Au cours de sa première conférence de presse après le catastrophique séisme qui a frappé Taïwan, le président de la République, M. Lee Teng-hui, a fait part de toute sa peine aux victimes et à leur famille, ainsi que de sa sympathie à l'égard de ceux qui ont pu être affectés d'une quelconque manière.
Intervenant le 5 octobre, le chef de l'Etat a déclaré que la tâche du gouvernement viserait à assister les victimes dans l'épreuve morale qu'elles traversent autant qu'à assurer la reconstruction. Il faudra ainsi " aider les personnes touchées à mettre de côté leur douleur " et, dans le même temps, reconstruire le pays.
Conscient de l'ampleur du travail, une tâche qu'il sait laborieuse et difficile à accomplir, M. Lee Teng-hui a réaffirmé sa confiance dans le gouvernement et la détermination qu'il montre à s'acquitter au mieux de la mission qui lui a été confiée.
Après avoir une nouvelle fois remercié la communauté internationale au nom du gouvernement et de la population de la République de Chine pour l'aide et le soutien qu'elle a apportés à l'île dans ces moments terribles, il n'a pas oublié de rendre aussi hommage à la qualité et la rapidité des secours au niveau local, ainsi qu'à leur coordination assurée par les pouvoirs publics.
" Nous avons fait de notre mieux ", a-t-il souligné prenant la défense du gouvernement en réponse aux critiques qui se sont fait entendre récemment, lui reprochant de n'avoir pas agi suffisamment vite. Dès l'annonce de la tragédie, les secours ont été à pied d'oeuvre, a-t-il rétorqué, assurant qu'il s'était lui-même rendu plusieurs fois sur place pour le constater.
Désireux d'en convaincre ses détracteurs, le chef de l'Etat a mis en exergue les commentaires récents d'un membre de la Diète japonaise selon lesquels l'opération de sauvetage aux victimes du tremblement de terre du 21 septembre dernier avait été menée à un rythme trois fois plus rapide qu'au Japon, lors du séisme de Kobe, il y a quelques années.
Quant au décret d'urgence décidé 5 jours après le séisme, a-t-il ajouté en poursuivant la comparaison, il a été pris dans un délai plus court que celui qui a été nécessaire aux autorités japonaises pour adopter des mesures du même type, toujours à Kobe en 1995. Il a rappelé d'ailleurs que le gouvernement s'était empressé dès le lendemain de la catastrophe d'établir, sous la houlette du vice- président de la République, M. Lien Chan, un centre de secours et d'entraide destiné à coordonner l'effort général.
M. Lee Teng-hui a, dans la foulée, demandé à la population d'accorder une confiance totale au gouvernement et l'a incitée à la mobilisation afin de hâter le passage à la deuxième phase du plan d'urgence, celle de la reconstruction dans les zones sinistrées. Dans ce sens, il a énuméré les grandes directives qu'il a données au Cabinet:
-- compléter en une semaine l'évaluation des bâtiments considérés comme dangereux ou qui ont été endommagés;
-- terminer en dix jours l'érection des maisons en préfabriqué dans les zones les plus touchées.
-- assurer en un mois le transport et l'évacuation des gravats et de ce qui reste des bâtiments.
-- aider les survivants à surmonter l'épreuve psychologique qui les attend en s'appuyant notamment sur le réconfort que peuvent apporter les associations religieuses.
-- donner au plus vite du travail aux victimes pour leur permettre de retrouver rapidement une vie normale.
-- veiller à l'application des dispositions mises en vigueur dans le cadre du décret d'urgence.
Le président de la République, M. Lee Teng-hui, ainsi que le vice- président de la République, M. Lien Chan, ont tous deux participé le 11 octobre à la grande cérémonie en mémoire des victimes décédés lors du tremblement de terre.
Organisé à l'initiative du ministère de l'Intérieur dans le stade de Linkou, à proximité de Taïpei, le service commémoratif a réuni plus de 7 000 personnes, surtout des personnalités politiques, religieuses, universitaires ou des affaires venues rendre hommage aux 2 321 personnes qui ont trouvé la mort dans la terrible catastrophe, sans oublier les quelque 80 disparus.
Peu de parents ou de familiers des victimes ont fait le voyage de Linkou, tandis que deux autres cérémonies étaient organisées, en même temps, à Taichung et à Nantou, deux villes situées au coeur des régions sinistrées.
La date du 11 octobre n'a pas été choisie par hasard. Elle correspond en effet au début de la troisième semaine de deuil dont la durée totale, selon les rituels funéraires bouddhistes, est fixée à 49 jours, soit 7 fois 7 jours.
C'est devant le monument provisoire érigé en mémoire des victimes que M. Lee Teng-hui a adressé un bref discours, avant de s'incliner trois fois.
