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Grâce à leur excellent climat d'investissement, les Pays-Bas sont devenus une destination favorite des entreprises taïwanaises qui cherchent à pénétrer le marché européen.
Véritable porte de l'Europe avec sa situation stratégique en bordure de la mer du Nord, la Néerlande est déjà le principal centre de distribution dans la partie nord du Vieux Continent, explique M. Jochem Hanse, directeur de l'Agence néerlandaise pour les Investissements étrangers.
D'après une étude mondiale portant sur les cinq années à venir, publiée par Economic Intelligence Unit, les Pays-Bas se préparent à succéder à Hongkong comme destination privilégiée pour les capitaux internationaux.
Les investisseurs taïwanais semblent être parfaitement au courant de cette tendance, puisque, plus d'une centaine d'entreprises parmi les plus célèbres, telles que le groupe Acer, les sociétés Giant et Tatung, y ont déjà investi.
Les industriels insulaires considèrent que ce pays dispose d'un régime politique stable, de réseaux bancaires solides et d'une monnaie forte. De plus, l'accès à son marché y est libre, la main- d'oeuvre qualifiée et les infrastructures hautement développées.
En d'autre termes, indique M. Hanse, les Pays-Bas sont renommés pour leur attitude positive à l'égard des industriels étrangers qui ont été séduits par son ouverture aux échanges internationaux, comme le montre le nombre croissant de sièges régionaux, de centres de distribution, d'usines d'assemblage qui y ont été installés.
Environ 20% des grandes entreprises implantées en Europe ont établi leur siège régional dans ce pays, et plus de 45% des centres de distribution qui sont apparus ces six dernières années sur le Vieux Continent y ont également centralisé leurs activités.
Depuis Amsterdam ou Rotterdam, ils ont tissé une vaste toile d'araignée qui s'étend sur l'Allemagne, le nord de la France et au- delà, insiste le directeur de l'agence néerlandaise.
Par exemple, plus de 4 000 personnes travaillent dans des centrales d'appel qui font merveille lorsqu'il s'agit de surmonter les problèmes linguistiques. Des clients du monde entier utilisent leurs services de traduction technique par téléphone.
La popularité de ces centrales d'appel montre combien les Pays-Bas sont considérés par les industriels comme la meilleure base pour développer leurs activités sur un continent où coexistent tant de cultures et de langues.
" Les consommateurs sont plus exigeants aujourd'hui. Ils font des demandes pour des produits spécifiques et aiment être servis séance tenante. C'est pourquoi il importe de posséder des lignes de production non loin des principaux débouchés ", ajoute-t-il.
Ainsi, on compte 110 entreprises taïwanaises qui ont investi aux Pays-Bas un total d'environ 200 millions d'USD, assure M. Eric Chiang, directeur du service économique du Bureau de représentation de Taïpei aux Pays-Bas. Parmi elles, 55% appartiennent au secteur informatique; les autres exercent leurs activités dans le commerce, la banque, la production de cadeaux ou de bicyclettes.
Il souligne que 45% des investissements taïwanais aux Pays-Bas seront regroupés dans la région de Rotterdam, le plus grand port européen, qui comprend de remarquables installations d'entreposage et de transport.
Environ 15% de ces entreprises insulaires ont pignon sur rue à Amsterdam, véritable ville internationale et plaque tournante des lignes aériennes mondiales. Une autre tranche de 15% d'entre elles, principalement dans le secteur de l'électronique, a préféré les régions du Brabant septentrional, où le géant néerlandais Philips a ses assises, indique ce responsable taïwanais. Enfin, une poignée de Taïwanais, comme Tatung, opèrent dans l'Est, non loin de l'Allemagne.
" Les investissements de toutes ces firmes insulaires ont promu le commerce bilatéral entre Taïwan et les Pays-Bas. Il y a trois ans, affirme M. Chiang, la Néerlande a ravi la première place à l'Allemagne comme premier débouché commercial européen de l'île, grâce à des entreprises insulaires qui s'y sont installées et qui y ont établi des entrepôts et des centres de distribution acheminant vers d'autres points à l'intérieur du continent européen les marchandises importées de Taïwan ". Celui-ci ajoute que les autorités de La Haye tiennent en haute estime les investisseurs insulaires, car ils ont suscité dans ce pays des activités de qualité.
M. Chiang cite alors quelques exemples: le constructeur d'ordinateurs Acer a participé à des activités d'aide sociale et emploie des handicapés dans ses usines néerlandaises tandis que le fabricant de bicyclettes Giant a fait don d'un parc.
Acer, certainement le plus important investisseur taïwanais aux Pays-Bas, salarie plus de 800 employés à plein temps et 200 à temps partiel dans trois usines de montage. En 1990, il a déplacé là-bas son siège social européen, précédemment situé en Allemagne et a commencé à produire l'année suivante.
Selon M. Tally Lu, président d'Acer Computer B.V., le groupe insulaire a choisi la Néerlande en raison de quatre atouts majeurs: l'excellence de l'infrastructure, le caractère international de l'atmosphère, la souplesse de la main-d'oeuvre et la rationalité du soutien bancaire.
