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Une nouvelle année chinoise placée sous le signe du Tigre

PD: 01/21/98

Alors que l'année du Boeuf prend fin, les Chinois dans le monde se préparent à célébrer le Nouvel An d'après leur calendrier traditionnel.

Cette fois, l'année sera placée sous le signe du Tigre et débutera le 28 janvier.

Dans l'horoscope chinois, le félin arrive en troisième position sur les 12 animaux qui forment le cycle zodiacal: le Rat, le Boeuf, le Tigre, le Lapin, le Dragon, le Serpent, le Cheval, le Bélier, le Singe, le Coq, le Chien et le Cochon.

Depuis toujours, en Chine, le tigre est considéré comme le roi de la jungle. Actuellement, il reste encore huit espèces de ce grand mammifère que l'on retrouve dans le Nord-Est et le Sud-Est de la Chine, en Inde, dans les deux Corées, en Indonésie, en Iran et au Pakistan.

La science a prouvé qu'il est originaire de Chine du Sud et qu'il s'est à partir de là multiplié sur le reste du continent asiatique évoluant en différentes espèces.

Selon les zoologistes, il s'agit d'un animal aussi prudent que féroce. Confronté à un ennemi, il tentera d'abord de l'observer pour en évaluer les capacités. Dans le cas où la situation lui paraîtrait défavorable, il évitera très probablement la confrontation. Dans le cas contraire, sûr de dominer, il se jettera avec force et agilité sur sa proie inconsciente du danger.

Liu Zongyuan (773-819), l'un des huit grands lettrés des dynasties Tang et Song, composa autrefois la fable de l'âne du Guizhou pour illustrer la prudence du tigre.

Autrefois, dans le Guizhou, une province du Sud de la Chine, un âne trottait au côté de son maître. Tapi dans les buissons, un tigre l'épiait, saisi de crainte à la vue de cette créature si massive et si poilue. Lorsque l'âne laissa échapper un braiment strident, le tigre, effrayé, se retira encore plus loin dans la forêt. Calmé, il se rapprocha pour en conclure finalement que l'animal n'avait rien de spécial. Il prit tout de même la précaution de l'observer de derrière, sans toutefois se placer trop près. Soudain, l'âne rua avec force, jettant en l'air ses pattes arrière. Le félin réalisa alors que c'était là tout ce dont l'autre était capable: braire et ruer. Sans plus attendre, il se jeta dessus et le dévora avec appétit.

On trouve dans cette petite histoire l'origine d'un proverbe populaire: "Celui qui dévoile ses limites est l'âne du Guizhou."

Si le tigre est réputé féroce et sauvage, les Chinois considèrent aussi qu'il est l'animal le plus noble. Son corps puissant, son port royal, la grâce de ses mouvements et sa superbe fourrure ont inspiré nombre d'artistes chinois. Il est depuis longtemps un de leurs sujets favoris qui, souvent, leur a permis d'acquérir la renommée par la qualité de la représentation qu'ils en ont donné dans leurs oeuvres.

De par son apparence qui impose le respect, le tigre s'est vu attribuer un caractère divin lui conférant le pouvoir de repousser les mauvais esprits et d'éviter les calamités.

Pour ses raisons, il est fréquemment représenté dans les objets anciens. Les pierres et les bronzes des dynasties Shang (fin XVIe - fin XIe siècles av. J.-C.) et Zhou (fin XIe siècle - 256 av. J.-C.) comportent souvent des motifs s'inspirant des griffes acérées et du regard féroce de cet animal.

Celui-ci est également respecté des Chinois dans la vie quotidienne. D'après les croyances populaires, le port d'amulette ou d'autres accessoires aux motifs du tigre protège des maladies.

Aujourd'hui encore, dans la campagne des provinces du Shanxi, Shaanxi et Gansu, dans le Nord-Est de la Chine, les enfants portent des chaussures, des bavettes, des chapeaux ou des gants faits par leur mère au motif du félin. On le retrouve également sur des jouets de tissu ou sur des oreillers.

Toujours dans cette région, durant les mariages, les accessoires au motif du tigre comptent pour une part importante du trousseau de la jeune mariée et symbolisent son entrée dans une nouvelle vie.

La tradition s'est maintenue au moment de la fête des Bateaux- Dragons lorsque les embarcations sont flanquées d'ornements reproduisant le tigre et sensés éloigner la malchance. A l'occasion de cette fête spéciale, on donne des porte-bonheur aux enfants et, pour mieux les protéger, on leur peint sur le front le caractère chinois "roi", qui représente le tigre.

A Taïwan, l'image du félin, populaire en religion et dans le folklore, figure souvent à proximité des dragons sur les murs des temples à travers l'île. Sous l'autel, on trouve généralement une statue du Maître Tigre, une incarnation divine de l'animal, qui apportera richesses et célébrité aux gens du spectacle ou aux joueurs qui le vénèrent. Le Maître Tigre est l'un des compagnons du dieu de la Terre que l'on voit souvent représenté chevauchant le félin. La croyance populaire veut qu'un tigre ne peut faire du mal à un être humain sans avoir auparavant demandé la permission du dieu de la Terre.

Un autre mythe le lie à Baosheng Dadi, une divinité taoïque connue à Taïwan comme l'Empereur protecteur de la Vie. Celui-ci aurait un jour soigné un tigre de ses maux de gorge. En remerciement, l'animal fit voeu de ne plus jamais attaquer d'êtres humains et demanda à devenir le gardien du temple consacré à ce dieu.

C'est pour cette raison que le Maître Tigre est aujourd'hui vénéré et investi du pouvoir de repousser la maladie.

Les natifs de l'année chinoise du Tigre sont dits être indépendants, autoritaires et doués d'une grande force de caractère. Ils préfèrent agir seuls et ont une haute opinion d'eux-mêmes.

La perception de ce grand mammifère à travers la littérature ou les proverbes populaires reste cependant variée. Symbole de pouvoir, de dignité, de bravoure et des qualités qui font un chef, le félin représente aussi le mal, la violence, le danger et un esprit belliqueux.

Certains parents choisissent de donner au nouveau-né un nom incluant dans sa composition le caractère "tigre" dans l'espoir que l'enfant gagnera ensuite la vigueur de l'animal.

Photos de Huang Chung-hsin

L'allusion au félin abonde dans les proverbes. "Un père tigre n'engendrera pas un enfant chien" indique que la progéniture d'un homme brave et doué aura les qualités du père. Pour signifier que les grands hommes savent saisir les opportunités qui s'offrent à eux, on dira: "Le tigre rugit quand le vent se lève."

Mais on ne lui confère pas toujours un caractère honorable. Au-delà de la valeur qui lui est souvent attribuée, l'image du tigre sert aussi à railler ou à dépeindre de façon négative.

"Elever un tigre attire le malheur" exprime l'idée que l'assouvissement entraîne le désastre. Un autre adage populaire "un mouton dans la peau d'un tigre" suggère que le félin est également une créature capable de faire le mal.

Dans quelques expressions idiomatiques chinoises, l'image du tigre est aussi utilisée pour décrire des situations dangereuses. "Marchander à un tigre sa fourrure" signifie demander à une personne mauvaise d'agir à l'encontre de son propre intérêt.

Qu'une personne ait survécu à un grand danger, on vous assurera qu'elle a "échappé à la gueule du tigre", tandis que si elle prend de grands risques au péril de sa vie, on dira qu'elle "arrache les dents du tigre".

 
--D'après Year of Tiger soon to roar de Diana Lin
in The Free China Journal, Taïpei, 16 janvier 1998 (p.5).