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Elections législatives: l'alternance est consacrée

PD: 12/11/01

Le Parti démocrate-progressiste (PDP), après avoir remporté la présidence de la République l'an dernier, est devenu le 1er décembre la première force politique de l'île, relayant dans l'opposition le Kuomintang (KMT) qui avait dominé la vie politique à Taïwan pendant plus de cinquante ans.

Passant de 65 sièges auparavant à 87 dans la nouvelle législature, et pesant près de 34% de l'opinion, le PDP devance largement le KMT qui perd sa majorité absolue. Ce succès, pour être assuré, devra cependant être confirmé par le biais d'une " alliance pour la stabilité nationale " avec d'autres forces politiques, afin d'apporter au chef de l'Etat, M. Chen Shui-bian, la majorité absolue qui lui manque au Yuan législatif.

Voyant le nombre des sièges sous son contrôle chuter à 68, alors qu'il en disposait de 115 dans la législature précédente, le KMT a subi une cuisante défaite dont il aura du mal à se relever. Sa situation paraît d'autant plus trouble que, ses instances dirigeantes ayant refusé de s'associer à l'alliance d'intérêt national que propose le PDP, l'ancien parti au pouvoir risque de se trouver confronté à une fronde interne. Quelques-uns de ses nouveaux députés seraient en effet tentés de constituer un groupe législatif autonome en faveur justement d'une telle alliance, menaçant d'une nouvelle scission la formation sous les couleurs de laquelle ils ont été élus.

Constitué autour de M. James Soong, après sa courte défaite aux présidentielles de l'année dernière, le Parti pour le Peuple (PPP) s'est illustré pour son premier test électoral par un score remarquable: avec 46 députés au sein de la nouvelle législature, le PPP se transforme en troisième force nationale et est en mesure, selon ses alliances, de faire ou de défaire les politiques. A deux ans et demi du scrutin présidentiel, M. Soong peut plus solidement asseoir, grâce à ce succès, les prétentions qu'on lui prête de vouloir succéder à M. Chen Shui-bian.

 Créée il y a moins de six mois sous l'impulsion de l'ancien président de la République, M. Lee Teng-hui, l'Union Solidarité Taïwan (UST) s'assure elle aussi une place de choix au sein du paysage politique insulaire. En obtenant 13 sièges, alors qu'elle avait présenté des candidats quasiment inconnus du grand public, elle constitue désormais un groupe dont le soutien pourrait s'avérer indispensable au PDP idéologiquement proche et en quête d'une majorité absolue. D'autant que l'ancien chef de l'Etat entend accentuer ses efforts fédérateurs dans le cadre d'une nouvelle mouvance, Les Avocats de Taïwan, qui sera appelée à contribuer à la formation d'une alliance de soutien au PDP et à laquelle, espère-t-il, s'associeraient des personnalités du KMT.

Quant au Nouveau Parti (NP), né en 1993 d'une scission au sein du KMT, il disparaît pratiquement de la scène législative, n'étant plus représenté que par un seul député contre 11 auparavant. N'ayant pas franchi la barre des 5% qui lui aurait garanti le remboursement de ses dépenses de campagne électorale, il se trouve en outre confronté à de sérieuses difficultés financières. Devant cette succession de mauvaises nouvelles, certains membres du NP auraient évoqué la possibilité de réintégrer le KMT, afin de continuer à défendre leur vision des relations avec la Chine continentale.

Les autres sièges reviennent au candidat d'un parti aborigène et à 9 candidats sans étiquette. Il s'agit d'élus en rupture de ban avec leur parti d'origine dont ils n'auraient pas reçu l'investiture lors de ce scrutin ou bien de personnes représentant au niveau local de puissants groupes d'intérêts traditionnellement organisés autour d'une dynastie familiale.

 La progression du PDP semble donc traduire la volonté des électeurs de renouveler leur confiance au président de la République. Au moment où il lui faut relever le défi de la crise économique, ceux-ci lui offrent une nouvelle opportunité de pouvoir mettre en oeuvre son programme comme il l'entend, ce qui avait été rendu quasiment impossible jusqu'alors, en raison de la domination de l'opposition au Yuan législatif.

