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Le Festival des Arts de Taïpei 1998

PD: 05/21/98

A Taïpei, du 6 mai au 15 juin, le Festival des Arts 1998 offrira un répertoire varié et grandiose aux amateurs de danse, de musique, de théâtre et d'arts traditionnels chinois, ainsi que de divertissements familiaux. Seront également au programme plusieurs représentations de troupes étrangères et locales. Des artistes russes, brésiliens, britanniques, australiens, autrichiens, tchèques, japonais, américains et polonais ont été invités à exprimer leurs talents devant le public taïwanais à l'occasion de cet exceptionnel événement.

 En parallèle, une exposition consacrée aux grandes célébrités du monde artistique chinois sera organisée dans l'ancienne résidence présidentielle à Shihlin, dans la périphérie de Taïpei. Là, une foule admirative pourra enrichir ses connaissances sur l'histoire des arts traditionnels en revoyant quelques clichés d'époque.

 Dans le domaine de la danse, le corps de ballet russe, Les saisons russes, de Nikolaï Androssov, premier chorégraphe du groupe d'Igor Moïsseiev, inaugurera ce festival avec une représentation dans la lignée de Serge de Diaghilev (1872-1929).

La Femme de Troie, pièce théâtrale de la troupe américaine La MaMa E.T.C.  (Aimables crédits du Festival des Arts de Taïpei)
 
 

Un ensemble de danse moderne sera présenté par la troupe brésilienne Ballet Stagium dont les cofondateurs, M rika Gidali et Décio Otero, sont venus présenter trois oeuvres. Dans les nuages, Battons tambour et Rêves sont leurs dernières créations, Rêves étant joué en première pour ce festival.

 Chez les britanniques, la danse "aérienne" de la troupe Momentary Fusion, d'Isabel Rocamora et de Sophy Griffiths, tiendra en haleine le public taïpéien, alors que les Australiens d'Expressions Dance Company, de Maggi Sietsma, resteront à la hauteur de leur réputation avec Decadances.

 Quant aux Taïwanais, ils s'illustreront dans une chorégraphie syncrétique grâce à Chamber Ballet, de Neng Sheng Yu, qui a su réaliser une synthèse des arts chinois.

 Dans un style plus traditionnel, les troupes aborigènes des Saisiat et des Ami émerveilleront les spectateurs par leur répertoire de danses anciennes.

 Avec Ode à une paramécie, aux mouvements ésotériques inspirés du spiritualisme puisé dans le taoïsme traditionnel et le bouddhisme zen, Liou Shaw-lu avec sa troupe Taipei Dance Circle saura susciter l'admiration.

 Les nombreux mélomanes ne resteront pas négligés, et plusieurs orchestres de genres différents seront à l'honneur. L'ensemble Forum Music étonnera par son harmonie colorée des sons, avec notamment Arbre de pluie du compositeur japonais Tôru Takemitsu (1930- 1996).

 La musique classique européenne sera bien représentée avec l'Ensemble d'Instruments à cordes de Taïwan ou l'orchestre de chambre Cheehsin, ou encore les cuivres autrichiens de Salzbourg. Très appréciés, les grands orchestres philharmoniques interpréteront des mélodies particulièrement recherchées, comme la Cantate du Fleuve Jaune oeuvre symphonique et chorale de Xian Xinghai, la Rhapsodie de Taïwan de Wong Fou-tong, sous la baguette de Henry Mazer qui dirigera le Sinfonietta de Taïpei. Les solistes de l'orchestre de chambre tchèque ont préparé, quant à eux, un fantastique programme de plusieurs compositeurs classiques et contemporains, tandis que la musique chorale du Taipei Century Choir enchantera le public. La musique chinoise sera également honorée par le répertoire du Ju's Percussion Group sur des instruments essentiellement traditionnels.

 Les Taïwanais s'illustreront aussi dans le domaine du théâtre. Green Ray Theater est garanti d'un succès avec sa pièce inédite Cravates et hauts talons II, un essai sur la société taïwanaise moderne. Ping Fong Acting Troupe s'affirmera une nouvelle fois avec Les classifiés, une pièce dans laquelle un acteur tient plusieurs rôles. On s'étonnera du groupe japonais Shinjuku Ryozanpaku, dirigé par Kim Sujin, qui, après plusieurs tournées dans le monde, présentera une oeuvre de Kobiyama Yoichi, Le clan de la nuit, dans laquelle un jeune homme travaille la nuit sur des pannonceaux publicitaires. Ici, l'auteur est aussi acteur.

