De retour le 10 juillet d'une tournée dans le Pacifique Sud, le Premier ministre, M. Vincent Siew, a déclaré que les gouvernements des pays qu'il avait visités lui avaient tous fait part de leur intention de resserrer les liens avec la République de Chine.
Pour ce voyage, le Premier ministre était accompagné de personnalités gouvernementales, parmi lesquelles figuraient le président de la Commission d'Etat de l'Agriculture, M. Peng Tso-kwei, ainsi que les vice-ministres des Affaires étrangères, M. David Lee, et de l'Economie, M. Chang Chang-pang.
La délégation taïwanaise s'est arrêtée aux Tonga, puis aux Fidji et enfin aux îles Salomon, avant de faire escale en Australie et à Guam. Des trois Etats du Pacifique Sud qui ont fait l'objet de cette visite, seules les îles Fidji n'entretiennent pas de relations diplomatiques avec la République de Chine, même si elles en reconnaissent l'existence.
Arrivé le 2 juillet aux îles Tonga, le Premier ministre Siew a le lendemain assisté aux cérémonies organisées pour le 80e anniversaire du roi Taufa'ahau Tupou IV de Tonga, à la suite desquelles il s'est entretenu avec le Premier ministre tongan, le baron Vaea, des moyens à mettre en oeuvre pour renforcer la coopération entre les deux pays.
Divers accords ont été conclus ou sont en passe de l'être, en particulier dans le domaine agricole. Taïwan, qui espère augmenter ses quotas de pêche dans la région, est prête, par exemple, à offrir son assistance en matière d'élevage de poulets et de porcs.
Le roi Tupou IV a accepté une invitation du président de la République de Chine, M. Lee Teng-hui, à se rendre bientôt à Taïwan, peut-être avant la fin de ce mois.
L'étape de trois jours aux Fidji, qui s'est faite malgré les protestations de Pékin, a permis de rapprocher un peu plus les deux pays. M. Siew a en effet convenu d'envoyer des experts de l'industrie sucrière, un secteur fondamental confronté récemment à certaines difficultés.
Autre pilier de l'économie fidjienne, le tourisme a considérablement souffert de la baisse du trafic des voyageurs en provenance d'Asie du Sud-Est à cause de la crise financière qui y sévit actuellement. M. Siew a donc promis d'intervenir auprès des entreprises de Taïwan pour promouvoir l'ouverture de liaisons aériennes directes avec les Fidji ou la réalisation d'investissements dans son secteur de l'hôtellerie.
Après un dernier entretien avec M. Sitiveni Rabuka, son homologue fidjien, M. Siew a poursuivi son voyage pour Honiara, capitale des îles Salomon, où il est arrivé le 6 juillet.
Il y a signé un communiqué commun avec le Premier ministre salomonien, M. Bartholomew Ulufa'alu, engageant au renforcement de la coopération et des échanges entre les deux Etats et réaffirmant qu'en fonction des principes de souveraineté et d'égalité, les pays du monde devraient résoudre leurs disputes par le dialogue et des moyens pacifiques.
Les autorités des îles Salomon ont réitéré leur soutien à la candidature de Taïpei aux organisations internationales et ont signé un accord autorisant les chalutiers taïwanais à opérer dans leurs eaux territoriales. M. Siew a, pour sa part, promis d'augmenter l'assistance technique de Taïpei, tandis qu'un consensus a été trouvé sur la façon d'inciter les entreprises taïwanaises à investir dans cet archipel du Pacifique Sud.
Effectuant ensuite une courte escale privée à Brisbane en Australie, M. Siew a pu s'entretenir avec l'ancien ministre australien des Affaires étrangères, M. Gareth Evans, avant de reprendre la route de Taïwan, en passant par Guam où il a rencontré le représentant américain, M. Richard Bush, qui regagnait les Etats-Unis.
