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La rétrocession de Macao à la Chine continentale, qui aura lieu le 20 décembre 1999, est une source de préoccupation pour ses habitants. Ils s'inquiètent du sort de l'enclave après plus de 400 ans d'administration coloniale portugaise et spéculent sur les changements qui pourraient être apportés une fois sous la tutelle de Pékin.
Macao est un endroit particulier en raison du mélange de traditions portugaises et chinoises qui constituent l'essence même de l'enclave. " On ne peut pas remplacer Macao, car elle possède une culture spécifique dans le monde chinois ", a indiqué M. Chan Peng Chong, chercheur à la Société des Sciences sociales de Macao, lors d'un séminaire tenu en avril dernier à Taïpei.
Le slogan Macao administrée par les Macaviens lancé par Pékin veut montrer que les habitants de ce territoire décideront eux-mêmes de leur avenir. Mais certains s'interrogent déjà sur la disparition éventuelle du mode de vie actuel, après le 20 décembre. Avec le déclin latent de l'influence portugaise, les habitants craignent que Macao perde son unicité. Ces appréhensions se retrouvent clairement dans nombre de débats et de discussions, concernant, par exemple, le changement des noms des rues, du portugais en chinois, ou encore le maintien de la langue portugaise comme une des langues officielles de l'enclave.
L'article 9 de la Loi fondamentale de la RSA de Macao prévoit que le portugais reste, aux côtés du chinois, une langue officielle parmi les corps exécutif, législatif et judiciaire. Une application trop brutale de l'apport du chinois risquerait de provoquer des bouleversements profonds dans la composition sociale et culturelle de Macao, aussi la clause évitant cette situation a été incluse dans la législation ratifiée par l'Assemblée nationale populaire conformément à l'esprit de la Déclaration commune de 1987 de Pékin et Lisbonne. Elle entrera en vigueur le 20 décembre prochain.
L'administration portugaise a été critiquée pour sa corruption et son inefficacité, aussi la nouvelle équipe gouvernementale devra être efficace, propre et composée de fonctionnaires probes. Comme l'influence étrangère dans l'enclave est un fait admis, les attaches avec le Portugal, et à travers lui avec l'Union européenne, devront être maintenues pour jouer un rôle positif dans la reconstruction.
M. Chan Peng Chong, défenseur de l'idée de la particularité de l'enclave, estime que Macao devra se moderniser tout en retenant ce qui la distingue des autres cités chinoises. En effet, plus de quatre siècles de domination portugaise ont inculqué à la société macavienne le sens de l'harmonie, de l'équilibre et de la tolérance qui sont justement des traits culturels particuliers à la colonie, insiste-t-il.
Lors de sa communication à Taïpei, M. Chan Peng Chong, regrettant le faible nombre de recherches effectuées sur la culture macavienne, a suggéré aux Taïwanais d'étudier avec plus d'attention l'évolution qui a donné à Macao son identité propre.
Parlant des efforts entrepris pour la conservation de cette différence, M. Tong Chi Kin, député à l'Assemblée législative de la colonie, a rappelé à des journalistes taïwanais en visite à Macao que Pékin a respecté l'esprit de la libre expression dans l'élaboration des textes de loi qui gouverneront la future RSA.
Parfaitement conscient du manque de confiance des insulaires dans le principe " un pays, deux systèmes " prôné par les dirigeants continentaux, M. Tong Chi Kin veut souligner que la liberté et la tolérance, qui caractérisent la culture portugaise, sont une part inhérente du tissu social de l'enclave.
L'héritage historique et l'industrie touristique florissante de Macao constituent une excellente base pour un développement économique. En général, on reste convaincu que le tourisme fera partie de la stratégie d'expansion des relations extérieures de la future RSA. Ainsi, les jeunes Taïwanais pourraient venir à Macao étudier le portugais et d'autres langues latines, ou encore l'économie touristique, suggère M. Chang Peng Chong, qui estime que l'enclave pourrait devenir un canal de communication entre Taïwan et la Chine continentale.
Selon un communiqué des Services d'Information du Gouvernement de Macao (MGIS) publié au début de cette année, près d'un tiers de la population active de la colonie est employée dans l'industrie du tourisme. C'est pourquoi, étant donné son caractère unique, la prochaine administration régionale lui accordera une priorité dans ses plans de développement économique. On sait, par exemple, que l'Institut de Formation aux Métiers du Tourisme, à Macao, avec le concours des grands hôtels de l'enclave, joue un rôle fondamental dans la formation du personnel des établissements hôteliers, des agences de tourisme ou de voyages et des industries de services.
