Composée du professeur de paléontologie, M. Li Chia-wei, de l'Université nationale Tsinghua, à Hsinchu (Taïwan), et de confrères continentaux, MM. Chen Junyuan, de l'Institut de Paléontologie et de Géologie de l'Académie des Sciences de Chine [continentale], à Nankin, et Huang Diying, son assistant, une équipe interchinoise a découvert dans le Yunnan, une province méridionale de la Chine continentale, des fossiles de cordés ayant une boîte crânienne qui pourraient être ceux de l'ancêtre commun de tous les vertébrés.
Ayant été amplement décrits dans le numéro du 4 novembre de la revue britannique Nature, ces fossiles sont présentés au Musée national des Sciences naturelles, à Taichung, du 2 décembre au 9 avril 2000. Le jour de l'inauguration de l'exposition, le professeur Li Chia-wei, a révélé que ces fossiles étaient l'évidence de l'existence de cordés [vertébrés] à une époque encore insoupçonnée de la paléontologie actuelle, précisant que les 305 fossiles ainsi mis au jour dataient de 530 millions d'années, ce qui les situent dans le cambrien, la première période de l'ère primaire ou paléozoïque. La datation de ce lot, baptisé " Haikouella ", du nom du site Haikou (dans le centre du Yunnan) où il a été trouvé, laisse entrevoir, selon les auteurs, un bouleversement de l'histoire jusque-là établie de l'origine et de l'évolution des vertébrés sur terre.
Cette découverte importante a été simultanément annoncée à Taïpei et à Nankin par les professeurs Li Chia-wei et Chen Junyuan. Elle présente un éventail d'animaux pourvus d'une boîte crânienne relativement grande sans squelette interne, certains étant recouverts d'une coquille, les autres parfaitement nus au corps mou, tous présentant des possibilités de vie dans des milieux assez diversifiés.
Dans leur article, les deux professeurs, MM. Li Chia-wei et Chen Junyuan, expliquent que, malgré le petit nombre d'évidences fossiles, la paléontologie a jusque là affirmé, par erreur, que la céphalisation et la formation d'un squelette interne chez les cordés s'étaient faites en même temps.
La science enseigne aussi que les animaux dépourvus de colonne vertébrale auraient disparu en masse après une période relativement courte, probablement sous l'effet d'un phénomène que les paléontologistes s'accordent à nommer " explosion cambrienne " dont les causes demeurent jusqu'à présent sans réponse.
En fait, avec la découverte des " Haikouella ", on constate que la céphalisation s'est réalisée plus tôt, bien avant l'apparition de la corde spinale ou colonne vertébrale. Les fossiles mesurant moins de 4 cm sont en excellent état de conservation et permettent de retracer dans le moindre détail les formations osseuses qui remontent à une date bien antérieure aux " premiers " animaux non vertébrés.
En 1998, cette équipe interchinoise avait mis au jour dans le Guizhou, au nord du Yunnan, des fossiles d'" éponges précambriennes à structure cellulaire ", permettant d'affirmer l'existence d'une vie complexe en des temps plus précoces.
Organisée tous les ans dans de nombreux pays, l'opération Lire en fête est une initiative du ministère français de la Culture et de la Communication. C'est en 1989 que la première édition a vu le jour. Cette année, dix ans plus tard, diverses manifestations se sont déroulées dans 90 pays et 130 villes de par le monde, ainsi que, pour la première fois, à Taïwan sous l'égide de l'Institut français à Taïpei et de son service de Coopération et d'Action culturelle, avec la collaboration de nombreux partenaires locaux, français ou taïwanais.
Le but de cette opération est de promouvoir la culture, la langue et le livre français. Chaque pays étant libre d'organiser son propre programme, les manifestations et animations sont aussi diverses que variées: débats, forums, rencontres avec des écrivains, expositions de livres, cinéma, concerts, etc. Elles touchent ainsi un très vaste public à la fois jeune et adulte.
