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Chaque été depuis sa fondation en 1976, le Festival d'Avignon est un événement musical, théâtral et chorégraphique. Cette année, du 10 juillet au 2 août, huit ensembles de Taïwan sont invités dans l'ancienne cité papale pour y présenter des oeuvres de leur répertoire.
Dans le domaine du théâtre, la troupe Contemporary Legend Theatre interprétera les 29 et 30 juillet, dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, Désir de royaume, une transposition de Macbeth, de William Shakespeare, dans le style de la grande épopée chinoise des Royaumes combattants (403-221 av. J.-C.). La mise en scène de Wu Kuo-chiu, conçue selon l'opéra de Pékin, comprend un livret entièrement fondé sur le style classique lyrique chinois où sont mêlés le dialogue, le chant, la musique et l'acrobatie. Approfondissant l'intrigue, un orchestre traditionnel de 22 musiciens accompagne les acteurs, les scènes martiales et les acrobaties.
Dans cet univers exotique, l'aspect psychologique des personnages est fortement imprégné du caractère de l'auteur anglais, notamment dans l'expression de l'ambition et du remords du héros. La pièce donnée pour la première fois en 1986 à Taïpei a d'abord reçu un accueil hésitant avant d'être finalement appréciée du public insulaire.
Le deuxième spectacle dans le même genre sera Le roi singe. Cette fois, il s'agit de la reprise d'une légende entièrement chinoise tirée d'une grande épopée classique, Le voyage vers l'Occident, une oeuvre de Wu Cheng'en écrite au milieu du XVIe siècle.
En fait, l'histoire retrace, sous une forme imagée et pleine de symboles si chers aux Chinois, les péripéties du parcours du bonze Xuanzang (596-664) parti vers l'Inde pour en rapporter les livres sacrés du bouddhisme. Ce voyage qui dura quatre ans (629-633) le mena à travers le Turkestan chinois, le Pamir, le Cachemire pour enfin atteindre les pays bouddhiques dans la vallée du Gange. Il y rencontra toutes sortes de peuples, de coutumes étranges à ses yeux. Les divers épisodes de son périple ont été rassemblés dans une seule oeuvre littéraire quelque neuf siècles plus tard.
Le roi singe relate quelques-unes des nombreuses aventures du héros de cette épopée. Sun Wukong, le roi des singes, espiègle et rusé, accompagne et protège le bonze dans le voyage. Cette pièce entièrement composée sur un livret d'opéra de Pékin par l'ensemble Kuo Kuang sera présentée en soirée les 1er et 2 août dans cette même cour d'honneur du Palais des Papes. L'adaptation de la mise en scène a été réalisée par Wong Tzy-yuan avec l'aide de Manuel Bernard et les conseils de l'Association française d'Action artistique (AFAA).
Dans le domaine musical, un concert particulier de musique chinoise sera offert. L'oeuvre Les voix de l'océan, composée et dirigée par Liu Jing-min, est assez représentative des musiciens de l'ensemble U- Theatre, créé en 1988 autour du compositeur. Assez inattendus et vifs pour les oreilles occidentales, ces morceaux de musique seront interprétés au moins six fois du 25 au 31 juillet à la Carrière Boulbon. Lin Jin-min tentera de faire partager la passion que son orchestre voue à la percussion orientale, tandis que Mme Wang Ying- chen accompagnera de sa voix ces mélodies d'autres latitudes.
Avec Miroirs de vie, Lin Li-chen fera, à travers sa chorégraphie, pénétrer le public dans l'envoûtement des rites religieux traditionnels chinois du 26 au 31 juillet au Cloître des Célestins. La Fête des Ames défuntes (généralement en août ou en septembre), qui se célèbre le 15 du Septième mois lunaire chinois, appelé dans l'île mois des Fantômes, marque la réconciliation entre les vivants et les morts. La danseuse Lin Li-chen et ses partenaires s'en sont inspirés dans ce spectacle mis en scène par Chang Ho-chin. Chaque année, les mânes ancestraux sortent pour un mois de l'enfer et descendent sur terre. Les humains les accueillent en offrant de nombreuses victuailles. Exprimer le respect envers eux et parfois aussi calmer leur colère contre les humains est le thème de cette chorégraphie gracieuse et colorée.
