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Pendant près de 50 ans, l'avant-poste militaire de Kinmen est resté fermé au monde extérieur. Aujourd'hui, les champs où les obus d'artillerie tombaient fleurissent de toute part.
Kinmen est un groupe de 12 petites îles situées de l'autre côté du Détroit, sur le littoral de la côte continentale. Depuis 1949, le petit archipel hautement fortifié a servi au gouvernement de la République de Chine d'avant-poste militaire dans la défense de Taïwan contre les forces communistes de Chine continentale.
En 1992, alors que les tensions s'apaisaient entre les deux rives du Détroit,
l'administration militaire de Kinmen fut démantelée pour céder la place
à un gouvernement civil régional. L'année suivante, Taïpei levait l'interdiction
du tourisme à Kinmen, autorisant ainsi les habitants de Taïwan et les étrangers
à visiter ces îles.
Kinmen, l'imprenable forteresse, symbole de la défiance de la République de Chine face à l'expansion du communisme, est maintenant une destination favorite des touristes. M. Chen Shui-tsai, chef du hsien (district) de Kinmen, souligne les avantages évidents de ce renouveau après des décennies de secret et de séclusion.
"L'ouverture au tourisme a permis de comprendre pourquoi Kinmen est unique", indique-t-il.
C'est en effet un lieu particulier. A côté des nombreux monuments de guerre, Kinmen est bénie d'une beauté naturelle et baignée par la culture traditionnelle chinoise.
Sous les dynasties impériales, les Chinois s'y sont installés bien avant de s'établir à Taïwan. D'après les documents historiques, la fondation de la ville de Kinmen, la capitale du petit archipel, remonte à l'an 317, à la fin de la dynastie occidentale Jin (265-317). Sous les Cinq Dynasties barbares et les Seize Royaumes (420-581), ces îles furent le berceau de grands lettrés du clan Han. Des écoles et des remparts furent construits sous les dynasties Song (960-1279) et Ming (1368- 1644), tandis que le développement infrastructurel de l'archipel s'est poursuivi sous la dynastie Qing (1644-1911).
Il y a 400 ans, le groupe d'îles était devenu le port de transit des nombreux émigrants chinois en partance pour d'autres destinations, comme les Penghu, Taïwan ou, plus loin encore, les contrées du Sud- Est asiatique.
Pour encourager le public à apprécier les richesses historiques et culturelles
de Kinmen, le musée national d'Histoire a entrepris des travaux de restitution
sur le terrain et a présenté les résultats de ses recherches au moyen d'une
grande exposition qui s'est achevée le 29 mars à Taïpei. On a pu y admirer
plus de 270 pièces authentiques depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. -
220 ap. J.-C.) jusqu'à la dynastie mandchoue Qing (1644-1911).
M. Huang Kuang-nan, conservateur du musée, a déclaré que le principal objectif de cet événement, organisé avec le concours de collectionneurs privés, de l'office des Affaires civiles et du centre éducatif de Kinmen, était de montrer les objets d'art qui ont marqué l'évolution de la culture chinoise à Kinmen. "Nous espérons pouvoir redonner à cette petite île la place qu'elle mérite dans l'histoire de Chine", a-t-il indiqué, ajoutant que d'autres recherches archéologiques se poursuivaient également dans les îles Penghu et celles de Matsu plus au nord, au large de la ville de Fuzhou.
La plupart des oeuvres exposées qui datent des dynasties Ming et Qing (XIVe-XXe siècles) offrent une large vision de l'évolution des modes de vie à Kinmen, a indiqué M. Huang Kuang-nan. Elles ont été réparties en plusieurs catégories, les antiquités historiques, les objets d'art traditionnels, la porcelaine, les ustensiles du quotidien, les costumes et parures vestimentaires, ainsi que l'art populaire et les meubles.
La section des antiquités historiques comporte entre autres divers documents officiels, des cartes anciennes, des écrits d'examen impérial et des frottis d'inscriptions funéraires.
