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La main-d'oeuvre étrangère à Taïwan

PD: 01/01/99

Il n'est pas très difficile de remarquer actuellement la présence de travailleurs étrangers à Taïwan. En regardant la semaine nombre de chantiers de construction où cette main-d'oeuvre abonde ou encore le week-end les aires de détente où les bonnes d'enfants promènent les petits dont elles ont la garde, on comprend mieux le rôle économique important qu'elle joue dans l'île.

 Le 23 novembre, un groupe de travailleurs thaïlandais et philippins brandissaient des pancartes et des bannières à l'aéroport international Chiang Kai-shek, à Taoyuan, au sud de Taïpei. Ils protestaient contre les retards dans le versement de leurs salaires, leur employeur local étant en difficultés de paiement. Ces anciens salariés de Ching Yang Technology Company ont pourtant été rapatriés, leur permis de travail ayant expiré. Quelques-uns d'entre eux ont cherché l'assistance de syndicats à Manille afin que leur cause soit entendue à travers le monde entier.

 Ces dernières années, les travailleurs étrangers ont joué un rôle important dans le développement économique insulaire. Dans le même temps, ils ont contribué à une résurgence des tensions sociales, ainsi qu'à l'apparition parfois d'un certain ressentiment à leur égard.

 Le gouvernement de la République de Chine a ouvert le marché du travail aux ouvriers étrangers en 1989. Ils sont aujourd'hui plus de 225 800 dans l'île, selon les responsables de la Commission d'Etat du Travail (CLA), qui expliquent que leur arrivée a permis de pallier la pénurie d'ouvriers qui avait sévèrement frappé les entreprises à forte main-d'oeuvre de Taïwan.

 Ces personnes sont embauchées pour des travaux pénibles ou domestiques que les insulaires ne veulent plus faire. Actuellement, seuls les ressortissants de pays du Sud-Est asiatique, comme la Thaïlande , les Philippines, l'Indonésie ou la Malaisie, sont autorisés à travailler à Taïwan.

 Les Thaïlandais (plus de 50% de l'ensemble) sont largement représentés sur les chantiers de travaux publics, comme la construction du métro de Taïpei par exemple. Les Philippins (environ 42%) travaillent plutôt comme personnels de maison ou aides domestiques dans les familles. Les Indonésiens comptent pour 7% de l'ensemble et les Malais pour 0,3%.

 La plupart des insulaires qui emploient des travailleurs étrangers les ont embauchés à travers des agents intermédiaires, spécialisés dans le recrutement, la sélection professionnelle et le conseil d'embauche. Généralement en coordination avec des partenaires étrangers, ces agents touchent une commission en rétribution de leurs services.

 A l'étranger, ils s'occupent notamment à leur place des formalités administratives que les travailleurs auront à effectuer dans leurs lieux d'origine et arrangent leurs examens de santé, ainsi que les rassemblements aux aéroports de départ. Les agents dans l'île arrangent, eux, le transport aérien jusqu'à Taïwan, le passage des frontières, le contrôle sanitaire et le logement sur place. Quelques- unes des ces agences offrent aux Philippines et en Thaïlande des cours de formation professionnelle et de langue aux demandeurs d'emploi qui désirent se rendre à Taïwan.

 Les frais facturés par les agents thaïlandais ou philippins sont souvent exorbitants. Pour obtenir un emploi dans l'île, beaucoup ont dû s'endetter à des taux d'intérêt élevés, et il leur faut travailler au moins six mois pour les rembourser.

 Faire fortune à l'étranger

 Ces travailleurs étrangers qui ne perçoivent qu'un salaire de 100 USD par mois dans leur pays touchent à Taïwan une rémunération moyenne de 488 USD. Cela suffit pour les convaincre de quitter leur famille et venir travailler dans l'île.