 Les Américains de La MaMa E.T.C. interpréteront une oeuvre de la Grèce antique, La femme de Troie, inspirée d'Euripide dans laquelle Andreï Serban met en scène l'histoire d'une femme emmenée en esclavage après le massacre des Troyens. Elle découvre une vie différente alors que ses pensées vont à ses compagnons qui servent dans les galères grecques.

L'orchestre complet de l'ensemble Han-Tang Yuefu jouant une mélodie ancienne de la dynastie Tang.(Liu Chen-hsiang)
 
 

 Les arts chinois seront eux aussi bien représentés. Les danses traditionnelles, entièrement recomposées sur des modèles anciens, seront exécutées par la troupe Han-Tang Yuefu, qui s'est inspirée de plusieurs opéras de l'académie impériale des arts, le Jardin des Poiriers [Li-yuan], de la dynastie Tang (618-907), et qui s'inspirent essentiellement du style du nan-guan, une célèbre école de musique chinoise. En jouant son chef-d'oeuvre Yangexing, la troupe fera goûter les particularités artistiques de cette lointaine époque.

 L'opéra taïwanais, ou ko-a hi, un opéra chinois régional chanté dans le dialecte insulaire, est offert par l'ensemble Ho-lo avec sa pièce Le banquet du cygne décrivant la politique à la cour de l'empereur Taizong -- qui a régné de 626 à 649 --, de la dynastie Tang.

 Dans la musique du nan-guan, le Théâtre Gang-a Tsui fera découvrir des mélodies sublimes qui remontent aux dynasties chinoise Song (1127-1279) et mongole Yuan (1271-1368).

 Les aficionados de l'opéra de Pékin, avec ses tours et acrobaties sur scène, seront gâtés avec Le roi singe -- Tumulte au paradis, une scène grandiose tirée de l'épopée chinoise Voyage vers l'Ouest, que joue avec faste la troupe nationale Kuo Kuang.

 Les mélodies nostalgiques de la musique hakka ne sont pas oubliées avec le récital de la troupe Pa-yin de la famille Chen de Miaoli, célébre pour son interprétation de chants originaires des montagnes du Guangdong.

 Pour les plus petits, le théâtre pour enfants Shiny Shoes les divertira avec La paille magique, tandis que le groupe Arts et Culture, avec plusieurs spectacles de marionnettes fera revivre des épopées fantastiques puisées dans les contes et légendes chinois.

 Par ailleurs, des marionnettes taïwanaises, des poupées colorées à gaine d'origine de Xiamen (Fujian) ou des silhouettes à ombre venant de Chaozhou (Guangdong), charmeront une fois de plus les petits et les grands avec leurs innombrables histoires pleines de fantaisie.

Peinture à l'huile interprété par la troupe Taipei Dance Circle de Liou Shaw-lu.(Li Ming-hsun)
 
 

 Des théâtres de marionnettes occidentales, comme les ensembles britannique de Stephen Mottram avec En suspension, tchèque de Spejbl et Hurv¡nek avec Concert de gala ou polonais de 3/4 Zusno avec Métamorphose, se joindront à cinq troupes taïwanaises, chacune présentant dans les derniers jours de cet événement exceptionnel un florilège de l'art des marionnettes, à la plus grande joie du public insulaire qui en est très friand.

 Quelque trois mille acteurs, interprètes, réalisateurs et figurants, venant de 13 pays, participeront durant quarante jours à ce festival des Arts de Taïpei 1998 qui se tiendra dans divers grandes salles et hauts lieux de la capitale, parfois même en plein air.

 La création de ce festival annuel, qui comprenait à l'origine trois saisons artistiques distinctes, remonte à 1979, lorsque la municipalité de Taïpei organisa un premier événement musical, avec l'Orchestre symphonique de Taïpei qui en vedette donna plusieurs concerts.

 Au fil des ans, des troupes locales et étrangères contribuèrent à enrichir la manifestation en présentant des opéras chinois, nationaux et régionaux, des ballets classiques, des danses modernes.

 Puis en 1988, fut inauguré le festival du théâtre avec des représentations du drame contemporain insulaire. La même année la saison des arts traditionnels était également lancée à Taïpei avec des oeuvres interprétées par des artistes chinois venant de l'une et l'autre rive du Détroit. Ces manifestations culturelles témoignaient de la volonté de la municipalité de ne pas délaisser le développement culturel de la nation au profit des activités économiques et commerciales.

 Par la suite, ces trois saisons artistiques distinctes ont été fondues en un seul grand festival au cours duquel les différents courants artistiques de Taïwan ont pu exprimer leur créativité, leur expérience et leurs techniques. Les troupes étrangères qui se produisent apportent une ouverture extraordinaire, révélant les tendances actuelles des arts dans le monde.