Abordant la danse classique chinoise, l'ensemble Han Tang Yuefu proposera du 27 au 31 juillet dans la cour du Musée Calvet Musiques et danses anciennes de la dynastie Han. Les musiciens de la troupe exécuteront des mélodies du nanguan, une école de musique chinoise créée dans la province du Fujian, sur lesquelles les danseurs et danseuses évolueront selon un rythme original, avec des pas mesurés à l'ancienne.
Fondée en 1983, cette troupe s'est dévouée à la renaissance des arts traditionnels de la danse et de la musique des temps anciens menacés par le développement du monde moderne. A Avignon, c'est en puisant dans des origines lointaines mais glorieuses du Céleste Empire -- notamment sous les dynasties Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.) puis Tang (618-907), dont les souverains éclairés, ayant réunifié la Chine, avaient soutenu un renouveau dans les arts et lettres -- que la troupe a monté son spectacle.
Par ailleurs, pénétrant plus profondément dans l'univers artistique chinois, le public se régalera des spectacles de marionnettes à gaine de deux troupes de Taïwan qui seront donnés durant huit jours de suite dans l'Eglise des Célestins.
La compagnie Yi-wan-jan, créée en 1931 par le maître montreur Li Tien-lu, est aujourd'hui dirigée par ses fils Chen Hsi-huang et Li Chuan-tsan. Elle présentera du 12 au 15 juillet deux spectacles remarquables, Heureuse rencontre et Voyage vers l'Occident, des thèmes pluriséculaires de la longue histoire chinoise.
On se rappelle de Li Tien-lu, qui a joué dans plusieurs films de Hou Hsiao-hsien, comme Poussière dans le vent et La cité des douleurs (Lion d'or de venise, 1989), et est resté inoubliable dans Le maître de marionnettes, récompensé du Prix du Jury du Festival de Cannes en 1993.
L'autre troupe, la compagnie Hsiao-hsi-yuan du maître montreur Hsu Wang a été fondée en 1913 par le père de ce dernier avec pour mission de sauvegarder l'art local des marionnettes à gaine. Hsu Wang, qualifié par ses pairs de " dramaturge génial " a sélectionné cinq pièces de son répertoire folklorique chinois qu'il présentera du 17 au 20 juillet. Ce sont Chongkui, le chasseur de démons, La décapitation du dragon, Wu Song chasse le tigre, Guan Gong décapite Yan Liang et La folle chevauchée, également des contes fantastiques tirés de la littérature et de l'histoire de la Chine.
A ce théâtre proprement dit, a été adjoint l'Atelier de marionnettes en bois Hsiao-hsi-yuan sous la direction de Hsu Kuo-liang, le fils de Hsu Wang, qui est parvenu à rassembler une collection remarquable de poupées à gaine ou à fils et de silhouettes pour le théâtre d'ombres, dont plusieurs ont près d'un siècle d'âge. Cet atelier a la particularité de produire lui-même les marionnettes qui évoluent au milieu de la petite lucarne du théâtre Hsiao-hsi-yuan.
Toujours au même endroit, du 12 au 20 juillet, entre les représentations de l'une ou de l'autre des deux précédentes troupes taïwanaises, la compagnie Fu-hsing-ko montrera son formidable spectacle de théâtre d'ombres. Gendre du fondateur Chang Ming- shou, le maître Hsu Fu-neng a par son habilité et son art acquis une grande célébrité dans l'île. Produisant lui-même les silhouettes qu'il taille et teint à partir de cuir de buffle, il a monté son propre spectacle en s'inspirant des contes et légendes de l'inépuisable littérature chinoise. Pour le Festival d'Avignon, il a choisi deux longues histoires, Nata sème le trouble dans la mer de l'Est, inspirée de légendes bouddhiques, et L'expédition de Zheng He dans les mers du Sud, puisée dans l'histoire des Ming (XIVe-XVIIe siècles).
Enfin, l'événement avignonais donnera lieu aussi à une rétrospective d'oeuvres cinématographiques de Taïwan qui seront projetées entre les 12 et 27 juillet au cinéma Utopia. Les projections seront suivies de débats animés par le critique Jean-Michel Frodon, et des cinéastes de l'île y participeront.
Cette année, la présence taïwanaise s'imposera au Festival d'Avignon autant par la qualité des spectacles que par leur variété, pour le plus grand plaisir du spectateur français qui ne manquera pas d'apprécier cet avant-goût de la renaissance des arts dans l'île.