Une large collection de pièces de monnaie ancienne a été ainsi présentée
provenant essentiellement du site de Kinsha, dans le nord- est de l'île
de Kinmen.
M. Hu Yi-hsun, chercheur au musée national d'Histoire, explique qu'elles ont une grande valeur historique en raison de leurs origines qui s'étalent sur une très longue période de temps.
"Ces monnaies prouvent notamment que les habitants de Kinmen entretenaient, depuis plus de deux mille ans, des relations commerciales avec le continent", a-t-il affirmé.
Peut-être la plus précieuse oeuvre de la section des objets d'art traditionnels est cette série de calligraphie sur huit rouleaux écrite il y a 820 ans, sous les Song, par Zhu Xi (1130-1200), grand philosophe de l'Ecole néo-confucianiste.
Plusieurs fois dans sa vie, Zhu Xi s'est rendu à Kinmen pour y enseigner.
C'est probablement au cours de ces tournées que le cursus des examens impériaux
s'est popularisé là-bas, précise M. Hu Yi- hsun.
Les visites de Zhu Xi à Kinmen ont fait naître chez les insulaires une tradition d'études. Pendant les siècles qui ont suivi, les habitants de la région ont eu la réputation d'obtenir des résultats extraordinaires aux examens mandarinaux, ajoute-t-il.
Ces rouleaux représentent, assure le chercheur, une des plus grandes parties de l'oeuvre originale de Zhu Xi conservée jusqu'à nos jours.
La troisième section, celle des porcelaines fabriquées dans l'île, comprend des vases, des brûleurs d'encens, des pots de chambre, des abat-jour, des bouteilles, des jarres, des porte-pinceaux, des assiettes et des bols. Ces objets étaient d'un usage courant dans le passé à Kinmen. Les archéologues en ont souvent découvert dans les épaves chinoises des dynasties Song et Yuan (Xe-XIVe siècles).
Dans la section de l'art populaire, on peut admirer une présentation exceptionnelle de statues comme celle du Lion-Vent, une divinité honorée dans la petite île. Cette statue, connue aussi comme la représentation du dieu du Vent, est très courante à l'entrée des allées, aux abords des villages et autour des temples.
Les habitants de Kinmen ont longtemps cru que le Lion-Vent les protégeait
de l'infortune et des esprits malins. Sous les Ming, Kinmen devint un centre
de construction navale: on abattit de grands arbres pour contruire des
jonques de guerre et l'archipel se déboisa très rapidement. Les vents violents
qui balaient les îles entre septembre et avril endommagèrent alors les
cultures, poussant les villageois à ériger ces statues du Lion-Vent dans
l'espoir d'apaiser les cieux et de calmer les éléments naturels.
Pendant des siècles, le Lion-Vent est resté le gardien spirituel du peuple kinménois. La multiplication de ces effigies dans le paysage lui donne un aspect singulier, quelque peu différent de ce qu'on peut rencontrer ailleurs dans la région de Taïwan.
On compte plus de soixante de ces statues à travers l'île. La plupart sont taillées dans la pierre ou façonnées dans l'argile avec des variantes allant de la position allongée à celle accroupie ou encore debout sur les pattes arrière.
Dans la dernière section, on a pu admirer une vingtaine de meubles provenant de salons, chambres à coucher ou salles à manger des maisons insulaires. Le bois utilisé est le sapin foukiénois apporté de la partie continentale de la province.
Il est à noter que le mobilier traditionnel utilisé dans le passé à Taïwan
lui ressemblait beaucoup, démontrant l'influence du style de la province
voisine du Fujian.
"Cela tendrait à prouver que de nombreux émigrants sont d'abord passés par Kinmen avant de s'éta-blir à Taïwan", fait remarquer M. Hu Yi-hsun.
"Les visiteurs sauront apprécier la finesse des sculptures de ces meubles qui ont décoré les maisons de riches familles de Kinmen", a- t-il déclaré, ajoutant qu'il y avait également des pièces d'un style plus sobre provenant d'intérieurs rustiques.