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M. Yu Shyi-kun prend la tête du nouveau gouvernement

PD: 02/01/02

M. Yu Shyi-kun a été nommé Premier ministre le 21 janvier, en remplacement de M. Chang Chun-hsiung qui quitte le gouvernement avec la satisfaction d'avoir réussi une alternance politique difficile au début de la présidence de M. Chen Shui-bian et résisté du mieux possible aux coups portés à l'économie insulaire par le ralentissement de la croissance mondiale.

La formation d'un nouveau Cabinet était prévue dans la foulée du rééquilibrage des forces au Yuan législatif qui a résulté du scrutin de décembre dernier. Le Parti démocrate-progressiste (PDP), s'il n'a pas obtenu la majorité absolue qu'il espérait, n'en a pas moins franchi une étape importante en se posant comme le premier parti de l'île, contrôlant désormais 87 sièges sur un total de 225 au sein de la législature.

Sorti renforcé par le succès de son parti, le président de la République peut donc se permettre aujourd'hui d'affermir sa ligne politique. Dans cette optique, le choix de M. Yu Shyi-kun aux commandes du gouvernement n'est pas une surprise. Le nouveau Premier ministre est largement vu comme un fidèle du chef de l'Etat, dont il est un proche de longue date. Considéré comme un homme capable, ayant pendant huit ans dirigé le hsien d'Ilan, il a déjà travaillé avec M. Chen Shui-bian, lorsque celui-ci occupait le fauteuil du maire à Taïpei, supervisant pour lui le réseau du métro dans la capitale.

 Nommé vice-Premier ministre en mai 2000, il dut quitter ces fonctions deux mois plus tard, endossant la responsabilité du drame de la Pachang qui se déroula le 22 juillet de cette année-là. La lenteur et l'incapacité des secours à sauver de la noyade quatre personnes cernées par la rapide montée des eaux d'une rivière en crue avait alors suscité dans l'île un tel mouvement d'indignation que le nouveau gouvernement s'était senti soudainement déstabilisé. La démission à l'époque de M.Yu Shyi-kun avait permis de désamorcer la crise qui s'annonçait, celui-ci se voyant offrir, dans l'attente de son retour sur le devant de la scène politique, le poste de secrétaire général de la Présidence de la République.

 L'annonce de la composition de l'équipe gouvernementale a reçu un accueil positif dans les milieux d'affaires de l'île, satisfaits de voir que l'accent avait été mis cette fois-ci davantage sur la dimension économique, tant par le choix des personnes qu'au travers de la répartition des fonctions.

Ainsi, M. Lin Hsin-i, le ministre de l'Economie sortant, est élevé à la position de vice-Premier ministre, occupant concurremment la présidence de la Commission d'Etat de la Planification et du Développement économiques. Ancien vice-président de China Motors, un groupe qu'il a contribué à transformer avec succès, M. Lin Hsin-i connaît fort bien le monde insulaire des grandes entreprises et des patrons.

 L'entrée à deux postes clés de fortes personnalités issues elles aussi du monde de l'entreprise vient renforcer cette orientation économique. Mme Christine Tsung, présidente de China Airlines, se voit confier le ministère de l'Economie, tandis que M. Lee Yung-san, président d'International Commercial Bank of China, hérite du portefeuille des Finances.

 Plus économique et moins politique, la composition du nouveau gouvernement révèle que le PDP sait aussi attirer des personnes compétentes et les placer à des postes de responsabilité, prouvant ainsi qu'il compte aussi des talents dans ses rangs et que, s'il le faut, il sait en trouver ailleurs.

M. Chen Shui-bian avait choisi, en arrivant au pouvoir en mai 2000, de nommer à la tête du gouvernement l'ancien ministre de la Défense, M. Tang Fei, un membre du Kuomintang (KMT) et donc de l'opposition, mais cela avait été fait dans le but d'assurer la stabilité à un moment où une alternance difficile se profilait. Plusieurs autres personnalités de ce parti se virent, pour les mêmes raisons, confier elles aussi des portefeuilles ministériels dans un mouvement qui a été poursuivi par le PDP Chang Chun-hsiung, lorsque celui-ci a succédé à M. Tang Fei en octobre 2000.

Le KMT, qui s'était résigné il y a deux ans à accepter ces nominations, s'est cette fois-ci refusé à toute nouvelle forme de participation à un gouvernement dominé par le PDP. Ce qui place le parti nationaliste dans une situation difficile face à ceux de ses membres qui ont été reconduits dans leurs fonctions gouvernementales -- par exemple, M. Yang Te-chih, à la Commission d'Etat de la Reconversion professionnelle des Militaires -- ou ceux qui ont accepté un portefeuille ministériel -- le général Tang Yiau-ming, à qui est revenu le ministère de la Défense nationale, ou M. Chen Chien-nien, à la Commission d'Etat des Affaires aborigènes.

Pour 45 postes à pourvoir, soit un de plus qu'auparavant, le nouveau Cabinet compte 43 membres, en raison de deux cumuls. Dix-neuf membres du précédent gouvernement ont été reconduits et, nouveauté, les fonctions de porte-parole du gouvernement et de directeur de l'Office d'Information du Gouvernement, traditionnellement détenues par une personne, sont désormais dissociées. Le nombre de femmes ne changent pas -- elles sont toujours huit --, mais avec l'arrivée de Mme Tsung à l'Economie, elles gagnent un ministère de tout premier plan.

L'orientation du nouveau Cabinet est définitivement économique, mais certains commentateurs ont ajouté une autre dimension en parlant de " gouvernement combatif ", sous-entendant que M. Chen Shui-bian aurait mis en place une équipe idéale dans la perspective du scrutin présidentiel de 2004.

Dans tous les cas, le PDP est désormais aux commandes, et il dispose de deux années pour montrer qu'il a les moyens de diriger le pays.