Contenu (Société)

 

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Nouvelles mesures en faveur du développement des connaissances

PD: 01/21/02

Le texte de loi permettant à la population adulte de Taïwan de faciliter en permanence l'accroissement de ses connaissances, l'élargissement de ses compétences, ainsi que son enrichissement personnel, a été approuvé le 2 janvier par la Commission de l'Education et de la Culture du Yuan législatif (Parlement). Ce texte repassera devant le Yuan législatif qui procédera prochainement à son vote définitif.

 Dans l'esprit des législateurs, les nouvelles dispositions cherchant à mobiliser l'ensemble des citoyens devraient à terme permettre à Taïwan, au niveau de la qualification professionnelle de sa population, de renforcer sa compétitivité dans le monde. Quel que soit leur âge et durant toute leur vie, les Taïwanais seront donc encouragés à persévérer dans leurs études, afin d'accroître et de diversifier leurs connaissances.

 La future loi prévoit que les municipalités et les hsien (districts) établissent dans leur circonscription des universités locales, qui, en coordination avec d'autres établissements éducatifs, économiques, sociaux ou culturels déjà existants, comme les bibliothèques, les musées, les centres régionaux d'activités culturelles, ainsi que les associations éducatives et culturelles privées, offriront des programmes d'étude aussi variés que possibles, en fonction des besoins du public.

Les cours, les programmes ou les activités de ces établissements universitaires régionaux seront ouverts à tous, en priorité -- il s'agit d'une originalité des nouvelles dispositions -- aux travailleurs et aux membres des groupes sociaux moins favorisés, tels que les aborigènes, les handicapés physiques, les familles à faibles revenus ou les chômeurs. Les salariés se verront garantir le droit, durant leurs horaires de travail et sans perte de salaire, de poursuivre des études dans ces universités afin de parfaire leurs connaissances et rehausser leurs qualifications dans un domaine professionnel donné. Le patronat privé n'aura sans doute pas les mêmes obligations envers ses employés que l'Etat, néanmoins il sera fortement encouragé à s'engager dans cette grande entreprise nationale d'enrichissement de la connaissance.
 



 
 

Shenkeng, la ville du tofou

PD: 01/21/02

Au premier coup d'oeil, la petite ville de Shenkeng, dans la banlieue sud de Taïpei, et à l'est du quartier de Mucha, ne semble pas se distinguer des autres communes du hsien (district) de Taïpei. Les rues ne présentent aucune particularité à l'exception du fait que le tracé de l'artère principale existe depuis quelque deux cents ans. Même si deux vieux arbres à un bout de rue servent de point de repère depuis des années, ils ne s'imposent pas particulièrement, alors que le petit cours d'eau Chingmei qui arrose la ville ajoute beaucoup plus de charme au lieu.

Pourtant, une chose continue d'assurer la popularité de Shenkeng: la variété unique de pâte de soja, ou tofou*, qui y est produite. Peu de gens auraient pu imaginer que cette petite ville de 50 000 âmes, qui a longtemps dépendu de ses ressources minières et de ses plantations de thé, devienne un jour une destination touristique en raison des petits plats au tofou que l'on y sert.

Selon l'historien Lin Wang, la majorité des habitants de Shenkeng sont des descendants d'immigrants venus d'Anxi, dans le Fujian, appartenant au clan Chen qui fabriquait au XIXe siècle une variété particulière de tofou.

 M. Chou Po-hsien, directeur d'un petit restaurant de Shenkeng, explique que la famille Chen utilisait plus de soja et moins de gypse (sulfate de calcium hydraté, une substance blanche précipitant le caillement du lait de soja), dans la fabrication de son tofou, les résidus qui restaient immanquablement au fond des casseroles ou des poêles lui donnant son goût unique de fumé. Cette pâte est plus jaunâtre que celle de fabrication ordinaire.

Aujourd'hui, seuls les membres de cette famille produisent encore ce genre de tofou, dont les habitants de Shenkeng ont contribué à répandre la réputation, en l'utilisant dans un grand nombre de recettes au point d'en faire un commerce assez lucratif, qui, dans la localité voisine de Shihting, a incité une autre famille à créer ses propres plats afin de profiter à son tour de cette popularité.