 Pendant les cinq premiers mois de son nouvel emploi à Taïwan, Mme Fe Alagos, Philippine de 35 ans et aide de famille, a dû envoyer chaque mois 338 USD pour rembourser ses créanciers en même temps qu'elle a payé ici des impôts sur ses revenus. Elle a quatre enfants laissés à la garde de son époux et espère réunir un petit capital avant de rentrer le plus tôt possible chez elle. " A Taïwan, je gagne en un mois plusieurs fois ce que je toucherais aux Philippines pour le même boulot, dit-elle. Bien que mes enfants me manquent beaucoup, je préfère travailler ici. "

 En vertu de la loi du travail de la République de Chine, un salaire minimum est garanti aux travailleurs. De plus, ils peuvent faire des heures supplémentaires le dimanche et reçoivent en fin d'année une prime, généralement équivalente à un mois de salaire. La deuxième année de leur contrat, ils obtiennent sept jours de congés payés. Certains les utilisent pour revoir leur famille, tandis que d'autres restent dans l'île pour continuer leur travail rémunéré pendant ce temps en heures supplémentaires. Selon les nouveaux règlements, un contrat d'embauche d'un an est renouvelable une ou deux fois, ce qui permet aux travailleurs étrangers de rester jusqu'à trois ans, soit une année de plus qu'auparavant.

 La plupart d'entre eux rêvent de faire fortune à Taïwan. D'une certaine manière, tant sur le plan des salaires que des conditions de vie, ces travailleurs parviennent à mieux vivre ici que dans leur pays d'origine. Le revers de la médaille est la solitude et la monotonie qui les attendent ici, ainsi que le stress et la nostalgie qu'il leur faut également surmonter.

 Le dimanche, certains, de confession catholique, s'en vont à l'église pour y trouver un réconfort spirituel et se faire des amis. Ainsi, plusieurs églises de Taïpei sont devenues le point de rencontre des travailleurs philippins à la fois pour prier et établir des rapports sociaux.

 Néanmoins, beaucoup ont du mal à s'ajuster à leur nouvelle vie. Selon un rapport de l'Ecole de médecine de Kaohsiung, publié l'an dernier, 60% des 99 étrangers interrogés acceptent leur mode de vie et la nourriture dans l'île, même si une majorité d'entre eux ressent une discrimination de la part des Taïwanais. Parmi les mécontents, les maux les plus cités sont les pressions du travail, l'insomnie, l'ennui, la solitude et les problèmes relationnels. Selon ce même rapport, un quart des sondés a contracté dans l'île une maladie sexuellement transmissible.

 Préoccupations croissantes

 L'arrivée d'un nombre de plus en plus grand de travailleurs étrangers à Taïwan a eu une influence sur la société insulaire.

 D'après la CLA, le problème le plus grave reste l'entrée dans la clandestinité: environ 24% d'entre eux abandonnent leur emploi légal, les uns n'ayant pas pu s'entendre avec leur employeur, les autres refusant de rentrer dans leur pays à l'expiration de leur contrat ou encore préférant d'autres emplois mieux rémunérés mais illégaux.

 " Selon la loi en vigueur à Taïwan, les travailleurs étrangers ne sont pas autorisés à changer de travail durant leur séjour et doivent rentrer dans leur pays à l'expiration de leur contrat. Quelques-uns d'entre eux s'embalent et continuent de travailler illégalement, ce qui finalement n'est pas sans exercer une influence sur l'ordre social ", indique un responsable de la CLA.

 La peine maximale pour l'employeur d'un travailleur clandestin est de trois ans de prison, mais on relève à peine un millier de condamnations depuis que le marché du travail dans l'île a été ouvert en 1989. Et, dans la plupart des cas, les employeurs illégaux ont vu leur peine d'emprisonnement remplacée par une simple amende.

 Le nombre d'abandon de travail est un véritable casse-tête pour les patrons ou la police. Selon les statistiques, on a compté l'an dernier 5 300 abandons, une baisse de 1 710 cas par rapport à l'année précédente.