Lire en fête était programmée pour se dérouler simultanément dans l'ensemble des pays concernés durant trois jours consécutifs, en octobre. Mais le grave séisme qui a touché l'île le 21 septembre a poussé les organisateurs à reporter le projet au mois de novembre.
Le coup d'envoi a été donné le 26 novembre au soir à Taïpei avec l'inauguration de la librairie française Le Pigeonnier. M. Gérard Chesnel, directeur de l'Institut français à Taïpei, et M. Chang Han- liang, directeur du département des langues et littératures étrangères de l'Université nationale de Taïwan, présidaient la cérémonie, à laquelle ont participé près de 500 personnes. Un public varié de francophones et francophiles, parmi lesquels les ambassadeurs ou représentants du Sénégal, du Tchad, du Burkina Faso, de Belgique, du Canada et de Suisse, a été rejoint un peu plus tard par un grand nombre de lycéens et d'étudiants à peine sortis de leurs cours.
Le Pigeonnier, Librairie du Quercy, a été créé à l'initiative de Mme Françoise Zylberberg. Professeur et directrice de la section français langue étrangère de l'université Paris-VII, elle a reçu en juin 1979 la proposition de venir enseigner à Taïpei, à l'Université nationale de Taïwan où elle est toujours actuellement en poste. Très active, elle s'est lancée dès septembre de cette année-là dans la création et l'animation d'un programme d'enseignement télévisé de la langue française sur la chaîne CTS (Chinese Television System), sur proposition du ministère [taïwanais] de l'Education. Deux autres professeurs ont été associés au même titre à ce projet, Mme Maria Chiu, actuelle directrice du Centre culturel et d'Information de Taïpei, à Paris, et M. Jacques Picoux, toujours enseignant à l'Université nationale de Taïwan. L'émission Salut les copains a été diffusée à l'antenne quatre fois par semaine pendant trois ans et relayée sur les ondes radio dans l'ensemble de l'île.
Par la suite, Mme Zylberberg a décidé d'étendre ses activités à l'édition de cartes postales et autres publications sur Taïwan que l'on peut trouver, non seulement dans l'île mais aussi à Paris sur les présentoirs de librairies spécialisées dans la culture chinoise et dans plusieurs musées en France. Elle est également depuis plusieurs années distributeur des éditions de La Réunion des Musées nationaux, de la Bibliothèque nationale, Hazan et Nouvelles Images.
Pour débuter, Le Pigeonnier propose pas moins de 5 000 titres aux amateurs de lecture, que ce soit des romans, des encyclopédies ou dictionnaires, des bandes dessinées et livres pour enfants, des ouvrages sur l'art, la science, la mode, la cuisine, et, bien sûr, tous les grands prix littéraires, Goncourt, Renaudot, Femina, etc. Pour répondre davantage à l'attente des lecteurs, la librairie dispose d'un site Internet où sont répertoriés tous les titres disponibles.
Au-delà d'une simple librairie, Le Pigeonnier se veut aussi un lieu de rencontres et d'échanges. Mme Zylberberg envisage donc l'organisation régulière de conférences ou de débats ouverts à tous mais uniquement en langue française.
Après la cérémonie de son inauguration officielle, un buffet de spécialités françaises, fromages et dégustation de vin de Cahors a été offert, et la soirée s'est achevée assez tardivement par un karaoke de chansons françaises.
Les animations ont repris dès le lendemain après-midi, toujours au Pigeonnier. L'écrivain Guy Sorman, qui effectue des séjours réguliers à Taïwan depuis une dizaine d'années, a offert une dédicace de ses ouvrages (Le bonheur français, Le monde est ma tribu,...) au public. Deux autres auteurs, Mmes Ha Kim-lan et Hélène Lai, ont également signé leurs livres.
