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La République de Chine à Taïwan dans la perspective du XXIe siècle

PD: 05/01/98

Lors d’une brève tournée aux Etats-Unis, le directeur général de l’office d’Information du gouvernement (GIO), M. Chen Chien-jen, a délivré le 24 mars un discours au Conseil des Affaires mondiales de Los Angeles (Californie), dont voici des extraits.

Les cinquante dernières années

Qu’est-ce qui distingue la République de Chine des 193 autres Etats du monde? Ses remarquables réalisations dans les domaines économique et politique en l’espace d’un demi-siècle.

Il y a 50 ans, Taïwan était une île à l’économie sous-développée et au régime non démocratique. Son commerce extérieur se montait à 303 millions d’USD, son produit national brut (PNB) à 1 milliard d’USD et son revenu par habitant à un peu plus de 100 USD.

Aujourd’hui, le gouvernement de la République de Chine, qui exerce sa juridiction sur un territoire de 36 000 km2 et une population de 21,5 millions d’habitants, dirige un pays dont le commerce extérieur, estimé à 230 milliards d’USD, se place au 14e rang mondial, dont le produit national brut (PNB) dépasse 289 milliards d’USD et dont le revenu par habitant est supérieur à 13 000 USD. Dans le monde, Taïwan a pris la place de premier fabricant d’ordinateurs portables, ainsi que de périphériques et d’accessoires informatiques, tels que scanneurs, modems, souris, etc.

Cependant, cette évolution ne se résume pas à une simple réussite économique. Une véritable démocratisation a également eu lieu. Le président et le vice-président de la République de Chine sont élus au suffrage universel direct dans une société devenue pluraliste et ouverte. Tout cela a pu être accompli grâce à la paix et la stabilité dans le pays, un système éducatif de qualité, l’éthique de travail des habitants, la compétence des dirigeants et le choix de stratégies de développement éprouvées, ainsi que, bien sûr, l’aide américaine du début.

Toutes ces performances sont d’autant plus remarquables qu’elles ont été réalisées sous la menace constante du régime de Pékin. Ces dernières années, cette hostilité a pris la forme de pressions diplomatiques exercées sur les pays du monde entier et destinées à nier collectivement la réalité suivante: la Chine est divisée en deux entités politiques distinctes ayant chacune sa juridiction et son gouvernement. Ainsi, la République de Chine se retrouve dans la position singulière d’être comptée parmi les puissances commerciales et économiques du globe et d’entretenir des liens substantiels avec le monde entier, tout en restant à l’écart de la plupart des organisations internationales et cela sans pouvoir apposer sa signature au bas des traités mondiaux auxquels elle adhère pourtant. Le plus affligeant est que ses habitants se voient refuser le droit d’être représentés au sein de la communauté internationale par le gouvernement qu’ils ont élu.

Le présent: mettre à profit les synergies

Les relations diplomatiques entre la République de Chine et les Etats-Unis ont cessé il y a 19 ans. Loin de s’étioler cependant, les relations commerciales et financières entre les deux pays ont prospéré. En 1997, le volume global des échanges commerciaux de Taïwan avec les Etats-Unis a atteint 52,8 milliards d’USD, les importations en provenance d’Amérique comptant pour 23,2 milliards d’USD, en hausse de 16,4%. Bien que le gouvernement américain n’ait pas encore officiellement fait connaître les chiffres définitifs de son commerce extérieur pour l’année dernière, on peut déjà déduire de la tendance au cours des dix premiers mois de 1997 que l’île se range probablement parmi les 7 partenaires commerciaux de l’Amérique.

Le futur: construire la réussite

Lorsque ses voisins asiatiques chercheront à se relever des troubles qui affectent la région, Taïwan aura besoin de se tenir à la pointe de la compétition. La plupart des experts s’accordent à dire que les retombées de l’actuelle crise, pour douloureuses qu’elles soient, ne sonneront pas le glas de l’expansion et de la prospérité dans cette région. En fait, ces difficultés pourraient même susciter dans certains de ces pays un mouvement de réformes économiques qui engendrera à terme une croissance durable et saine.

Il faut avoir confiance en l’avenir de Taïwan, notamment parce que son économie a été jusqu’alors moins touchée que celle de ses voisins asiatiques. En 1997, l’île a enregistré un taux de croissance de 6,8%, un taux d’inflation de 0,9% et un taux de chômage de 2,7%, sans parler de sa réserve de devises étrangères, estimée à 84 milliards d’USD, et de sa modeste dette extérieure d’environ 100 millions d’USD. Cela semble confirmer la solidité du système économique et politique en place.

Défis nationaux

Néanmoins, à l’approche du siècle prochain, la République de Chine doit relever plusieurs défis sur trois fronts.

Sur le plan intérieur, les infrastructures et les industries de Taïwan ont besoin d’être modernisées. Ces dernières décennies, après un rythme fulgurant du développement, il est nécessaire de combler un certain nombre de carences au niveau des infrastructures. Aussi, un plan de développement national pour le prochain siècle a été élaboré et sera bientôt mis en place. Destiné à transformer Taïwan en un centre d’activités économiques pour la région Asie-Pacifique (APROC), il comprend un programme de relance économique, douze grands travaux de construction et le lancement de réformes administratives. Il prône également l’amélioration de la qualité de la vie, l’établissement de systèmes de sécurité publique et de bien-être social, le développement des relations interchinoises et le renforcement du respect de la loi.

