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La République de Chine devrait siéger à l'ONU

PD: 10/01/98

La demande d'accession à l'Organisation des Nations unies (ONU) formulée par les alliés diplomatiques de la République de Chine n'est ni une tentative pour remettre en question les droits et privilèges de Pékin dans cette organisation internationale ni un acte qu'il faut interpréter comme une remise en cause par Taïpei de son objectif ultime vers la réunification nationale, a déclaré le 12 septembre à Taïpei M. Roy Wu, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

 Ces commentaires ont suivi la décision du président du Comité des Affaires générales des Nations unies de repousser pour la sixième année consécutive la pétition, signée par 15 alliés diplomatiques de Taïpei, appelant l'organisation internationale à reconsidérer la Résolution 2758 (XXVI) par laquelle, il y a 27 ans, la République de Chine avait été écartée de l'organisation mondiale au profit des autorités de la Chine continentale.

 Cette année, a déclaré M. Wu, le gouvernement de la République de Chine a demandé que la Chine continentale et la communauté internationale reconsidèrent sérieusement les aspects pratiques d'une représentation de la République de Chine aux Nations unies (NU), en vertu des grands principes d'égalité et de justice prônés dans la charte de l'organisation. Il a également exprimé toute la gratitude de Taïpei envers le ferme soutien apporté par ses alliés.

 Le 8 juillet, onze alliés diplomatiques de Taïpei ont soumis cette pétition cosignée peu après par 4 autres Etats. Sous la présidence de M. Didier Opertti, ministre des Affaires étrangères d'Uruguay et concurremment président de la 53e Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies, quelque 56 Etats ont pris part pendant près de trois heures aux débats concernant la pétition qui demandait, comme l'an dernier, aux membres de l'ONU de reconsidérer la Résolution 2758 (XXVI) en des termes favorables à la République de Chine.

 Les Etats cosignataires -- le Burkina Faso, la Dominique, la Gambie, la Grenade, le Libéria, le Malawi, le Nicaragua, le Panama, Saint- Vincent, les îles Salomon, le Salvador, Sïo Tomé e Princ¡pe, le Sénégal, le Swaziland et le Tchad -- ont tous plaidé la cause de la République de Chine devant le Comité des Affaires générales, ainsi que le Paraguay qui n'avait pas parafé la motion.

 Ils ont principalement rappelé que, de part et d'autre du détroit de Taïwan, il existait depuis bientôt 50 ans deux entités politiques distinctes et ont insisté sur les exemples de représentation parallèle, comme ceux autrefois des deux Etats allemands et aujourd'hui des deux Etats coréens, qui pourraient fournir une solution à la question chinoise.

 En tant que démocratie et économie dynamique, la République de Chine mérite certainement le respect et la reconnaissance de la communauté internationale et qu'il est donc injuste de l'exlure, a déclaré le délégué du Sénégal, M. Ibra Ka.

 Cependant, devant l'opposition des quarante autres Etats, le président Opertti a décidé d'écarter la motion sans qu'elle ait pu être soumise à un vote.

 Quelques jours plus tard, à la tribune de l'Assemblée générale, un autre délégué, M. Moses Mathendele Dlamini, du Swaziland, s'est étonné du refus du Comité des Affaires générales d'inclure à l'ordre du jour de l'assemblée la proposition concernant cette question. Il a incité le corps mondial à tenir compte des opinions différentes afin de rétablir la justice en son sein.

 Le délégué swazilandais a affirmé qu'aussi lontemps que l'ONU continuerait d'ignorer les droits légitimes de 21,8 millions de Taïwanais, son pays ne cesserait de soutenir une motion en leur faveur.

 " Je crois sincèrement que les membres de cette organisation ne comprennent pas très bien la véritable signification de cette motion ", a déclaré M. Dlamini, ajoutant que nul dans ce forum ne devrait négliger les points de vue exprimés par les 15 cosignataires de ladite proposition. Il a déploré que certains délégués aient osé affirmer que le Comité des Affaires générales perdait son temps à examiner " les propositions pro-taïwanaises ". " Ces propos sont une insulte envers tous les membres de l'organisation ", s'est-il exclamé.

 D'autres personnalités, dont quelques chefs d'Etat, comme MM. Blaise Compaoré, président de la République du Burkina Faso, Guntis Ulmanis, président de la République lettone, José Arnoldo Alem n Lacayo, président de la République du Nicaragua, ou des ministres des Affaires étrangères, Roberto Rojas, du Costa-Rica, Eduardo Lattore, de la République Dominicaine, Jan Kavan de la République Tchèque, ont également évoqué à la tribune des NU la question des droits légitimes de la population insulaire.

 Les quatre années précédentes, Taïpei avait préféré solliciter des Nations unies l'institution d'une commission spéciale chargée d'étudier la situation exceptionnelle de la République de Chine afin de lui permettre d'obtenir un siège en son sein.

 La République de Chine a participé à la fin de la Seconde Guerre mondiale à la création de l'organisation. En cosignant la Charte des Nations unies en 1945, elle en fut un des membres fondateurs. Pendant vingt-six ans, elle en est restée membre et a conservé un siège permanent au Conseil de Sécurité avec droit de veto jusqu'en octobre 1971, lorsque l'Assemblée générale reconnut Pékin comme seul représentant de la Chine, au détriment de Taïpei.