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"Sagesse et compassion", l'art tibétain à Taïpei

PD: 02/21/98

Dans ce qu'on pourrait appeler l'exposition culturelle du siècle à Taïwan, les insulaires se sont vus offerts une extraordinaire opportunité d'admirer l'art religieux tibétain.

 L'exposition "Sagesse et compassion, l'art sacré du Tibet", louée de par le monde, ressemblait plus à un voyage spirituel qu'à un parcours artistique pour amateurs de culture bouddhique et tibétaine.

 Ouvrant ses portes jusqu'au 15 mars au mémorial Sun Yat-sen de Taïpei, l'exposition, qui se distingue de celles qui l'avaient précédée dans l'île, présente une collection de 181 statues et peintures de divinités bouddhiques empruntées à des collections du monde entier.

 "J'ai visité de nombreux musées et galeries en divers points du globe, mais "Sagesse et compassion" est certainement la plus complète et la plus fournie des expositions que j'ai vues", s'exclame l'écrivain taïwanais Shih Shu-ching. Pour le collectionneur Hsu Chang-tang, qui réside à Hongkong, l'événement est exceptionnel.

 Les statues et peintures bouddhiques proviennent de 22 collections privées et de 11 musées répartis dans sept pays. Six musées, un allemand, un britannique, un canadien, un français, un suédois et un suisse, ainsi que cinq américains, y ont participé.

181 oeuvres religieuses tibétaines provenant de diverses collections dans le monde ont été rassemblées à l'exposition qui se tient à Taïpei jusqu'au 15 mars.
(Aimables crédits de China Times, Taïpei.)
 
 
 Au cours de ces six dernières années, la collection ainsi réunie a fait le tour du monde, attirant de nombreux admirateurs et gagnant des critiques élogieuses en Allemagne, en Espagne, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon et dans d'autres pays européens.

 Selon M. Robert Thurman, un spécialiste de l'art tibétain à l'Université Columbia, à New York (Etats-Unis), cette exposition s'est révélée si populaire que son calendrier est complet jusqu'en l'an 2000.

 M. Thurman, un des membres du comité de planification de l'exposition, a déclaré que plusieurs musées et collectionneurs, fiers de propager la culture et l'art du Tibet, se sont empressés de prêter leurs oeuvres pour participer à cette tournée mondiale.

 Selon le quotidien de Taïpei China Times, qui a coparrainé cette exposition, l'idée d'ajouter l'"étape" de Taïwan est apparue à à la suite de la visite du dalaï-lama Tenzin Gyatso dans l'île en mars 1997. Au cours d'une interview accordée à ce journal lors de son séjour insulaire, le chef spirituel tibétain avait formulé l'espoir de voir un jour l'exposition "Sagesse et compassion", qui se tenait à ce moment-là au Japon, présentée à Taïpei.

Plus de cent mille personnes ont déjà visité l'exposition de Taïpei pour admirer ces pièces représentatives de l'art tibétain. (Chen Mei- ling)
 
 
 

 M. Huang Chao-tsung, le directeur général du quotidien China Times, avait alors répondu que son journal tenterait de réaliser le voeu du dalaï-lama. "Ce n'est en fait que trois mois avant son ouverture que l'exposition fut enfin décidée", explique-t-il.

 "Les diverses pièces sont arrivées au début de l'année, tandis que les représentants des musées de plusieurs pays se mettaient à examiner les objets d'art tibétains anciens pour les préparer avant l'exposition", ajoute-t-il.

 Selon Mme Marylin Rhie, un autre membre du comité administratif, les statues et peintures bouddhiques datent du IXe au XIXe siècles.

 Ces pièces, représentatives d'une aussi longue période, révèlent l'histoire de l'art sacré tibétain. Par leur diversité, elles permettent de découvrir l'évolution de l'art bouddhique à travers les quatres principaux courants religieux qui se sont succédés au Tibet: le Nyingmapa, ou le Vieil Ordre, fondé sur les enseignements de Padmasambhava, plus tard canonisé en bouddha; le Sakyapa, ou l'Ordre Noble, issu d'une scission avec le précédent et qui s'attache à rechercher une philosophie dans les écrits sacrés; puis le Kagyurpa, ou l'Ordre du Message, fondé sur les initiations et les doctrines tantriques de Naropa, grand maître yogi; et enfin le Gelugpa, ou l'Ordre de la Vertu, dominant sur le haut plateau tibétain depuis le XIVe siècle, dont les membres ont recherché les sources du bouddhisme et ont créé un ordre monacal strict (lama) avec le dalaï- lama comme chef spirituel et temporel.

 Mme Rhie souligne que la religion tibétaine comprend de nombreux rites et vénère un panthéon de bouddhas, bodhisattvas et arhats. "On peut en dénombrer plus d'un millier", a-t-elle assuré.

 Les symboles de la Terre Pure (école bouddhique) et le mandala sont les motifs qui reviennent le plus souvent dans les oeuvres exposées. Outre les divinités particulières au Tibet, les caractéristiques de l'art religieux tibétain présentent un mélange de styles différents propres aux autres peuples d'Asie, comme les Indiens, les Chinois, les Mongols, les Perses ou même les Grecs.

 "Une visite de cette exposition permet d'acquérir une large connaissance de l'histoire et de l'art du bouddhisme au Tibet. Le public taïwanais, pour sa part, pourra également enrichir sa spiritualité", a indiqué Mme Rhie.


L'iconographie tibétaine est remarquable pour la riche diversité de ces divinités. A travers ces représentations, on décèle les influences d'autres peuples, tels que les Indiens, les Chinois, les Mongols, les Perses et les Grecs. (Huang Chung-hsin)
 
 
 

 Le maire de Taïpei, M. Chen Shui-bian, et le directeur de la Fondation culturelle et éducative de la Montagne du tambour du Dharma, le vénérable Sheng-yen, étaient présents à l'inauguration de l'exposition. "C'est grâce aux efforts de personnes de différentes nationalités que l'exposition a pu être organisée, ce qui montre que l'art n'a pas de frontière", a déclaré M. Chen Shui-bian.

 Le vénérable Sheng-yen a souligné, pour sa part, que cette manifestation témoignait de l'importance des échanges qui existent entre la nation chinoise et le peuple tibétain: "En appréciant l'art tibétain, les Chinois sont à même de comprendre l'esprit du bouddhisme et d'enrichir leur propre culture."

 Après Taïpei, l'exposition se tiendra du 25 mars au 29 mai à Kaohsiung, dans le sud de l'île. Sa tournée insulaire s'achèvera ensuite à Taichung, dans le centre de l'île, avant de quitter Taïwan.

 Plusieurs personnalités locales et étrangères des cercles culturels, artistiques et religieux ont loué l'événement et les oeuvres présentées.

 "Une visite permet de découvrir la riche diversité de l'art religieux tibétain et de soulever le voile sur les mystères qui entourent ce bouddhisme régional", est convaincu l'écrivain insulaire Shih Shu- ching.

 L'artiste Chen Hsiang-yin a avoué avoir été particulièrement attirée par la féerie des couleurs et la complexité des icônes tibétaines. "Cela fait naître en moi un profond respect pour la créativité de ces maîtres si dévoués à préserver leur culture", s'est-elle exclamée.
 

 --D'après "Compassion" tour dubbed best ever Tibetan art show de Diana Lin,
in The Free China Journal, Taïpei, 6 février 1998 (p.5).