 Savoir exactement quand le tofou est entré dans la gastronomie chinoise est assez difficile. L'histoire la plus communément évoquée est celle du prince de Huainan, Liu An (179-122 av. J.-C.), petit-fils de l'empereur Gaozu des Han. Un jour, la mère du prince, friande de soja, tomba malade et dût s'aliter. Son fils craignant une indigestion imagina de moudre les haricots en poudre qu'il dilua dans un peu d'eau pour nourrir sa mère. Cependant, la préparation qui avait caillé l'intrigua. Liu An prit d'autres légumes et tenta la même expérience sans parvenir au même résultat. Finalement, il s'aperçut qu'une poudre blanche (le sulfate de calcium naturel) avait provoqué le caillement du lait de soja, donnant le tofou, un ingrédient culinaire fort répandu dans la cuisine chinoise et diversement préparé depuis ce temps.

 L'assimilation de Shenkeng au tofou remonte à quarante-cinq ans, quand une famille, nommée Wang, mit au menu de son restaurant des plats au tofou fabriqué par la famille Chen. Son établissement gagnant en popularité, la famille Wang dut l'agrandir vers le milieu des années 80. D'autres restaurants de l'endroit, voyant une opportunité, imitèrent les Wang, servant eux-aussi la spécialité locale. Tout le monde n'apprécie pas forcément le tofou de Shenkeng, mais sa saveur unique a peu à peu attiré l'attention.

Arrêt gastronomique
Aujourd'hui, tout au long des 230 mètres de la vieille rue de la petite ville, on trouve diverses échoppes où l'on peut se régaler de tofou et d'autres snacks taïwanais, comme les petits gâteaux au riz glutineux.

 On mange de la pâte de soja un peu partout dans l'île, mais, à Shenkeng, les préparations culinaires sont variées -- à la vapeur, sautée, mijotée ou frite. C'est peut-être la raison pour laquelle la vieille rue de Shenkeng est si impressionnante, s'exclament les amateurs qui vantent les mérites du tofou, parce qu'il est peu cher et surtout nutritif, riche en protéines et avec une faible teneur en cholestérol. Celui de Shenkeng est également apprécié par les personnes souffrant de calculs biliaires, car il contient moins de sulfate de calcium, insiste M. Chou Po-hsien

 Le tofou de Shenkeng a aussi gagné ces dernières années sa réputation grâce aux efforts déployés par les pouvoirs publics pour la promotion de la culture locale. La presse insulaire a publié de longues pages illustrées pour couvrir les différentes communautés de Taïwan, toute dévouée à mettre en valeur les caractéristiques d'une région. Shenkeng et son tofou ont attiré beaucoup de reporters, des journalistes de Hongkong ou du Japon, précise une marchande qui, depuis deux ans, vend des brochettes de tofou, dont la popularité a été criée sur tous les toits et a incité des émules qui tentent de copier sa formule. Sa réussite réside probablement en l'assaisonnement du mets, un secret de la maison.

 Les énormes perspectives de succès dans l'ouverture d'une échoppe ont aussi poussé M. Chu Jung-liang à ouvrir un petit restaurant il y a trois ans. Sa clientèle comprend maintenant de nombreux gourmets tant de Taïwan que de l'étranger, surtout de Hongkong. Il souligne qu'au moins un itinéraire touristique conseillé aux visiteurs de l'ancienne colonie britannique comprend une étape dans les rues commerçantes du nord de Taïwan, comme celles de Sanhsia ou de Tamsui. La rue de Shenkeng est devenue un " must ". Cela a bien sûr encouragé les habitants, même si, par mauvais temps, constate-t-il, les affaires sont moins bonnes.

