Pour célébrer avec la communauté musulmane de Taïpei la fête de l'Aïd-el-Fitr, qui tombait cette année le 17 décembre, la municipalité de Taïpei avait invité le chanteur populaire indonésien Katon Bogas Kara à donner un récital au Parc de la Paix, dans le centre de Taïpei.
Plus de dix mille Indonésiens vivant à Taïwan, ainsi que de nombreux autres citadins, sont venus participer à ces réjouissances, tandis que la vedette indonésienne rappelait par ses chansons à ses compatriotes qui travaillent ici, loin du pays natal, les douceurs des îles du Sud.
Tôt le matin, les musulmans vivant à Taïpei s'étaient rendus à la Grande Mosquée de Taïpei pour célébrer l'Aïd-el-Fitr, la grande fête marquant la rupture du jeûne à la fin du mois de ramadan, avant de rejoindre au milieu de la capitale le grand espace vert où les participants se saluaient d'un simple Salam (" la paix soit sur toi "), une courtoisie du monde islamique.
Prenant aussi part aux festivités données en l'honneur des résidents étrangers musulmans, M. Ma Ying-jeou, le maire de Taïpei, a porté pour la circonstance la coiffure traditionnelle indonésienne, le pitchi, une sorte de fez noir sans gland. Prenant la parole, il leur a exprimé toute sa gratitude pour les efforts qu'ils déploient dans des domaines variés, notamment celui des travaux publics, contribuant par leur travail à rendre la capitale plus agréable à vivre.
Fort de ses 53 000 fidèles insulaires, l'Islam a vu à Taïwan ses
rangs grossir de près de cent mille travailleurs indonésiens, musulmans
dans leur grande majorité.
A compter du 1er janvier prochain, les forces armées de la République de Chine compteront une femme parmi leurs officiers généraux. Jusque-là sous-directrice des Affaires continentales du Bureau des Renseignements militaires (MIB), un organisme sous la tutelle du ministère de la Défense, et alors colonel, Pan Ai-chu a été nommée le 1er décembre à la tête du MIB. Par tradition, cette direction est réservée à un général de division, aussi a-t-elle été promue au grade de général de division, devenant ainsi la première femme général depuis 33 ans.
De toute l'histoire militaire de Taïwan, c'est la troisième femme qui accède à ce rang. Ses deux prédécesseurs furent les généraux Chou Mei-yu, du service santé des forces armées, promue en 1958, et Chiang Yi-ying, du même MIB, promue en 1967.
Apprenant sa nomination et sa promotion, le général Pan Ai-chu a vivement remercié ses supérieurs de lui donner la possibilité de servir de modèle aux femmes officiers -- on compte aujourd'hui près de 50 femmes colonels -- dans leur ascension des échelons supérieurs de l'armée. Elle a indiqué que cet événement, conformément à la politique actuelle de promotion des femmes aux plus hauts grades et aux postes de responsabilités, marquait une étape en faveur de l'égalité des sexes dans l'armée.
Le général Pan Ai-chu, diplômée du Collège militaire Fuhsing, a obtenu une maîtrise de l'Institut des Sciences politiques, à Taïwan. Elle a fait carrière pendant plus de 20 ans au MIB, où elle s'est spécialisée dans les renseignements sur les forces continentales. Devenue une des responsables de l'information concernant la situation militaire en Chine, elle a contribué, par la clairvoyance de ses analyses sur la sécurité de Taïwan, au développement des relations avec l'autre rive, en particulier lors de la crise de 1996 dans le détroit de Taïwan, aidant ses supérieurs à prendre les décisions les plus judicieuses.
Agée de 44 ans et mariée à un officier de carrière, le général Pan Ai-chu, qui a deux fils, semble avoir aplani les difficultés pour trouver une harmonie entre sa carrière militaire et sa vie de famille.
Penghu et les 63 autres petites îles qui l'entourent constituent au milieu du détroit de Taïwan l'archipel du même nom, un véritable paradis qui, à la belle saison, attire les touristes en quête de plages tropicales. Alors que l'été tirait à sa fin et que l'hiver approchait avec ses nuages et ses vents, les responsables locaux du tourisme se sont penchés sur des activités promotionnelles portant plus sur l'intérêt historique et culturel de l'archipel que sur ses plages.