Ayant reçu une éducation chinoise, française et vietnamienne à Saïgon (auj. Hô-Chi-Minh-Ville), Mme Ha Kim-lan a publié de nombreux poèmes et essais. Egalement traductrice, elle a notamment sorti en chinois Zazie dans le métro, de Raymond Queneau, édité en version bilingue français et chinois. Mme Lai, quant à elle, a présenté son premier livre, un recueil de chroniques en chinois sur la France et les Français régulièrement publiées dans le quotidien Min Sheng où elle est journaliste au service international.
En soirée, une séance de cinéma en plein air a été organisée au parc I-tong, à proximité de la librairie. Quatre films, Taxi, Le hussard sur le toit, Bleu et Blanc, ont été présentés en version originale sous- titrée en chinois.
Un concours d'affiches avait d'autre part été lancé auprès des élèves des lycées dispensant des cours de français sur l'ensemble de l'île, ayant pour thème Le plaisir de lire. Un jury de 9 membres présidé par M. Pierre Fournier, conseiller du Service de Coopération et d'Action culturelle, a procédé à la remise des prix aux lauréats l'après-midi du 28 novembre à la librairie Le Pigeonnier. Mlle Angèle Chiang, élève au Lycée de jeunes filles de Ching-mei, à Taïpei, s'est vu attribuer le premier prix, un billet d'avion aller- retour et un séjour d'une semaine pour deux personnes à Paris. Souhaitant à l'avenir poursuivre des études d'arts plastiques en France, elle ne pouvait qu'être ravie de la récompense.
C'est finalement en musique que l'événement a connu son épilogue avec, en soirée, un concert de rock français donné au parc I-tong par deux formations d'étudiants de français, La Bande à Emilie, de l'Université nationale de Taïwan, et Delcul, de l'Université centrale de Taïwan, à Chungli (Taoyuan), au sud de Taïpei.
Dans le domaine plus précis de l'enseignement de la langue française, l'avenir semble également assez prometteur à Taïwan, estime Mme Marie-Angèle Stefanaggi, attachée pour la Coopération éducative à l'Institut français. A ce jour, seulement 25 lycées sur les 228 que compte l'île dispensent des cours de français que fréquentent environ un millier d'élèves. Dans les universités, ils sont plus nombreux, quelque 2 000 étudiants en départements de français et 2 500 qui suivent des cours en option.
L'optimisme de Mme Stefanaggi est lié à la mise en place cette année par le ministère [taïwanais] de l'Education d'un projet de développement de l'enseignement des secondes langues étrangères au lycée. Ce projet, étalé sur cinq ans, a pour objectif de créer à court terme un courant porteur dans le domaine des secondes langues étrangères et d'établir les bases de leur enseignement de façon systématique. Dans une ou deux années scolaires, le ministère estime que le nombre total de lycéens ayant choisi l'option seconde langue étrangère sera multiplié par trois.
A plus long terme, l'objectif est de faire de cet enseignement un point essentiel de la pédagogie du pays. Selon une étude du ministère, c'est actuellement le japonais qui est le plus étudié en seconde langue étrangère. Cependant, constat intéressant, le français vient en deuxième position. L'optimisme de Mme Stefanaggi semblerait donc être bien fondé.
Mais la langue française n'est pas uniquement enseignée dans les lycées et universités. Comme dans de nombreux pays, l'Alliance française est présente à Taïwan. Pour des raisons structurelles, elle a dû mettre un terme récemment à sa collaboration avec l'Université nationale normale de Taïwan, à Taïpei, mais a durant quinze ans dispensé des cours à des milliers de Taïwanais. Son directeur, M. Jean-François Fiévet, étudie actuellement la possibilité d'une nouvelle implantation. Elle dispose cependant toujours d'une antenne à Kaohsiung, dans le sud de l'île, où elle accueille chaque année quelque 700 élèves.
Le bilan de la première édition taïwanaise de Lire en fête s'est donc révélé positif, tant par la qualité et la diversité des animations, que par l'ambiance, l'affluence et l'enthousiasme du public. Plus de 2 000 personnes ont en effet signé le livre d'or au cours des trois jours de manifestations. Alors... rendez-vous au siècle prochain pour la seconde édition!