M. Chou Po-hsien concède que le tourisme montant de Shenkeng doit beaucoup aux médias. Lorsque le gouvernement du hsien (district) de Taïpei a tenu le Festival du Tofou dans la petite ville en novembre dernier, elle fut le sujet de nombreux reportages. Avec un budget de 4,5 millions de TWD (env. 145 000 EUR) alloué à cette manifestation, les autorités du hsien ont voulu, dans leurs efforts de promotion des spécialités touristiques de différentes localités du district, améliorer l'image de la petite ville.

Entre 30 000 et 40 000 personnes ont visité la petite ville durant le festival, dont le clou fut la fabrication d'un immense bloc de tofou de deux mètres sur deux, probablement un record mondial. Plusieurs recettes ont été préparées à l'occasion et publiées sur de petites brochures distribuées deux semaines plus tard lors d'une foire alimentaire organisée par les autorités locales.

Un atout de valeur
Maintenant que la foule grouille dans les rues de Shenkeng durant les week-ends et les vacances, achetant du tofou à emporter, les responsables municipaux espèrent que les touristes prendront aussi le temps de visiter les autres points d'attraction de la ville, comme la vieille maison de Yung An, le seul monument historique de Shenkeng. Cette demeure, construite il y a 87 ans par la famille Huang, l'une des plus riche de la ville à l'époque, est toujours habitée par les descendants des premiers propriétaires. Elle représente un des fleurons de l'architecture de ce temps-là.

Par-delà la spécialité culinaire locale qui a son intérêt, on peut aussi apprendre beaucoup sur l'histoire de cette région et en tirer quelque enrichissement, souligne Mme Lu Yu-huan, le maire de Shenkeng.

 " J'espère que le festival du tofou attirera davantage l'attention des pouvoirs publics sur notre ville. Si Shenkeng sait charmer un grand nombre de touristes, elle méritera un budget plus important pour son développement ", indique Mme Lu Yu-huan, qui préconise le prolongement de la ligne de métro de Mucha jusqu'à Shenkeng, afin de faciliter l'accès de sa ville aux visiteurs taïpéiens. Elle a aussi proposé de créer un musée du tofou pour sceller l'histoire de la petite ville.

 L'avenir de la vieille rue reste cependant un sujet préoccupant. En 1989, le hsien de Taïpei a lancé un plan d'urbanisme qui comprend la démolition des anciennes maisons riveraines. Depuis, des procédures d'expropriation ont commencé, mais, devant la montée du tourisme à Shenkeng, ce plan a fait l'objet de critiques. La vieille rue n'ayant jamais été aussi animée, son étroitesse ne semble pas poser de problème. Si elle est élargie, elle perdra son attrait et, en conséquence, son intérêt touristique. Beaucoup apprécient le charme de la rue étroite -- pleine de monde et aux activités nombreuses -- où l'on peut faire des emplettes dans les boutiques de part et d'autre de la rue.

 Mme Lu Yu-huan veut garder la vieille rue, ce genre de lieu de souvenir se faisant rare aujourd'hui à Taïwan, d'autant plus qu'elle est une bonne source de revenus pour la plupart de ses administrés. Il apparaîtrait possible de modifier le plan dans sa première version, grâce à l'accent de plus en plus porté sur le retour aux racines culturelles un peu partout dans l'île et à la pression des commerçants locaux. Déjà, le gouvernement du hsien de Taïpei a accepté de reconsidérer la situation et de prendre en compte les options qui permettraient de conserver la vieille rue.

Toutefois, si le plan initial devait être mis en oeuvre, Shenkeng perdrait son âme et deviendrait une autre de ces nombreuses agglomérations fades et sans traits distinctifs. A l'heure actuelle, dès qu'on parle de Shenkeng, c'est le tofou qui vient à l'esprit, et il ne viendrait à l'idée de personne, semble-t-il, de dissocier la petite ville de sa vieille rue ou de sa spécialité culinaire.

Oscar Chung
Taipei Review
NDLR. Le tofou (m.), néologisme tiré du chinois (doufu) pour désigner la caillebotte égoutée du lait de soja, souvent appelée " pâte de soja " ou même " fromage de soja ". On a aussi écrit quelque temps dâu- phu, l'orthographe vietnamienne aujourd'hui obsolète en France.