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A l'issue d'une réunion de la Cellule interministérielle pour la Réforme de l'Education, présidée par M. Liu Chao-shiuan, vice- Premier ministre, il a été décidé le 27 juillet après de longues tergiversations et hésitations que la transcription des noms chinois dans les textes en anglais (et autres langues utilisant l'alphabet latin) serait désormais donnée selon le système hanyu pinyin.
Cette romanisation élaborée dans les années 50 en Chine continentale, mise en application dès 1958 et officialisée en 1978, y est devenue obligatoire, en même temps qu'elle était adoptée par les Nations unies et diverses instances internationales (normalisation [ISO], agences de presse, etc.) à partir du 1er janvier 1979.
Reconnu pour sa simplicité technique par nombre de scientifiques, le pinyin est aujourd'hui universellement employé, hormis à Taïwan. Là, diverses autres transcriptions sont utilisées et souvent mélangées entre elles, entretenant la confusion, un caractère étant romanisé différemment selon les références du moment. Bien que le plus courant dans l'île, le système anglais de Wade-Giles est terriblement mutilé ou altéré par les usagers qui y mêlent des orthographes fantaisistes, uniformisent des prononciations dissemblables ou, inversement, distinguent des sons identiques.
La romanisation pinyin possède l'avantage d'être unique pour toutes les langues écrites avec l'alphabet latin, tandis qu'elle sert de référence générale du chinois dans les langues usant d'un autre alphabet ou mode d'écriture (cyrillique, arabe, japonais, coréen et même indiens).
" Le choix s'est porté sur le hanyu pinyin parce qu'il est universel et linguistiquement parlant d'un emploi pragmatique ", a indiqué M. Liu Chao-shiuan, qui a ajouté que la décision devrait recevoir prochainement l'approbation du Cabinet.
Une de ses premières applications pratiques à Taïwan sera l'uniformisation de la transcription des noms de rue dans les villes, où on compte jusqu'à cinq ou six orthographes pour une même dénomination, en particulier sur les panneaux indicateurs ou dans les guides touristiques.
La cellule interministérielle a rejeté les autres romanisations récemment avancées, la plupart d'inspiration locale, qui ne remplissent guère leurs fonctions. En effet, la transcription du chinois est essentiellement destinée aux étrangers en leur rendant accessible des idéogrammes qu'ils ne peuvent lire ni écrire.
Il ne semble pas que la décision s'applique, pour le moment, à l'enseignement élémentaire du chinois, à la toponymie insulaire, du moins pour les lieux importants, tandis que la transcription des noms et prénoms serait laissée au choix personnel.
Le gouvernement de la République de Chine avait promulgué en 1932 une romanisation qui est restée dans les cartons, sa structure précise mais fort compliquée n'ayant pas contribué à sa diffusion. Beaucoup plus tard, en 1986, une version simplifiée fut officiellement lancée à Taïwan. Dédaignée par les cercles académiques, elle n'a pas reçu la diffusion escomptée.
Le Musée municipal des Beaux-Arts de Taïpei organise du 24 juillet au 5 décembre une exposition comprenant une bonne centaine de peintures taïwanaises provenant de la collection du Musée Sun Ten, à Los Angeles, Californie. Ce musée est principalement constitué de la riche collection de peintures que Hsu Hong-yen (1917-1991) a accumulé dans la dernière partie de sa vie, en acquérant des oeuvres d'artistes insulaires. Il est cependant mort avant de voir le petit musée que sa femme, Ruth Hsu, et son fils, M. Charleson Hsu, ont fondé en 1993 avec plus des six cents pièces qu'il avait rassemblées pendant quelque vingt ans.
La collection de Hsu Hong-yen, exposée à Taïpei, comprend de remarquables tableaux de peintres taïwanais du XXe siècle, couvrant la période de la colonisation japonaise en passant par celle de la rétrocession jusqu'à aujourd'hui. Ainsi, on peut observer l'évolution d'une tendance générale des styles artistiques dans l'île, puisque le collectionneur, à cette époque ne s'est pas arrêté sur une personnalité mais bien sur plusieurs artistes. En fait, préparait-il pour les générations futures un " catalogue " plus vivant que des séries de descriptions individuelles, banales ou critiques, parfois mal assemblées ou tronquées à dessein?