 M. Chen Shen-hsien, directeur de l'Inspection du Travail à la CLA, fait remarquer qu'à la fin octobre, un total de 28 327 travailleurs illégaux avaient été interpelés et rapatriés depuis 1989, 7 344 autres étant toujours manquant. " Le nombre le plus bas depuis 1995 ", s'empresse-t-il de préciser.

 La santé pose aussi quelques problèmes. Les travailleurs qui sollicitent un emploi dans l'île doivent subir divers examens médicaux dans leur pays, ainsi qu'à Taïwan 24 heures après leur arrivée, comme l'impose une réglementation récente. Un bilan médical est requis tous les six mois durant leur séjour insulaire. Ceux qui y contreviendraient sont immédiatement renvoyés dans leur pays, stipule la loi. Ces derniers temps, on a ainsi pu déceler plusieurs cas de sida, de syphilis et de maladies parasitaires. L'inquiétude a gagné lorsque quelques cas de prostitution ont été récemment constatés chez le personnel féminin étranger.

 Seuls 63 hôpitaux dans l'île sont habilités à pratiquer des examens médicaux sur ces travailleurs, aussi est-il difficile de suivre parfaitement un patient, explique le docteur Huang Kao-pin, médecin à Chung Ho Memorial Hospital, à Kaohsiung. Bien entendu, lorsque ces travailleurs sont entrés dans la clandestinité, ils ne sont plus suivis.

 Le taux de criminalité croissant chez les travailleurs étrangers est un autre sujet d'inquiétude. Les responsables de la CLA soulignent que, ces trois dernières années, si environ 0,3% de la main-d'oeuvre étrangère a commis un délit, ce taux atteindrait 0,8% chez les clandestins. Il s'agit généralement de vol, mais on constate une hausse des meurtres et des viols.

 L'opinion publique s'est émue en octobre 1997 lorsqu'un Philippin a tué l'employeur de sa petite amie et deux enfants à Taïnan, dans le sud de l'île. Le criminel était fâché que le patron de son amie philippine, employée domestique, ait refusé de renouveler le contrat de travail de celle-ci.

 Outre les menaces potentielles sur la santé et la sécurité de la population insulaire, les autorités s'inquiètent de l'influence négative sur la culture locale. La CLA a enregistré 8 805 étrangers travaillant comme personnels de maison ou aides ménagères à la fin de 1995. Leur nombre, passé à 15 072 fin 1996, a légérement baissé à 13 077 l'an dernier. Plus de 90% d'entre eux viennent des Philippines, mais on note un nombre de plus en plus grand d'Indonésiens dans cette catégorie d'emploi. Une récente étude a dévoilé que 19 000 familles insulaires étaient prêtes à embaucher une aide domestique étrangère.

 Accepter dans l'île du personnel domestique d'origine étrangère avait initialement eu pour but d'aider les mères de famille à entrer sur le marché du travail. Cependant, il n'y a guère d'indications montrant que davantage de femmes au foyer ont décidé d'occuper un emploi du fait de cette politique, indique Mme Chen Hsin-ju, professeur à l'Université nationale Dong Hwa, à Hualien. Celle-ci ajoute qu'en fait, les familles taïwanaises aiment embaucher des Philippines comme personnels de maison, car elles ont reçu une meilleure éducation et savent parler anglais.

 Politique d'ajustement

 " Cependant, remarque-t-elle, il existe toujours un gouffre dans le comportement, la religion ou les valeurs morales et culturelles entre les employeurs chinois de l'île et les travailleurs philippins, ce qui peut poser des difficultés, en particulier, dans le domaine de l'éducation des enfants. "

 Des responsables de la Fédération chinoise du Travail [de Taïpei] rappellent que le gouvernement avait promis de réduire les quotas de travailleurs émigrés dès que le taux de la population active augmenterait, mais cette promesse ne semble pas avoir été tenue.

