelaines d’une blancheur et d’une qualité exceptionnelles.
Sous la dynastie Tang, les grès fabriqués à Yueh, dans la province du Chekiang, connurent un grand succès. Les céramiques blanches de Hsing inspirèrent bientôt la production des porcelaines ting, à la couverte brillante et de couleur ivoire, qui sortaient de fours installés à Chientzu dans le Hupei. Les ting devaient succéder aux hsing et atteindre leur apogée sous les Sung du Nord, au XIe siècle. Mais, dès le Xe siècle, elles servirent de modèle aux fours de Yao, dans la province du Shensi, qui produisaient divers objets vert céladon décorés de motifs gravés ou moulés. C’est également à cette époque que les ornements se firent plus variés (fleurs, animaux, etc.).
C’est principalement sous la dynastie Sung, qui accordait une importance toute particulière aux beaux-arts, que la fabrication de la porcelaine fit de grands progrès. Il n’existait pas de four impérial sous les Sung du Nord qui passaient cependant des commandes régulières auprès de plusieurs artisans. Divers types apparurent : les grès chun, pièces robustes aux formes simples revêtues d’une couverte bleu ciel tâchée de pourpre, étaient produits dans des fours situés dans les districts de Linju et Yu dans la province du Honan ; les grès de Ju, à l’épaisse couverte craquelée couleur céladon, furent placés sous la direction de l’empereur Hui-tsung. Mécontent de la qualité de la céramique ting, celui-ci ordonna aux fours de Ju de produire une porcelaine réunissant les qualités de toutes celles qui existaient déjà. La fabrication de ces objets raffinés de couleur crème au vernis lisse et laiteux ne dura que 27 ans mais la céramique ju a la réputation d’être la plus belle jamais produite ; les kuan ou « pièces officielles » furent directement influencées par les ju. Possédant une épaisse couverte craquelée aux tons gris, vert pâle ou bleu clair, ces céramiques étaient des reproductions de vases antiques en bronze ; les ko possédaient des couvertes craquelées inspirées des ju ; les céladons de Lungchuan étaient produits par les fours de Chintsun et de Tayao, dans le sud du Chekiang, qui passaient pour les héritiers des fours de Yueh. L’industrie de la porcelaine à Chingte dans la province du Kiangsi, était aussi très active à cette époque avec les porcelaines de Yingching, les porcelaines blanches et les porcelaines du type Tzuchow qui se vendaient dans tout le nord du pays. Les pièces de couleur noire décorées de zones blanches ou à motifs noirs se détachant sur fond blanc étaient particulièrement expressives et exubérantes, représentatives de l’esprit des gens de cette époque. Parmi les porcelaines à couverte noire, les chien, de la province du Fukien, et les chichow, de la province du Kiangsi, figurent parmi les plus célèbres. Un four impérial fut établi par le premier empereur des Sung du Sud, Kao-tsung (r. 1127-1162). Il produisait une sorte de céramique kuan à l’argile fine et au vernis vert pâle.
Sous les Yuan, les fours de Chingte devinrent le centre de production du pays. Ils fabriquaient essentiellement des porcelaines monochromes blanches dont la couverte présentait des reflets bleutés et qu’on appelle pour cette raison des ching-pai ou « bleu et blanc ». Leurs décors étaient peints en bleu cobalt sous glaçure. Autres porcelaines très représentatives de la dynastie Yuan, les « rouge et blanc » dont les décors, peints en rouge cuivre sous glaçure, remplacèrent les monochromes de la dynastie Sung. Du point de vue des formes, les porcelaines de la dynastie Yuan se caractérisaient par leur épaisseur, leur grande taille et leur poids, contrastant avec le raffinement des pièces fabriquées sous les Sung. Les décors de cette époque furent d’une créativité sans précédent.
La décoration sur couverte apparut dans le nord de la Chine sous la dynastie Chin (1115-1234). Quant au motif peint sous couverte, il fut utilisé pour la première fois dans les années 1320, les motifs étant, avant le XIVe siècle, essentiellement incisés ou imprimés.