Parmi les oeuvres aujourd'hui exposées à Taïpei, on trouve celles de peintres insulaires qui ont acquis un renom. Dans l'ensemble, les sentiments profonds du folklore insulaire sont largement représentés, comme l'union de l'homme et de la nature, d'inspiration taoïque, le goût pour la maturité, exprimé dans la saison de l'automne, et la recherche de l'homme, son esprit, son orgueil ou sa folie, dépeinte parfois avec beaucoup d'agressivité par quelques artistes. Lors de séjours à l'étranger, l'artiste traduit dans ses oeuvres une influence certaine du pays où il vit, en même temps qu'il échappe difficilement à la nostalgie qui l'étreint à la vision d'une scène ou d'un paysage qu'il a rencontré. Certaines de ces toiles peintes à l'étranger portent avec charme des signes originaux et évidents du milieu insulaire dans lequel il a été élevé.
Tous ces aspects ont bien sûr été ardemment ressentis par le collectionneur Hsu Hong-yen qui n'hésitait pas un instant à acquérir une oeuvre artistique qui l'impressionnait, trouvant certainement une communion d'esprit que lui-même éprouvait pendant son long séjour aux Etats-Unis. Son engoûment s'est ainsi essentiellement tourné vers la peinture contemporaine de ses compatriotes.
Ce penchant est probablement né de son attachement aux racines insulaires et tandis qu'un exil professionnel le tenait éloigné de son pays, il s'est attaché à vivre dans cette nostalgie qu'il retrouvait chez ses compatriotes, comme lui, éloignés de leur terre natale. Mais ce sentiment étant très fort, il s'est également penché vers ceux qui étaient restés ou revenus au pays. Il a ainsi certainement aidé, par ses achats, plusieurs peintres à poursuivre dans cette voie ou à faire une carrière dans un autre domaine artistique (gravure, sculpture ou céramique, etc.).
Le coeur trop avide de créativité insulaire quelle qu'elle soit, il ne s'est pas limité à un style ou à un mode d'expression. C'est pourquoi il a accumulé une collection variée lui permettant de retracer non seulement une évolution générale de la peinture taïwanaise contemporaine mais aussi les divers courants artistiques qui ont traversé ou pénétré les esprits des insulaires dans ce domaine. C'est un vaste patrimoine que la société taïwanaise doit tout particulièrement à Hsu Hong-yen.
Hsu Hong-yen est né à Homei, dans le hsien de Changhua, au centre de l'île, d'une famille de notables. En 1938, il alla au Japon poursuivre ses études de pharmacie. Diplômé de l'Université Meiji de Pharmacie en 1941, il s'inscrivit à l'Institut de Recherches pharmacognotiscochimiques de la faculté de pharmacie de l'Université de Tokyo, d'où il obtint un certificat.
Dès le début de ses études, il s'initia à la pharmacologie et à l'herboristerie en entretenant une correspondance avec une chercheuse, Ruth Lin, restée dans l'île. Il ne tarda pas à rentrer à Taïwan pour l'épouser, et, alors que la guerre faisait toujours rage en Asie orientale, le jeune couple retourna au Japon.
Pendant les efforts de guerre que le Japon dut déployer, la population de l'archipel dut modifier ses habitudes culinaires. Le couple y contribua quelque peu en préparant diverses recettes d'abats de porc chinoises qui eurent un vif succès et publia un recueil gastronomique, sous le pseudonyme féminin Kyoko Kogen. Entre temps, Hsu Hong-yen fut encouragé par son maître d'études, le professeur Kato, à persévérer dans l'analyse scientifique des extraits de plantes médicinales chinoises.
Après la reddition du Japon en 1945, Hsu Hong-yen et sa femme rentrèrent à Taïwan. Ils s'établirent à Homei où ils ouvrirent une officine et un laboratoire de pharmacie qu'il baptisèrent " Sun Ten " (i.e. selon le Ciel), un terme qui résume assez bien sa philosophie de l'harmonie entre l'homme et la nature. Cependant les affaires ne marchant guère, Hsu Hong-yen dut trouver un emploi de technicien supérieur dans un autre laboratoire. Durant cet intermède, il mis au point un médicament contre la toux qu'il lança avec un certain succès. Cette heureuse expérience lui permit de reprendre son officine qui prospéra.