La campagne de promotion touristique d'hiver lancée par les autorités locales a pour but d'amener des visiteurs à Makung, le chef-lieu de l'archipel des Penghu, ainsi qu'à Paisha et à Hsiyu, deux autres îles proches. De nombreux sites historiques de cette région sont inclus dans cette grande tournée des petites îles du Détroit, intitulée " Fête des cobias et de la planche à voile aux Penghu ".
Une grande partie de l'industrie de la pêche dans cet archipel traite en effet le cobia -- un grand poisson fusiforme des mers tropicales et subtropicales, de son nom scientifique Rachycentron canadum. Bien sûr, il a une place d'honneur dans de nombreuses spécialités culinaires locales.
Avec la collaboration des chefs cuisiniers des Penghu, les voyagistes organisent durant toute la saison touristique une sorte de festival gastronomique quotidien, montrant notamment la façon d'écailler, de découper et de préparer le cobia. Cette manifestation se tient dans le magnifique temple de Kuanyin, un édifice construit en 1696 sous le règne de l'empereur Kangxi des Qing.
Les invités à cette fête peuvent prendre part à toutes les activités sans avoir à payer leur entrée dans les sites historiques des petites îles, où les guides les attendent avec impatience pour les aider à mieux comprendre l'histoire colorée du petit archipel.
Si, à Taïpei, la ville animée est desservie par un réseau de transports en commun pratique et confortable, ici aux Penghu, on ne se permet pas de rater le bus ou l'autocar. Les personnes âgées, les écoliers et les soldats ont vite fait de se moquer de celui qui reste en plan dans un endroit balayé par le vent, où il ne pourra prendre le métro ni même trouver un taxi ou encore une bonne âme qui passerait en voiture.
Heureusement, les organisateurs de cette fête ont prévu des transports spéciaux pour emmener les touristes dans les divers centres d'intérêt, dont le temple de Kuanyin, la déesse de la Miséricorde, situé près de la baie de Penghu. Ce temple a été construit sur ordre de Xue Kui, un chef de bande, à la place du petit sanctuaire où les habitants venaient déjà prier la divinité. Détruit en 1885 par les Français, pendant la Guerre franco-chinoise, il a été rebâti et a reçu depuis de nombreux embellissements. Sous l'occupation japonaise (1895-1945), deux magnifiques lions en pierre sont venus décorer son entrée, en 1913, après avoir monté la garde devant un bâtiment officiel.
Lors de travaux plus récents, le temple s'est agrandi d'un petit pavillon d'où l'on peut admirer les vagues qui roulent sur le sable en contre-bas. Il possède une cloche qui, coulée en 1696, lui donne pratiquement le même âge que le temple où elle se trouve. L'été, la plage devant le temple se remplit de vacanciers qui s'ébattent dans l'eau ou surfent sur leur planche tandis que d'autres ramassent des coquillages.
A l'extrémité de la petite ville de Hsiyu, se trouve le phare du même nom, haut de 49 mètres. Le parcours assez long pour y parvenir vaut cependant le voyage pour les mordus d'histoire. Egalement appelé Phare de l'Ile du Pêcheur et classé monument historique en 1987, il a été érigé en 1778 en raison des nombreux naufrages aux abords des îles, semés d'écueils et de récifs. Ainsi en 1765, par une mer démontée un jour de grand vent, plus de cent vingt marchands et marins ont perdu la vie lors d'un grave naufrage. Le fanal, qui peut être aperçu à une distance de plus de 20 milles marins, a été parmi les tout premiers phares construits sous la dynastie Qing. Sans doute, il a sauvé de nombreuses vies. Pendant des siècles, l'archipel fut une escale fréquentée sur la route maritime entre Taïwan et Xiamen.
Au village de Waian, non loin de ce phare, les touristes peuvent se rendre à la Forteresse de Hsiyu qui se tient face à l'océan. Peu après la fin de la Guerre franco-chinoise, la cour de Pékin a ordonné en 1887 au premier gouverneur de Taïwan, Liu Mingchuan, de construire cette citadelle afin de protéger le port de Makung contre toute invasion étrangère.