Sous les Ming et les Ching, la céramique se résuma à la porcelaine. Chingte confirma son rôle de centre de production pour tout l’empire, les Ming y installant des fours impériaux. Les pièces produites pour l’usage particulier de la Cour étaient particulièrement raffinées. Les monochromes blanches ou rouges et les « bleu et blanc » de la production officielle sous les empereurs Hung-wu (r. 1368-1398), Yung-le (r. 1403-1424) et Hsuan-te (r. 1426-1435) y étaient toutes produites. Des innovations firent leur apparition, comme les pan-to-tai (à la couverte brillante) sous le règne de Yung-lo (r. 1403-1424), les chi-hung (une couleur particulière) sous Hsuan-te (r. 1426-1436), les tou-tsai (« couleurs contrastées ») sous Cheng-hua (r. 1465-1488), les chiao-huang (un jaune dit « mignon ») sous Hung-chih (r. 1488-1506) et les wu-tsai (ou « cinq couleurs » : bleu, jaune, rouge, blanc et noir, dites « couleurs pures ») sous Wan-li (r. 1573-1620), toutes significatives de l’évolution de la porcelaine sous la dynastie Ming. Les objets en porcelaine, utilisés en énormes quantités, avaient toutes sortes d’usages à la cour : certains servaient dans la vie quotidienne, d’autres faisaient office de décorations, d’objets rituels ou de cadeaux. Il n’était pas rare pour les dignitaires ou les artisans d’apporter des œuvres d’art lorsqu’ils voulaient obtenir une audience de l’empereur. On estime que plus de deux millions d’objets ont été produits pendant les 270 ans de règne de la dynastie Ming.
Au début de la dynastie Ching, durant les empereurs Kang-hsi, Yung-cheng et Chien-lung, la cour considérait comme particulièrement important le choix du responsable de la production de la porcelaine à Chingte. Il s’agissait là d’une réforme significative par rapport à la dynastie Ming qui accordait le contrôle de la production aux eunuques de la cour. En conséquence, de grands progrès furent faits dans les techniques de fabrication, portant l’art des Ming à son apogée. Pendant le règne de l'empereur Kang-hsi, de nouvelles couleurs d’émaux firent leur apparition : de cette époque datent l’émail vert, l’émail rose et l’émail blanc opaque qui, mélangé à d’autres couleurs, permit d’obtenir de nombreuses nuances. L’empereur Yung-cheng, mécontent des céramiques en émail et de la manière dont elles étaient décorées, initia de nombreux changements qu’il contrôla rigoureusement. Les techniques de cuisson s’améliorèrent considérablement. Les décorations florales, en vogue sous l’empereur Kang-hsi, firent place à des motifs empruntés à la peinture tels que les paysages, les personnages, les fleurs et les oiseaux, auxquels étaient intégrés des poèmes. La plupart des porcelaines émaillées de cette époque, souvent produites par paires, avaient des corps de porcelaine blanche, aussi fins qu’une coquille d’œuf et décorés d’émaux raffinés. De nombreuses recherches furent menées sur les tons et les techniques d’application et de cuisson. De multiples formes furent inventées pour répondre à tous les besoins. L’utilisation des émaux brillants fen-tsai est une caractéristique de la porcelaine à l’époque des Ching. Sous le règne de Chien-lung, l’inventaire des collections impériales s’étendit à la porcelaine, travail qui permit la compilation d’un album illustré, Les Joyaux de Porcelaine.
Le Musée national du Palais possède plus de 24 000 céramiques. Quelques-unes des plus belles pièces ont été choisies pour l’exposition au Grand Palais, dont des exemples des porcelaines hsing et yueh de la dynastie Tang, ainsi que des pièces ting, ju, kuan, ko, chun, yaochow, chichow, lungchuan et autres, des dynasties Sung et Yuan. La sélection comprend aussi 39 pièces impériales des dynasties Ming et Ching, présentant une grande variété de styles, telles que les monochromes, les « bleu et blanc », les émaux tou-tsai et les émaux polychromes fa-lang-tsai.
La rédaction
Crédits photographiques :
Musée national du Palais, Taïpei et AFAA