Néanmoins, les électeurs paraissent avoir aussi manifesté une forme de protestation en se rendant moins nombreux dans les bureaux de vote. Seuls 66,16% d'entre eux ont choisi d'exprimer leur suffrage le 1er décembre, alors que le déroulement le même jour des élections locales ou encore les enjeux particuliers liés à ces législatives auraient dû les inciter, au contraire, à se déplacer en plus grand nombre. Ce taux, parmi les plus bas de l'histoire électorale de l'île, traduirait un désintérêt grandissant à l'égard de la politique ou de ceux qui la font, une tendance qui, si elle s'accentuait à l'avenir, ne manquerait pas de devenir un sujet de préoccupation pour la jeune démocratie taïwanaise.

Dans la foulée de ces élections législatives, le gouvernement devrait probablement faire l'objet d'un remaniement en janvier, M. Chang Chun-hsiung, le Premier ministre, ayant toutes les chances d'être ensuite reconduit dans ses fonctions. Les 225 nouveaux députés, quant à eux, se réuniront en février au Yuan législatif, pour leur première session qui durera jusqu'à la fin du mois de mai.

 



 
 

Elections locales; Le coude à coude du PDP et du KMT

PD: 12/11/01

La mauvaise nouvelle qui est venue en cette soirée électorale atténuer la bonne humeur au QG de campagne du Parti démocrate-progressiste (PDP) a été le net recul de ses performances au niveau local, à l'occasion de l'autre scrutin qui se déroulait le même jour et visait à renouveler les chefs de hsien (district), ainsi que les maires des grandes villes (exception faite de Taïpei et de Kaohsiung qui ont un statut spécial).

 Sur les 23 sièges qui étaient en jeu, 9 sont revenus au PDP, 9 autres au Kuomintang (KMT), tandis que le Parti pour le Peuple (PPP) en obtenait 2 et le Nouveau Parti (NP) 1, les 2 derniers étant remportés par des candidats sans étiquette.

Le PDP n'est donc pas parvenu à réitérer son score remarquable du précédent scrutin local, en 1997, lorsqu'il avait gagné 12 sièges. Il doit cette fois-ci rétrocéder son contrôle sur 3 districts et municipalités -- en perdant 6, en gagnant 3 --, concédant notamment la mairie de Taichung, la troisième ville du pays, à M. Jason Hu, KMT et ancien ministre des Affaires étrangères. Une autre déception pour le PDP est le retour sous le contrôle du KMT du district de Taoyuan que Mme Annette Lu, la vice-présidente de la République, avait remporté en 1997.

 Au décompte final, si le KMT gagne un siège de plus, il a dû renoncer à ses espoirs de conquête du hsien de Taïpei, malgré son alliance de circonstance avec le PPP et le NP, en faveur de la candidature de M. Wang Chien-shien, ancien ministre des Finances et l'un des fondateurs du NP. M. Su Tseng-chang, du PDP, se voit donc reconduit avec une large avance à la tête de la circonscription la plus peuplée de l'île.

L'apparition du PPP au niveau local est confirmée, puisque la formation qui n'existait pas lors du précédent scrutin, passe aux commandes des districts de Taitung et de Lienchiang, tandis que le NP remporte celui de Kinmen, une consolation qui vient compenser son sérieux revers au Yuan législatif.

 



 
 

Su Beng ne regrette pas son combat pour la souveraineté de Taïwan

PD: 12/11/01

Un samedi après-midi, des camionnettes pavoisées de mille bannières prônant l'" indépendance de Taïwan " ou le " nationalisme taïwanais " partent des quartiers généraux de l'Association pour l'Indépendance de Taïwan (ATI) ayant pignon sur une grande artère de la capitale. Au rythme des battements de tambour, les activistes perchés sur le plateau surélevé des camionnettes qui circulent dans les rues proclament, le méagaphone à la main, leurs idées radicales en faveur de l'indépendance de l'île.

 Ainsi, depuis sept ans, tous les samedis et dimanches, par beau ou mauvais temps, l'ATI manifeste ses convictions. Le dirigeant de l'association est une figure légendaire. Su Beng (en pékinois lire Shi Ming), un personnage aussi controversé que les idées pour lesquelles il se bat depuis toujours, espère que le flambeau sera transmis aux jeunes générations, au cas où lui-même ne pourrait pas voir le jour où Taïwan parviendra à l'indépendance.

