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Les sciences deviennent accessibles à tous

PD: 12/21/97

Les publications de vulgarisation scientifique font fureur en ce moment à Taïwan et représentent une aubaine pour les maisons d'édition et les librairies de l'île.

 Au cours des dernières années, les livres à thème scientifique ont ici remporté un succès sans précédent dans l'île. Conséquence de l'explosion des ventes, les maisons d'édition sont de plus en plus nombreuses à prendre en marche le train, afin de saisir l'opportunité de s'emparer d'une part de ce marché en plein essor.

 Commonwealth Publishing Co., l'un des leaders de ce secteur, a vendu plus de 760 000 exemplaires de ses ouvrages de vulgarisation scientifique, ce qui a représenté la coquette somme de 7,1 millions d'USD de revenus pour cette maison d'édition de Taïpei.

 Surely you're joking, Mr. Feynman, l'autobiographie d'un scientifique, est son best-seller. Publié en 1993, ce livre a déjà été vendu à plus de 80 000 exemplaires.

 Les anciennes générations de lecteurs semblaient craindre les sujets scientifiques, jugés compliqués et ennuyeux. Cette aversion paraît cependant s'être transformée en puissant engouement.

Les ouvrages de vulgarisation scientifique se vendent remarquablement bien à Taïwan ces derniers temps. Une histoire de la recherche sur les serpents venimeux à Taïwan, signée par deux auteurs taïwanais, est le premier ouvrage rédigé dans l'île sur ce sujet.
 
Commonwealth a fait paraître son premier livre en 1991. Depuis lors, cette maison d'édition a publié 42 ouvrages consacrés à différents thèmes scientifiques.

 "C'est un véritable phénomène", déclare M. Wu Cheng-yuan, responsable de l'édition de vulgarisation scientifique chez Commonwealth, à propos de l'expansion rapide du marché.

 Dans de nombreux pays, les ouvrages de vulgarisation scientifique ne représentent qu'une petite portion du marché. "Mais c'est totalement différent à Taïwan", souligne M. Wu Cheng-yuan.

 Les titres, qui portent sur la façon dont le cerveau agit, les fonctions des bactéries ou le darwinisme jouissent de fortes ventes dans les librairies de Taïwan. Parmi les autres thèmes à succès, on compte la génétique, l'évolution de la Terre et les secrets des concepts mathématiques.

 Les traductions en chinois de livres étrangers sont les publications les plus prisées. "Nombre d'entre elles restent pendant longtemps numéro un des ventes dans les librairies. Mêmes les éditeurs étrangers sont impressionnés", affirme M. Wu Cheng-yuan.

 M. Lin Jung-sung, rédacteur chez Commonwealth, fait remarquer que les livres de vulgarisation scientifique sont différents des travaux de science-fiction qui sont des récits inventés.

 "La vulgarisation scientifique concerne des gens et des faits réels", rappelle M. Lin Jung-sung. Bon nombre de ces publications sont des biographies de scientifiques. Il ajoute que d'autres livres sont entièrement consacrés à l'examen des mystères de la science.

 "Les bons auteurs de vulgarisation scientifique exposent des théories complexes en un langage simple qui permet au public de les comprendre", déclare M. Lin Jung-sung.

 Quand les premiers ouvrages de vulgarisation scientifique publiés chez Commonwealth ont fait leur apparition dans les librairies il y a six ans, les éditeurs étaient loin d'imaginer l'importance que prendrait aujourd'hui ce marché. "Le créneau comprenait principalement des magazines ayant trait aux sciences dont la plupart étaient destinés à un public enfantin", explique M. Lin Jung- sung.

 Très vite cependant, les lecteurs ont commencé à envahir les librairies à la recherche de livres qui permettraient d'approfondir leur connaissance du monde. De nombreux jeunes adultes font preuve de beaucoup d'intérêt pour les titres de vulgarisation scientifiques qu'ils lisent pendant leurs loisirs.

 "Quand le doute les envahit à propos de l'avenir, ils se tournent vers ces ouvrages à la recherche d'une inspiration qui puisse les aider à continuer", explique M. Lin Jung-sung.

 Les livres à thèmes scientifiques permettent aux jeunes de développer leurs capacités analytiques et les préparent aux défis de demain. "Les lecteurs se rendent compte de l'importance du sérieux dans le travail", fait remarquer M. Lin Jung-sung. "Ils apprennent à évaluer.

 Les jeunes gens et jeunes filles qui poursuivent des études représentent la plus grande part des lecteurs de publications de vulgarisation scientifique à Taïwan. Une enquête menée par Commonwealth a révélé qu'environ 40% du lectorat local est composé d'étudiants.