Il est prévu qu’entre 2000 et 2006, la croissance économique continuera de progresser à un taux de 6,5% à 6,7% par an. Le PNB par habitant s’élèvera d’ici l’an 2000 de 13 000 USD à 18 500 USD et atteindra 36 000 USD en 2006; les échanges commerciaux dépasseront 300 milliards d’USD en 2000, et le PNB se situera aux alentours de 400 milliards d’USD. Il faudra aussi veiller au respect de l’environnement en concevant et en réalisant les grands projets de développement publics et privés. Dans la société démocratique qui s’est édifiée à Taïwan, les électeurs connaissent et exigent désormais que la qualité de la vie s’améliore proportionnellement aux énormes progrès réalisés par l’économie.

La démocratie à Taïwan aura besoin, elle aussi, de renforcer ses institutions en vue d’améliorer la qualité du régime politique. Ces dix dernières années, l’élection des responsables, à tous les niveaux de l’Etat, est devenue une norme. Néanmoins, face au pouvoir de l’argent dans les campagnes électorales, il faut rester vigilants et imposer un plus grand respect de la loi. La société insulaire s’ouvrant au pluralisme, il existe un consensus sur la nécessité de réexaminer les valeurs sociales et les mœurs de notre temps. Les habitants qui font preuve de diligence sont capables de moderniser le pays, aussi pourront-ils désormais centrer leurs efforts sur la sauvegarde de ce qu’il y a de meilleur dans les traditions tout en les adaptant aux exigences de la modernité.

Défi des relations interchinoises

Le relèvement de défis nationaux mentionnés ci-dessus dépend plus ou moins des autorités de Taïpei. Ce n’est pas vraiment le cas sur le second domaine d’action, c’est-à-dire dans les relations avec la Chine continentale.

Sur ce front-là, on note pourtant quelques signes prometteurs dans un futur relativement proche. Le mois dernier, tout le monde a pu relever que Pékin avait modéré le ton de son discours sur la reprise du dialogue interchinois. Si cela s’avère exact, cette évolution est la bienvenue.

Il serait logique de reprendre le dialogue là où les seconds entretiens Koo-Wang auraient dû commencer en 1995, et la priorité devrait être donnée aux nombreuses questions économiques et techniques nées des échanges bilatéraux, sans toutefois se limiter à elles seules. Dès que le dialogue interchinois sera amorcé, un avenir plus brillant encore s’ouvrira tant à Taïwan qu’à la région Asie-Pacifique. La stabilité sera renforcée dès que Pékin aura mis un terme au climat d’hostilité qui règne entre les deux rives en renonçant à l’usage de la force contre Taïwan. Toutefois, les divergences réelles et profondes entre les régimes politiques et économiques de Taïwan et du continent ne pourront pas être résolues par de simples retouches rhétoriques ou superficielles. Des années de réforme sur le continent, ainsi que le développement d’une confiance mutuelle, seront nécessaires pour instaurer la réunification pacifique d’une Chine démocratique, libre et prospère. Néanmoins, Taïpei accueillera tout geste de Pékin indiquant sa volonté de reprendre le dialogue.

Défis internationaux

Sur le troisième front, c’est-à-dire la scène internationale, les défis actuels auxquels fait face la République de Chine sont également liés à la direction que prendront les relations interchinoises.

Il est parfaitement clair en la matière qu’en attendant la réunification, la République de Chine doit conserver son statut actuel qui garantit sa survie et sa progression au sein de la communauté internationale. Ses 21,5 millions d’habitants ne peuvent ni ne doivent être traités comme des citoyens de seconde classe, d’autant plus qu’ils ont développés de forts sentiments de fierté et de dignité à la suite de la démocratisation du pays. La population insulaire doit donc être respectée en toute justice et équité, comme partout ailleurs. C’est pourquoi, Taïwan maintiendra à l’avenir sa diplomatie pragmatique, en jouant un rôle positif et constructif, tant pour elle-même que pour le monde, en vue de renforcer ses relations avec d’autres pays et de participer à un plus grand nombre d’organisations ou d’activités internationales sans avoir cependant aucune intention hostile envers la République populaire de Chine.

Vision d’avenir

Actuellement bâtie sur de solides bases et à la suite des politiques actuelles de libéralisation et d’internationalisation, l’économie de la République de Chine encore plus compétitive sera mue par des mécanismes de libre échange hautement performants. Sa participation à l’organisation mondiale du Commerce assurera à Taïwan un accès sans entrave aux marchés de ses principaux partenaires commerciaux qui, à leur tour, bénéficieront d’un accès entièrement libre à son marché. Le secteur industriel insulaire aura magistralement progressé, et les investissements actuels dans les industries de haute technologie seront récompensés par des succès compétitifs.

La qualité de la vie à Taïwan se rapprochera de celle des nations industrialisées, et les efforts en faveur de la protection de l’environnement contrebalanceront les méfaits du progrès économique pour assurer un développement stable. L’île fonctionnera en tant que centre d’activités économiques pour la région Asie-Pacifique — un site névralgique pratique et utile, doté d’un personnel hautement spécialisé, au service des sociétés multinationales pénétrant les marchés des pays de la région —.

Certains entrevoient des tensions d’ordre culturel en raison du rapprochement entre les pays. Néanmoins, à Taïwan, de la confrontation d’intérêts et d’idéaux opposés naîtra le dynamisme, tandis que l’île bénéficiera de la synergie des valeurs et coutumes traditionnelles chinoises avec les notions de respect de la loi et de défense des droits de l’Homme, lesquelles caractérisent quelques-uns des meilleurs aspects de la culture occidentale moderne.

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La population de la République de Chine fière de ses réalisations économiques, politiques et sociales au cours des 50 dernières années. La réussite exceptionnelle qui est la sienne constitue un modèle de développement pour les autres nations, ainsi que pour ses compatriotes de l’autre rive. C’est en effet l’exemple éclatant de ce qu’un peuple peut réaliser à force de détermination, d’abnégation et de clairvoyance. Il redoublera d’efforts à l’avenir pour atteindre des objectifs encore plus élevés.