Par ailleurs, l'industrie du jeu, complètement intégrée dans le secteur touristique est un trait important et propre à la RSA. Quoique parfois en contradiction avec l'éthique, le jeu fournit des emplois à la population et lui procurent des revenus.
" Pour cette raison, les Macaviens ne s'y opposent pas ", explique M. Chiang Chih-hua, un ingénieur originaire de la colonie qui vit à Taïwan, ajoutant que la dépendance à l'égard du tourisme, et aussi de l'industrie du jeu, est pour eux une nécessité puisque les ressources naturelles de l'enclave sont limitées. Beaucoup de gens à Macao estiment que la " culture du casino " devrait être développée de concert avec le secteur des divertissements dans le style européen afin d'en relever le niveau et d'attirer encore plus de touristes.
Dans le même registre, le MGIS précisait que le gouvernement de Macao avait déjà déployé des efforts importants pour offrir une nouvelle image de Macao en mettant l'accent sur l'originalité, ajoutant que cela permettrait d'ouvrir de nouveaux marchés.
Mme Lau Sin Ping, vice-présidente de la Commission des Habitants de Macao célébrant la Rétrocession, demeure un farouche défenseur du slogan Macao administrée par les Macaviens. Même si elle décrit l'ère de la colonisation portugaise comme un " long cauchemar ", elle reconnaît que le mélange des cultures portugaise et chinoise dans l'enclave appartient à l'identité de la RSA. Aussi affirme-t-elle qu'il est inévitable de conserver l'élément culturel portugais, même si les efforts de la période post-coloniale portent principalement sur les caractéristiques chinoises. A côté des questions d'identité culturelle et de développement économique, beaucoup soulèvent également les problèmes relatifs à la démocratie et à la liberté, faisant allusion à l'article 2 de la Loi fondamentale qui garantit à la RSA un " haut degré d'autonomie, ainsi que l'indépendance des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, y compris celle du recours final ".
M. Cools Leng, président d'un institut de sciences politiques à Macao, assure qu'il faut y mettre en oeuvre une politique particulière après la rétrocession. L'évolution de la démocratie sera inévitablement influencée par les systèmes occidentaux, cependant, il ne convient pas d'entreprendre une refonte des structures politiques traditionnelles de l'enclave profondément influencées par les groupes d'intérêts locaux. Leurs fonctions, dit-il, ressemblent à celles de parties politiques en Occident, et il serait peu sage de transplanter un système complètement étranger.
M. Chan Peng Chong considère qu'après la rétrocession, les échanges non officiels avec l'extérieur prendront de l'importance, insistant sur le fait que ceux-ci, notamment dans le domaine culturel, pourraient être développés entre Macao et Taïwan à l'abri de la bureaucratie et de la controverse politique. A cet endroit, beaucoup d'observateurs assurent que les relations entre l'enclave et l'île seront un indice significatif des capacités de la RSA à mener une politique économique indépendante sans l'interférence de Pékin.
Toutefois, poursuit-il, il ne semble pas que la future RSA ait suffisamment de marge de manoeuvres pour entretenir des rapports souples avec Taïwan. La rigidité de Pékin pourrait limiter l'avantage que constitue la tradition historique de Macao dans sa transformation en une plaque tournante du monde chinois.
M. Leong Man Io, président de l'Association des Etudiants macaviens revenus de Taïwan, assure pour sa part que la meilleure chance qu'a l'île de garder une influence dans la future RSA est d'attirer plus de jeunes Macaviens à poursuivre leurs études dans les universités insulaires, en leur procurant une expérience professionnelle après leur diplôme. Ainsi, après quelques années d'activités à Taïwan, poursuit M. Leong Man Io, les jeunes Macaviens sauraient établir de bonnes relations avec les milieux d'affaires de l'île, leur apportant leur compétence pour tisser des réseaux commerciaux tant dans l'enclave qu'en Chine continentale.
Pour rehausser l'image de la RSA, ses futurs dirigeants devront aider activement à la promotion des relations Taïpei-Pékin, indique M. Chan Peng Chong, par exemple, en adoptant une politique souple.
M. Lam Chong, directeur du quotidien en langue chinoise Correio Sino-Macaense, craint que, dans l'enclave, les influences du continent n'étouffent le courant d'information venant de Taïwan, aussi est-il nécessaire pour les deux territoires d'intensifier leur coopération et leurs échanges dans ce domaine.
M. Lam Chong ajoute que de bonnes relations entre Taïwan et Macao pourront être maintenues aussi longtemps que les deux parties feront preuve de tolérance l'une envers l'autre.