 Les professeurs de sciences et les professionnels travaillant dans ce domaine constituent 30% du marché, le pourcentage restant étant représenté par un lectorat composite. Il s'agit pour l'essentiel de personnes travaillant dans la publicité, les communications, la comptabilité et la finance.

 Selon M. Wu Chen-yuan, de nombreuses personnes sondées déclarent lire des ouvrages de vulgarisation scientifique durant leurs heures de détente, afin d'approfondir leurs connaissances et de progresser dans leurs études. "D'autres voient ces livres comme une façon de nourrir leur imagination et de renforcer leurs capacités rédactionnelles", ajoute-t-il.

 Bien que ces publications visent principalement un public adulte, il n'est pas rare de trouver des enfants d'âge scolaire passionnés de lectures de vulgarisation scientifique. M. Wu Chen-yuan se souvient avoir vu un élève de quatrième année du cours élémentaire, un exemplaire de The great dying entre les mains, écoutant attentivement une conférence donnée par l'auteur du livre. Un élève de sixième année a également écrit un jour à Commonwealth pour exprimer son intérêt pour Mr. Feynman.

Parmi les 42 titres de vulgarisation scientifique publiés chez Commonwealth, L'histoire de la recherche sur les serpents venimeux à Taïwan, est le seul livre rédigé dans l'île. Il est l'oeuvre de deux auteurs taïwanais.

 La grande majorité des ouvrages de vulgarisation scientifique que l'on trouve à Taïwan sont des traductions de livres étrangers. M. Lin Jung-sung attribue ce phénomène à la difficulté de produire des sujets locaux adaptés.

 "Il n'est pas facile de trouver des thèmes scientifiques propres à Taïwan sur lesquels une recherche satisfaisante a déjà été effectuée. Il y a deux ans, Commonwealth a commencé à chercher des sujets mais n'a trouvé, au niveau local que celui des serpents venimeux", explique M. Lin Jung-sung.

 "Nous avons pu nous servir de ce thème parce que Taïwan possède une longue histoire en matière de recherche sur les serpents venimeux. Les études menées à Taïwan sur le sujet ont été les premières à bénéficier d'une reconnaissance internationale", ajoute- t-il.

De jeunes clients feuillettent des ouvrages de vulgarisation scientifique dans une librairie de Taïpei. Selon une enquête menée récemment, les étudiants d'un niveau supérieur au lycée représentent le plus important marché pour ces publications à Taïwan.(Chen Mei-ling)
 
 
 

 A l'heure actuelle, Commonwealth envisage les possibilités de publier un livre sur l'hépatite. La grande fréquence des maladies du foie depuis fort longtemps à Taïwan a incité de nombreux spécialistes locaux à s'intéresser au sujet. "De nombreux chercheurs des Etats- Unis sont aussi venus pour en apprendre davantage sur les cas qui se présentent à Taïwan", fait remarquer M. Lin Jung-sung.

 Mais pour l'essentiel, le processus long et difficile de recueil de documents sur les thèmes locaux constitue un énorme obstacle pour les auteurs taïwanais ambitieux.

 M. Chen Heng-piao, un spécialiste de l'institut de la Recherche sur les forêts de Taïwan, résume le problème en quelques mots. "Même si vous avez déjà un sujet en tête, vous ne parvenez pas à trouver des informations utiles dans les bibliothèques", explique-t-il.

 Qui plus est, ceux qui se lancent dans la rédaction d'ouvrages scientifiques à Taïwan ont tendance à travailler pour leur propre compte. M. Lin Jung-sung souligne que de nombreux professeurs d'université de Taïwan publient principalement des essais dans le but de promouvoir leurs carrières personnelles.

 "Ces professeurs évitent les traductions et les thèmes destinés au grand public parce que de tels travaux ne rehaussent pas leur standing professionnel", ajoute-t-il.

 Une autre difficulté réside dans le fait que le système éducatif ne forme pas, d'une manière générale, d'individus versés dans les sciences qui soient en même temps bons écrivains. Très tôt dans le cursus, les étudiants de Taïwan sont orientés soit vers le cycle technique ou scientifique soit vers le cycle littéraire.

 En conséquence, les scientifiques et les ingénieurs ont tendance à éviter la rédaction d'ouvrages d'intérêt général et éprouvent des difficultés à exprimer des théories complexes dans les termes du profane.

--D'après Popular science a publishing bonanza
de Diana Lin, in The Free China Journal,
Taïpei, 28 novembre 1997 (p.5).