Ainsi, Acer a investi, d'une part, 15 millions d'USD à Bois-le-Duc ('s Hertogenbosch) dans une usine de montage d'ordinateurs individuels (OI) sous sa propre marque et, de l'autre, 25 millions d'USD à Tilburg où deux autres usines produiront des OI en sous-traitance.
Pour rendre ces produits plus compétitifs, la société Acer a adopté une nouvelle stratégie. Elle expédie par bateau depuis Taïwan les composants dont les prix sont relativement stables et envoient les cartes-mères par avion, tandis que les unités centrales et les disques durs sont achetés sur place aux Pays-Bas. Tous ces éléments sont finalement assemblés dans les usines néerlandaises.
Ouvriers de l'usine de Giant Europe sur une chaîne de production. En assemblant
ses vélos aux Pays-Bas, le fabricant taïwanais peut désormais fournir immédiatement
ses clients européens. (Deborah Shen)
M. Lu insiste sur le rapport qualité-prix, puisque les pièces détachées comptent pour 90% des coûts de production, le reste étant la main- d'oeuvre. " Maintenant que les clients préfèrent des fonctions spécifiques, il faut donc adapter les produits sur place et les livrer dès que possible ", ajoute-t-il.
Pour satisfaire la demande croissante, la capacité mensuelle de production de l'usine de Bois-le-Duc a été augmentée à 420 000 unités contre seulement 10 000 en 1992.
Mais le plus grand défi que la firme taïwanaise doit relever en investissant en Néerlande n'est pas la réduction des coûts de production, mais le maintien d'un système de gestion souple.
Surmontant la différence culturelle qui sépare la direction de sa main-d'oeuvre locale, Acer a proposé à ses employés européens de devenir actionnaires de la société, cherchant ainsi à conquérir leur confiance et à renforcer son image.
Acer se place aujourd'hui en Europe au 10e rang des fournisseurs d'ordinateurs individuels (OI), indique M. Lu, citant les dernières études américaines publiées par IDC et Dataquest. En 1997, la firme occupait 3% du marché européen. Des ordinateurs qu'elle a vendus dans cette région, 70% sont destinés à l'usage professionnel et le reste à l'usage domestique.
Le marché européen compte pour 20% de l'ensemble de ses ventes dans le monde avec des recettes s'élevant à 720 millions d'USD, non compris les contrats de production sous licence. Acer souhaite devenir le cinquième fournisseur d'ordinateurs en Europe d'ici l'an 2000, affirme M. Lu.
Giant, le grand producteur de bicyclettes, est un autre investisseur insulaire qui a réussi aux Pays-Bas. Il y a installé ses quartiers généraux pour l'Europe et une chaîne de production disposant d'un réseau de distribution dans huit pays, assure M. Leo Schoomans, président de Giant Europe B.V.
Outre les facilités de transport qu'ils ont trouvé là, la qualité des relations sociales et le haut niveau de productivité ont sûrement été des facteurs décisifs qui ont pesé dans le choix des industriels taïwanais, explique M. Schoomans.
Depuis 1986, Giant vend des bicyclettes en Europe à travers sa filiale néerlandaise. Il y a deux ans et demi, le fabricant taïwanais a décidé d'y monter une usine, les ventes européennes s'élevant déjà à 300 000 unités par an.
Aujourd'hui, Giant vend chaque année plus de 400 000 unités dans 18 pays européens. Devenue opérationnelle en février 1997, son usine néerlandaise produira annuellement environ 300 000 bicyclettes d'ici la fin de l'année prochaine. Les vélos qui ne sont pas fabriqués ici sont donc importés de Taïwan.
A l'avenir, Giant projette d'accroître sa production à 500 000 bicyclettes par an, indique M. Bart Mouter, directeur des relations publiques pour la région, qui fait remarquer que l'augmentation de la production européenne profitera aux clients qui gagneront par exemple sur le temps de livraison, réduit de quatre mois à deux semaines.
" Avec un tel volume des ventes, il y avait des risques à faire venir ces produits de Taïwan, tandis que les problèmes de trésorerie et de stockage des marchandises étaient démultipliés ", dit M. Schoomans. Giant a donc préféré s'implanter sur place pour satisfaire la demande croissante.
" Les rapports entre le client et le producteur seront plus étroits, et il sera plus facile de tenir compte des goûts et des préférences sur place en Europe. Giant pourra alors s'adapter plus rapidement à l'évolution de ce marché ", indique M. Mouter.
M. Frank Yang, directeur général de l'usine néerlandaise de Giant, un des quatre cadres taïwanais employés dans la filiale, souligne que les activités européennes ont permis d'améliorer l'équipement des vélos. Aux Pays-Bas, il est nécessaire de satisfaire les exigences du client, ainsi que de répondre aux normes les plus strictes concernant la protection de l'environnement, ajoute-t-il. En Europe, les cadres de vélos sont pulvérisés de peintures à base d'eau, puis celles-ci sont recyclées dans l'usine même. Produire ici a donc accru les coûts, mais en contrepartie, la firme n'a plus à acquitter la taxe de 17% sur les cycles que Giant n'importe plus de Taïwan.
Quant à l'encadrement, M. Schoomans explique qu'une société à capitaux étrangers qui s'installe aux Pays-Bas a tout intérêt à employer une direction néerlandaise, car celle-ci sera plus familière avec le marché, les conditions sociales et la législation locale.