En prenant le 1er février les rênes du nouveau gouvernement, au cours d'une cérémonie officielle organisée au Palais présidentiel, M. Yu Shyi-kun a déclaré qu'il placerait en tête de ses priorités la stabilité politique, la compétitivité économique et l'harmonie sociale.
Succédant à M. Chang Chun-hsiung, qui devient conseiller du président de la République, le nouveau chef du gouvernement est convaincu que l'île a connu d'intenses périodes de changement ces dernières années, notamment à la suite du mouvement de réforme démocratique qui a permis l'alternance au sommet de l'Etat. Il reste maintenant, selon le Premier ministre, à renforcer la confiance mutuelle et les échanges positifs qui existent entre les différentes forces politiques nationales.
M. Yu Shyi-kun a exprimé le souhait de voir ainsi s'établir une interaction positive entre le Cabinet, qu'il dirige, et le Yuan législatif, fondée sur une confiance qui irait au-delà des simples limites partisanes, afin de garantir au pays les bases nécessaires à sa stabilité et à son essor.
L'un des plus importants défis à relever est donc d'ordre économique, a-t-il reconnu, au moment où Taïwan traverse une période de transition marquée par le ralentissement de la croissance lié à la mauvaise conjoncture internationale et, à la fois, par le regain de concurrence résultant de la libéralisation économique dans la foulée de l'accession à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). Il propose par ailleurs de mettre l'accent sur le développement des technologies qui permettront d'accroître la prospérité tout en préservant la qualité de vie.
Car l'autre grand volet de la politique du Premier ministre porte sur le social et la culture, deux dimensions qui lui paraissent essentielles pour l'avenir du pays. Il a en outre promis d'intensifier la lutte contre les fléaux que représentent le crime organisé et la corruption, reprenant à son compte les engagements non seulement de son prédécesseur mais aussi du président Chen Shui-bian.
Abordant la question des relations avec l'autre rive du détroit de Taïwan,
le Premier ministre s'est félicité des récentes ouvertures de la Chine
continentale. Elles dénotent, selon lui, un plus grand pragmatisme des
autorités de Pékin qui, en invitant chez elles des dirigeants démocrates-progressistes,
accepteraient enfin de reconnaître le jeu démocratique dans l'île.
Si M. Wang Jin-pyng (Kuomintang- KMT) a été réélu haut la main à la présidence du Yuan législatif, il aura fallu en contrepartie deux tours de scrutin pour attribuer la vice-présidence qui est finalement revenue à M. Chiang Pin-kung, lui aussi membre du KMT, élu avec 115 voix, soit 9 de plus que son rival malheureux du Parti démocrate-progressiste (PDP).
La réélection sans difficulté de M. Wang Jin-pyng, dans la matinée du 1er février, ressemblait plus à une formalité, puisque les grandes formations politiques étaient tombées d'accord pour le reconduire dans ses fonctions à la tête du Yuan législatif où ses qualités, notamment sa modération et son sens du compromis, sont largement appréciées. C'est donc une mobilisation sans précédent pour ce type de scrutin qui s'est produite derrière la personne de M. Wang Jin-pyng, ce dernier obtenant les suffrages de 218 des 225 députés que compte la législature.
Mais l'entente a pris fin dans l'après-midi du même jour, et les tensions entre les différentes forces politiques sont vite réapparues à l'occasion de l'élection du vice-président du Yuan législatif. Deux tours de scrutin ont été nécessaires pour départager les candidats, le premier vote n'ayant pas permis à M. Chiang Pin-kung d'atteindre la majorité nécessaire de 113 voix, 2 suffrages lui manquant, alors que son adversaire du PDP, M. Hong Chi-chang, le talonnait avec 108 voix.
Tard dans la soirée, le deuxième tour s'est déroulé dans une ambiance tendue, chacun des camps politiques s'employant à mobiliser ses troupes et à persuader les députés, sous la menace de sanctions, de faire preuve de discipline pour qu'ils ne trahissent pas les consignes de vote dictées par les partis. C'est finalement en la faveur du camp du KMT allié au Parti pour le Peuple (PPP), de M. James Soong, que l'intense partie de lobbying a tourné, la candidature de M. Chiang Pin-kung parvenant finalement à réunir 115 suffrages contre 106 seulement pour celle de son adversaire principal.
Concédant sa défaite, le PDP n'a donc pas réussi à s'imposer dans la nouvelle législature, pas plus qu'il n'avait pu le faire dans la précédente, même si entre-temps le nombre des sièges passés sous son contrôle a progressé au point de lui assurer la position enviée de premier parti politique de l'île.
M. Hong Chi-chang n'a pas obtenu plus de voix en échange du soutien du PDP à la candidature du KMT Wang Jin-pyng, comme les stratèges du parti l'avaient espéré. Quant à l'apport supplémentaire des treize voix des députés de l'Union Solidarité Taïwan, la nouvelle force politique apparue à l'occasion du scrutin législatif de décembre dernier, il n'a pas non plus suffit à contrebalancer le poids de l'alliance KMT- PPP qui s'était forgée en faveur de M. Chiang Pin-kung.
Un règlement de compte dans les rangs du PDP a suivi ce revers.
Deux de ses députés sont en effet soupçonnés d'avoir apporté leur voix
à l'autre camp, après avoir refusé de montrer à leurs collègues leur bulletin
de vote durant le scrutin, contrairement aux directives données par leur
parti. La commission disciplinaire du PDP décidera s'il y a lieu de prendre
ou non des sanctions à leur égard.
Le nouveau ministre de la Défense nationale, M. Tang Yiau-ming, a annoncé le lancement prochain d'une phase de réduction des effectifs militaires dans le cadre de la mise en Ïuvre du plan de modernisation des forces armées.
M. Tang Yiau-ming a donc pris l'initiative de relancer l'exécution de ce plan que son prédécesseur, M. Wu Shih-wen, avait délibérément laissé de côté durant son passage au ministère de la Défense nationale. Le nouveau ministre a précisé que la restructuration prévue se déroulerait à partir de 2003 et, étalée sur une période de 3 ans, viserait à réduire de 15 000 hommes annuellement les effectifs militaires, ce qui les porteraient à environ 350 000 hommes, toutes armes confondues.
Le but de l'opération est, bien sûr, d'améliorer la capacité de combat des forces armées qui recevront, en contrepartie, de nouveaux équipements plus performants, afin de faire face à la menace militaire constante exercée par la Chine continentale. Celle-ci, en effet, disposerait dans le sud-est du pays de plus de 300 missiles balistiques pointés vers Taïwan, un chiffre qui pourrait passer à 800 d'ici à 2006, affirment des sources au ministère de la Défense nationale.
M. Tang Yiau-ming a confirmé que les forces armées insulaires seraient bientôt équipées d'un nouveau système antimissile à basse-altitude mis au point localement, qui viendra s'ajouter aux fameuses batteries antimissile Patriot fournies par les Américains dans une version améliorée et qui sont déjà en service dans l'île.
Ancien chef d'état-major général interarmes, le général Tang Yiau-ming, qui vient de l'armée de terre, est né à Taïwan et, à ce titre, est le premier natif de l'île à avoir assumé le commandement des armées et pris la tête du ministère de la Défense nationale. Sa carrière a connu une accélération au milieu des années 90 lorsque le président Lee Teng-hui a choisi de lui confier des responsabilités plus importantes. Il s'est taillé ensuite une très bonne réputation en engageant l'armée dans des opérations réussies de secours aux civils.