Directeur en poste à Washington de l'Institut américain à Taïpei, la représentation américaine en charge des relations avec la République de Chine en l'absence de liens officiels, M. Bush a informé le Premier ministre Siew des grandes lignes de la visite du président Clinton en Chine continentale, ainsi que du contenu de ses discussions avec les dirigeants de Pékin.
La délégation taïwanaise a regagné Taïpei le 10 juillet après une tournée de neuf jours dans le Pacifique Sud, la première effectuée par M. Siew dans cette région du monde.
La septième réunion annuelle de la Commission commune de Coopération entre les Pays de l'Isthme centraméricain et la République de Chine (à Taïwan) s'est conclue avec succès le 3 juillet à Taïpei par la signature d'un communiqué commun auquel a été joint une déclaration concernant l'admission de la République de Chine à l'Alliance pour le Développement continu de l'Amérique centrale (ALIDES).
Les deux documents ont été signés dans la capitale insulaire par les ministres des Affaires étrangères, MM. Ram¢n Ernesto Gonz lez Giner, du Salvador, Eduardo Stein Barillas, du Guatemala, José Fernando Mart¡nez Jiménez, du Honduras, les vice-ministres des Affaires étrangères, MM. Walter Niehaus, du Costa Rica, Carlos Guardian Debayle, du Nicaragua, le ministre du Tourisme et de l'Environnement, M. Henry Young, du Bélize, la sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Mme Libbyn Gloria Mil n Lugo, de la république Dominicaine, et le secrétaire général de l'Organisation des Etats centraméricains (ODECA), M. Ernesto Leal S nchez, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, M. Jason Hu, de la République de Chine, chacun représentant leur gouvernement respectif.
Dans son discours d'ouverture, M. Jason Hu a déclaré que Taïpei, grâce à une diplomatie pragmatique, essentiellement fondée sur la puissance économique de l'île, désirait ardemment partager son expérience avec d'autres nations, d'autant que Taïwan a récemment prouvé qu'elle pouvait surmonter l'actuelle crise financière qui sévit en Asie.
Durant les deux jours suivants, les participants ont discuté du renforcement de leur coopération dans les domaines politique, économique, commercial, technologique et culturel. Les représentants d'Amérique centrale ont indiqué que la politique américaine dite des " trois non ", récemment réaffirmée par le président Bill Clinton lors de son voyage en Chine continentale, n'exerçait aucune influence sur les relations amicales qui existaient entre eux et Taïpei, ni a fortiori sur celles avec Washington. Pour sa part, M. Gonz lez Giner, du Salvador, a déclaré à l'issue de cette réunion que son pays continuerait d'entretenir des rapports amicaux avec la République de Chine à Taïwan.
Dans la déclaration commune, jointe au communiqué qui a conclu ces débats, les cosignataires ont admis la République de Chine dans l'ALIDES, en même temps qu'était constitué un Fonds pour le Développement économique entre Taïpei et les capitales centraméricaines, doté d'un capital de 300 millions d'USD. La République de Chine y contribuera à hauteur de 240 millions d'USD à raison d'apports annuels de 20 millions d'USD étalés sur 12 ans, tandis que le Bélize, le Costa-Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador apporteront chacun une quote-part de 10 millions d'USD.
Selon le communiqué commun, la République de Chine s'engage à appuyer totalement la réalisation des projets centraméricains soumis à la réunion de Taïpei. Pour leur part, les Etats centraméricains ont rappelé qu'il était important que, sur la base de l'universalité, la République de Chine participe au système multilatéral international.
La Commission commune de Coopération entre les Pays de l'Isthme centraméricain et la République de Chine (à Taïwan) se réunit chaque année depuis 1991, alternativement à Taïpei ou dans une capitale centraméricaine.