" Le tremblement de terre du 21 septembre a provoqué des pertes qu'il sera difficile de compenser. Il a ouvert dans le coeur de tous nos concitoyens une blessure qui ne se refermera jamais ", a-t-il déclaré avant de reprendre les paroles d'un maître bouddhiste: " Les victimes du séisme sont toutes devenues des bouddhas et nous ont donné une leçon par leur sacrifice. Elles ont souffert pour les 22 millions de Taïwanais, sauvant ainsi les prochaines générations. "
M. Lien Chan, qui dirigeait la cérémonie, a incité les familles des victimes à surmonter leur peine et à consacrer toute leur force à la reconstruction. " Taïwan a connu une catastrophe sans précédent, mais nous nous relèverons. C'est là notre devoir à tous ", a-t-il fait remarquer.
L'Office de la Comptabilité nationale et des Statistiques (DGBAS) a publié le 11 octobre une analyse évaluant les pertes causées par le séisme du 21 septembre. Bien que les chiffres soient encore approximatifs, le montant total couvrant tous les domaines s'élèveraient à 292,01 milliards de TWD (env. 9,2 milliards d'USD).
Les pertes qui comprennent la très grave destruction du patrimoine immobilier, des constructions publiques et des infrastructures sont estimées à 230,45 milliards de TWD. En terme de production, les entreprises ont, elles, perdu 61,56 milliards de TWD ainsi répartis: 39,75 milliards de TWD pour l'industrie, 19,45 milliards de TWD pour le secteur des services et 2,36 milliards de TWD pour l'agriculture.
Le préjudice total enregistré par l'ensemble du pays apparaît a priori nettement inférieur à celui du Japon, évalué à 100 milliards d'USD lors du séisme d'Osaka-Kobe en 1995, ou même à celui des Etats-Unis, estimé à 47 milliards d'USD lors du tremblement de terre qui a frappé Northridge en Californie en 1994. Mais dans un autre ordre de comparaison, les dommages supportés par Taïwan atteignent 3,3% de son PIB, alors que ceux d'Osaka-Kobe représentaient 2% du PIB japonais et ceux de Northridge ne se sont montés qu'à 0,7% du PIB des Etats-Unis. La perte causée par la catastrophe à Taïwan est donc, en termes de PIB, plus élevée.
Quant aux pertes humaines, on a compté à Taïwan plus de 11 000 personnes tuées ou blessées, alors qu'on a déploré plus de 50 000 victimes au Japon et 11 000 victimes en Californie. On a constaté par ailleurs que le séisme à Taïwan a détruit 82 000 logements, soit 51 000 bâtiments; à Osaka-Kobe, 460 000 logements (ou 250 000 bâtiments) ont disparu et à Northridge, on a évalué les pertes à 110 000 logements.
Les estimations du coût de la reconstruction dans l'île s'élèveraient à 138,9 milliards de TWD (soit 4,4 milliards d'USD) sur 5 ans. Au Japon, le montant a atteint 47,5 milliards d'USD répartis sur 4 ans et aux Etats-Unis, il a été de 12,5 milliards d'USD.
Au centre de l'île, plusieurs failles " parallèles " sillonnent en profondeur la plaine occidentale de Taïwan. L'une d'elles passe sous la petite ville de Wufeng (hsien de Taichung). Lors du séisme du 21 septembre, le long de cette faille, la terre s'est soulevée de deux à trois mètres par endroit au point de déformer le relief, de détruire les bâtiments et de recréer le paysage.
Le collège Kuangfu de Wufeng n'a pas résisté. La métamorphose de son terrain de sport est assez spectaculaire: désormais, il s'étale sur deux plans séparés par un dénivelé de plus de deux mètres, rendant ainsi sa piste de course de 400 mètres de long impraticable, tandis qu'alentour, les bâtiments scolaires ne sont plus qu'un amas de gravats.
Non loin, dans la ville, les autres édifices publics ou privés de l'agglomération se sont effondrés. Un immeuble de 12 étages s'est renversé, écrasant dans sa chute les maisons environnantes et provoquant un amas de décombres de quelque 20 mètres de haut.
La mairie de Wufeng, gravement endommagée, n'a que partiellement supporté le choc séismique. Dans les bâtiments encore debout et sûrs, une véritable ruche s'affaire autour du maire Yeh Kuo-yun qui y a élu domicile, ayant perdu sa propre maison.
Ce n'est qu'en voyant le paysage de désolation dans cette petite ville autrefois riante qu'on réalise l'ampleur des bouleversements dans le centre de l'île.
En effet, on estime que 7 285 hectares de terre, soit 0,26% de la superficie de l'île, ont été touchés par le séisme du 21 septembre et ses nombreuses répliques. Plusieurs photos prises par satellite sont venues confirmer le bouleversement topologique de la région montagneuse du centre de Taïwan.
Dans la chaîne de montagne de Chiuchiufeng (hsien de Nantou), les glissements de terrain ont recouvert les champs en contrebas, affectant 5 900 hectares. Dans le hsien de Yunlin, la rivière Chingshui a été complètement obstruée créant un nouveau lac sous l'effet de l'accumulation des eaux. Ainsi plus de 1 807 lieux-dits dans le centre de l'île sont rapportés avoir changé de configuration.