En 1959, il soumit quelques-uns de ses travaux à l'Université de Kyoto dont il reçut un doctorat en pharmacologie. Collaborant avec un laboratoire japonais, il introduisit un procédé de fabrication d'extraits de plantes médicinales et améliora d'autres formules au point de pouvoir contrôler la qualité de ses produits.
En 1972, il transforma l'Institut de Recherches Brion, créé par le groupe américain Bristol-Myers, en un centre de recherche phamacologique pour plantes médicinales chinoises. Après sept ans de fonctionnement, les Américains lui en abandonnèrent la direction. Là, il s'est concentré sur la classification systématique et scientifique des herbes chinoises. Sa contribution lui valut alors le titre honorifique de " père des extraits d'herbes chinoises ".
Cette même année, il fut sollicité par Yen Chun-hui, directeur général de l'Office de la Santé publique, pour diriger le Bureau de Contrôle des Médicaments. Trois ans plus tard, au cours d'un déplacement aux Etats-Unis, il fut très impressionné par le climat de paix et de démocratie des sociétés occidentales qu'il méconnaissait. Il partit s'installer aux Etats-Unis et fonda en 1976 à Los Angeles l'Institut de l'Art oriental de la Guérison (Oriental Healing Art Institute) avec l'espoir de transmettre au monde occidental les vertus des plantes médicinales chinoises, tout en se consacrant avec ferveur à cette nouvelle tâche. Il publia un ouvrage Comment utiliser les herbes chinoises? qu'il développa par la suite avec différentes nomenclatures et recherches dans ce domaine particulier tandis qu'il enseignait sa science à l'université.
Tout en renouant avec les sociétés de pharmacologie japonaise, Hsu Hong-yen se convertit au christianisme dans la foi presbytérienne. Il reçut diverses citations honorifiques universitaires d'Amérique, d'Europe et d'Asie.
En 1979, il acheta une collection de peintures taïwanaises du XXe siècle qui vint s'ajouter aux premières oeuvres déjà possédées. Les années suivantes, ayant rassemblé plus de six cents tableaux, il créa une immense collection.
Alors qu'il comptait ouvrir un musée pour abriter ces chefs-d'oeuvre de la peinture taïwanaise, il s'éteignit le 21 janvier 1991 à Los Angeles avant d'avoir pu réaliser son rêve. Ce sont sa femme, décédée en 1998, et son fils Charleson Hsu qui inaugurèrent le 23 octobre 1993 dans cette même ville le Musée Sun Ten, un nom qu'il chérissait depuis longtemps.
Cet établissement porte néanmoins l'empreinte de son initiateur. Disposant d'une surface d'exposition de 8 000 m2, le musée abrite toute la collection que Hsu Hong-yen a rassemblée en quelque vingt ans. Chaque année, un thème particulier dans l'évolution de la peinture insulaire est proposée au public. Cette année, en collaboration avec le Musée municipal des Beaux-Arts de Taïpei, cette exposition baptisée Retour au pays (Homeward Bound) comporte 106 toiles d'artistes contemporains offrant un parcours de l'art pictural de Taïwan au cours du XXe siècle. La seule oeuvre étrangère exposée est celle d'un japonais. L'influence de ce peintre, Ishikawa Kinichiro, fut certaine à son époque sur les artistes insulaires.
La particularité du Musée Sun Ten est d'abriter un art chinois en terre étrangère. Restant dans l'esprit de son père et poursuivant son oeuvre, M. Charleson Hsu a continué d'enrichir cette première collection en même temps qu'il a utilisé la technologie de pointe (multimédia, cédéroms, vidéocassettes, etc.) pour la promouvoir auprès du public insulaire. Ainsi, M. Hsu s'est proposé de faire connaître régulièrement l'ensemble de la collection au public taïwanais en organisant des expositions autour de thèmes particuliers.
Les Taïwanais seront vivement touchés par l'esprit généreux de Hsu Hong-yen qui permet de leur offrir aujourd'hui un témoignage vivant d'une partie peu connue de leur patrimoine culturel. A travers la passion de cet homme, ils savent qu'à l'étranger des compatriotes veillent et tentent, parfois au prix de grandes difficultés, de récupérer des oeuvres artistiques qui se sont éparpillées autour du monde.