 M. Chan Hou-sheng, le président de la CLA, a justement répondu que le plafond avait été fixé à 300 000 travailleurs étrangers, précisant que les autorités prévoyaient de limiter le nombre des employeurs qui embauchent du personnel étranger en relevant de manière significative les taxes qu'ils doivent acquitter à ce titre.

 Tout insulaire qui emploie un étranger est tenu d'acquitter un droit mensuel, versé à un fonds destiné à améliorer les conditions de travail et à promouvoir l'embauche de travailleurs insulaires. Ce droit pour chaque employé domestique s'élève à 70,8 USD par mois. " Cela a pour but de limiter le nombre des personnels de maison étrangers ", assure le président de la CLA.

 La CLA a par ailleurs restreint les conditions d'embauche. Dans le passé, l'employeur local devait avoir un enfant de moins de 12 ans sous son toit; aujourd'hui cet âge a été abaissé à 6 ans. Dans le même temps, la CLA étudie la possibilité de faire venir dans l'île des travailleurs d'autres continents afin de circonvenir les pratiques abusives des agents recruteurs du Sud-Est asiatique.

 " En fin de compte, la politique visant à importer de la main-d'oeuvre étrangère est un peu trop lâche pour satisfaire aux besoins des différents groupes ", conclut M. Chan Hou-sheng.

 -- D'après l'article Foreign labor a source of prosperity, problems
de Jessie Cheng in The Free China Journal, Taïpei, le 4 décembre 1998.

 



 
 

Conjoints étrangers: Statut en cours de révision

PD: 01/01/99

Les conjoints étrangers de citoyens de la République de Chine suivent avec attention les discussions qui ont lieu actuellement au Yuan législatif concernant la révision de leur statut.

 Des assouplissements pourraient être apportés à la loi en vigueur au profit, en premier lieu, des épouses étrangères. Celles-ci pourraient en effet obtenir un permis de résidence permanent après quatre années de mariage ou encore dans le cas où l'un des enfants du couple, âgé de moins de 20 ans, serait détenteur d'un passeport de la République de Chine.

Actuellement, le nombre de permis de résidence longue durée attribués aux épouses de ressortissants chinois de Taïwan est limité par des quotas revus annuellement et fixés selon la nationalité d'origine.

 En 1997, le nombre des demandes formulées par des épouses vietnamiennes ou birmanes seulement s'est élevé à 19 000 et 7 300, selon M.Tseng Wen-chang, responsable à l'Office des Entrées et Sorties.

 " Avec une densité de population atteignant 630 habitants par km2, la deuxième du monde, Taïwan se doit de contrôler sa démographie ", fait-il remarquer.

 Participant aux débats sur la question, le député Feng Ting-kuo, du Nouveau parti, estime que la réglementation en vigueur devrait être assouplie pour des raisons humanitaires.

 En attendant, le ministère des Affaires étrangères s'est déclaré prêt à faire un geste en autorisant les épouses étrangères financièrement indépendantes à rester à Taïwan.

Dans le cas des époux étrangers mariés à des citoyennes de la République de Chine, le problème de la résidence se double de celui du statut légal des enfants, en raison en partie du droit local de la nationalité.

 Organisés en association, les époux étrangers ont souvent fait savoir qu'ils trouvaient la loi actuelle trop rigide, souhaitant qu'elle soit révisée.

 Ainsi, en cas de décès de son épouse chinoise, le mari étranger perd non seulement son droit de résidence à titre de conjoint mais il risque en outre la déportation, sans compter le fait qu'il ne peut hériter de sa femme.

 Par ailleurs, les enfants de ces mariages mixtes, parce qu'ils ne peuvent prétendre à la nationalité -chinoise, sont obligés dès l'âge de 20 ans de quitter le territoire, ne pouvant y retourner que pour des périodes de deux mois, avec un simple visa de tourisme.

Les époux étrangers réclament également une plus grande flexibilité dans le calcul du temps nécessaire passé dans le pays pour obtenir un droit de résidence annuel ou permanent.

 Les révisions à la loi en vigueur devraient être adoptées en mai de cette année.