Comme l'ODECA est un organisme comprenant exclusivement cinq pays d'Amérique centrale -- le Costa-Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador -- en vue de promouvoir la coopération et le développement économique dans cette région du monde, il a été créée une alliance, l'ALIDES, qui permet à d'autres puissances non membres de l'ODECA d'apporter leur contribution. Ainsi, la République de Chine deviendrait, avec le Bélize, la république Dominicaine, les Etats-Unis et le Panama, le 5e partenaire extérieur de l'ODECA à intégrer cette alliance.
Par ailleurs, les membres de l'ALIDES auront aussi la possibilité de participer à la future Zone américaine de Libre Echange, qui doit entrer en vigueur en 2005, a indiqué un responsable du ministère des Affaires étrangères de Taïpei.
Sur l'invitation du Parti démocrate-progressiste (PDP), la principale force d'opposition taïwanaise, M. Rhee In Je, ancien candidat aux dernières élections présidentielles de Corée du Sud, a effectué un voyage de cinq jours dans l'île.
Au cours de son séjour, M. Rhee In Je a été reçu le 3 juillet par M. Lee Teng-hui, le président de la République, qui lui a déclaré que Taïpei désirait vivement renforcer la coopération avec Séoul sur des bases d'égalité et de réciprocité. Abordant les relations entre Taïwan et la Corée du Sud, le chef de l'Etat a regretté l'attitude de Séoul qui persiste à ne pas traiter les autorités insulaires sur un pied d'égalité, même si le gouvernement sud-coréen a exprimé, à de nombreuses occasions, son désir de reprendre des liaisons aériennes et les échanges agricoles avec la République de Chine.
En août 1992, les liens officiels entre Taïpei et Séoul ont été rompus après que les Sud-Coréens aient préféré se rapprocher de la Chine continentale et, depuis, les rapports entre les deux capitales sont tombés au plus bas. En effet, appliquant à la lettre la politique d'" une Chine ", les autorités sud-coréennes refusent de traiter la République de Chine à Taïwan comme un Etat souverain et indépendant.
Durant son entrevue avec le chef de l'Etat, M. Rhee In Je a été accompagné de M. Hsu Hsin-liang, président en exercice du Parti démocrate-progressiste (PDP), Mme Sisy Chen, présidente de New Race Foundation.
L'ancien candidat présidentiel sud-coréen a profité de sa visite dans l'île pour rencontrer également M. Chen Shui-bian, une autre personnalité importante du PDP et maire de Taïpei, ainsi que divers responsables politiques du Kuomintang, le parti au pouvoir, et des dirigeants locaux du monde de l'industrie et des affaires de Taïwan.
Le 6 juillet, la République de Chine a réaffirmé par la voix d'un haut responsable du ministère de l'Economie sa ferme intention d'obtenir au plus tôt un siège d'observateur à l'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE).
Cette déclaration est arrivée en réponse aux propos du président américain Bill Clinton qui, en visite officielle en Chine continentale, avait quelques jours avant souligné l'opposition de Washington à l'adhésion de Taïpei à toute organisation internationale qui poserait la souveraineté comme condition d'admission d'un Etat.
Cette position, que Washington résume dans la formule dite des " trois non " -- non au soutien de deux Chine, non au soutien de l'indépendance de Taïwan et non à son adhésion à des organisations intergouvernementales -- est déjà connue depuis longtemps. La nouveauté, cette fois-ci, est que la ligne politique américaine n'avait jamais été aussi clairement énoncée en public par le chef de l'exécutif américain, au risque de sérieusement remettre en cause les efforts déployés par Taïpei pour accéder à un statut mérité sur la scène internationale.
C'est pourquoi, maintenant encore plus qu'avant, Taïwan doit se battre pour obtenir cette reconnaissance, alors que son économie figure aujourd'hui parmi les plus avancées du monde et que sa réussite n'est plus à démontrer.
Ce sujet occupe certainement une place de choix dans les discussions que M. Wang Chih-kang, le ministre de l'Economie, tient actuellement en Europe où il est en visite jusqu'au 25 juillet.