Au XIXe siècle, la forteresse, d'une superficie de 3,2 hectares, a été entourée de hauts remparts, tandis que quatre canons du dernier modèle de l'époque, juchés sur des socles en pierre, la défendaient. Dans les soubassements, on a découvert un réseau de treize tunnels mesurant 4 mètres de large et 3,5 mètres de haut. Juste avant la cession de Taïwan et des Penghu au Japon en 1895, le fort abritait cinq mille hommes, tandis que le port de Makung servait de base navale à la marine des Qing.
Un autre site touristique populaire est la Résidence des Chen au village Erhkan. Egalement dans l'île de Hsiyu, l'ensemble, qui comprend cinq bâtiments, a été construit en 1910 par les frères Chen Ling et Chen Pang après qu'ils eurent fait fortune en vendant des médicaments traditionnels chinois dans le sud de Taïwan.
Le bâtiment principal et la cour qui l'entoure présentent un mélange éclectique de formes conçues par un architecte qui n'avait que 21 ans à cette époque. Au style originel du Fujian du sud et d'Erhkan, se sont ajoutés des éléments d'architecture japonaise et européenne. Les visiteurs peuvent aussi y admirer une exposition d'instruments de pêche et de vaisselle qui étaient en usage lorsque ces maisons ont été édifiées.
Dans cette résidence sont également présentés de la céramique, des peintures et des sculptures sur pierre et sur bois qui témoignent amplement du goût de la famille Chen pour les arts. Ces objets sont rares dans ce village retiré d'Erhkan et même dans tout l'archipel.
Le nom d'Erhkan vient de kan, un terme qui désigne une contrée de basse altitude. Le village d'Erhkan a été fondé par Chen Yen-yi, venu de Kinmen, une île au large des côtes du Fujian, pour servir d'abri au clan des Chen. Les habitants expliquent que, d'une certaine façon, en installant leur résidence ici et en construisant le village tout autour, les Chen ont cherché à se protéger des vents d'hiver qui soufflent très fort dans la région.
La Résidence des Chen est en effet construite de blocs d'une grande résistance faits de résidus coralliens, le matériau de construction traditionnel du petit archipel. Autour des Penghu, il existe en effet de nombreux récifs de coraux.
Les résidus coralliens sont les restes du squelette calcaire d'une colonie de coraux, composé de multiples ramifications secrétées par les polypes. Ce matériau est durci par une longue exposition au vent et à la pluie avant de pouvoir servir à la construction.
De nombreuses maisons anciennes faites de ces résidus coralliens tiennent toujours debout, même si elles ne sont plus habitées. De plus, elles sont chaudes l'hiver et fraîches l'été. La cour est traditionnellement entourée de murs également élevés avec le même matériau. Ils protègent aussi les jardins potagers des vents vigoureux de l'hiver.
Il ne faut pas oublier de visiter les nombreux monuments historiques de la ville de Makung. Ce sont des morceaux vivants de l'histoire, même si nombre d'entre eux ont aujourd'hui une autre fonction. Par exemple, le temple Shihkung, construit en 1684, est maintenant une demeure particulière. Ses occupants ne cachent pas leur désagrément de voir des groupes de touristes défiler devant leur maison pour l'admirer.
L'ancien temple a été bâti un an après la conquête des Penghu et de Taïwan par Shi Lang, un chef militaire de la dynastie Qing. Pour remonter le moral de ses troupes, il avait fait répandre le bruit que Matsu, la déesse de la Mer, les protégerait dans cette offensive. Il propagea aussi la légende du puits asséché situé près de ce sanctuaire, lequel aurait été miraculeusement rempli d'eau douce après les prières ferventes adressées à la déesse par les fidèles. Il est vrai que les Penghu ont toujours un peu manqué d'eau potable, et aujourd'hui les touristes trouvent que l'eau servie dans l'archipel est légèrement salée.
Même si, dans l'archipel des Penghu, les touristes préfèrent les plages merveilleuses et les sports nautiques aux monuments historiques, les autorités locales ne désespèrent pas que la campagne consacrée à la riche histoire de l'archipel convainque les visiteurs de faire le voyage en dehors de la belle saison.