 Après être resté de nombreuses années hors des regards du public, Su Beng, âgé de 83 ans, est récemment apparu sur le devant de la scène lorsque furent créées la Fondation Su Beng pour l'Education et l'Association des Amis de Lee Teng-hui.

 

Changer les mentalités
Retraçant sa longue et pratiquement solitaire lutte pour l'indépendance de l'île, Su Beng constate un changement significatif dans les comportements depuis son retour à Taïwan en 1993, après avoir passé 41 ans au Japon.

 " Autrefois, on se bouchait les oreilles ou se cachait dans les immeubles pour ne pas voir nos camionnettes ni entendre notre message, explique-t-il. Les temps ont bien changé; aujourd'hui, des gens nous applaudissent et viennent s'arracher les prospectus et les brochures que nous distribuont. L'idée de l'indépendance de l'île germe dans les esprits, et même si le processus est lent, il est réel. "

Su Beng n'a pas poursuivi ses idéaux sans rencontrer d'obstacle. Le même radicalisme qui l'a vu prendre les armes en faveur du communisme chinois en a fait, aux yeux du Kuomintang (KMT), un traître conspirant à renverser le gouvernement en place à Taïwan, en même temps qu'il s'est aussi tenu à distance de la plupart des militants indépendantistes.

 Cependant des historiens et des politiciens analysent la situation autrement. " Il a joué un rôle modèle qui lui vaut le respect du public, en raison de son engagement inflexible pour la souveraineté de Taïwan ", écrit Lee Yung-chih, professeur d'histoire à l'Université nationale de Taïwan, dans son ouvrage Su Beng -- A lonely light in a barren field.

 L'ancien président du Parti démocrate-progressiste, M. Hsu Hsin-liang avait dit un jour: " De la vie de Su Beng, nous voyons le prototype tragique d'un intellectuel Taïwanais. Il voit la plus petite lueur d'espoir pour Taïwan, et son opiniâtreté à défendre ses idées révolutionnaires est demeurée quarante ans après aussi ferme qu' au premier jour. "

 

Le ferment idéologique
Su Beng est né en 1918 à Taïpei pendant une période de conflit durant laquelle la plupart des familles taïwanaises étaient encore influencées par les coutumes mandchoues et traditionnelles, même si le processus de modernisation était alors bien amorcé.

 Ainsi, c'est dans cette atmosphère de conflit des valeurs que Su Beng est allé étudier à l'université Waseda à Tokyo -- un établissement connu pour son enseignement libéral --, à la poursuite d'une inspiration.

 C'est à Waseda, assure Su Beng, que naquirent son puissant sentiment nationaliste et son admiration pour le socialisme. Pour vivre réellement le socialisme et protester contre l'impérialisme, Su Beng est parti en 1942 en Chine se joindre au mouvement de lutte contre le Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Mais finalement, il revient à Taïwan, déçu au bout de sept ans par le marxisme.

" Ce que j'ai vu et ce que j'avais appris à l'école étaient deux choses complètement différentes ", dit-il. A travers son système économique et ses méthodes révolutionnaires, le marxisme entend éliminer les points faibles du capitalisme et restaurer les vertus de l'être humain, mais " tout ce que les communistes chinois ont fait a été de détruire, recourant aux moyens les plus horribles pour torturer la population ".

 C'est durant le temps qu'il a passé en Chine que Su Beng en est venu à croire qu'il existait une différence fondamentale d'identité nationale entre les Chinois et les Taïwanais.

 " Par leur mode de vie, leurs idées et leurs valeurs, Taïwan et la Chine sont totalement différentes ", écrira-t-il plus tard.

 

Les années de lutte
Son désarroi s'amplifia en revenant dans l'île quand il vit la population terrorisée sous l'autorité du KMT. En 1952, il organisa les Corps d'Armée de Taïwan afin de mener une lutte clandestine contre le régime de Tchang Kaï-chek. Lorsque ses plans furent dévoilés, il prit la fuite, étant poursuivi par le KMT. Il décida de s'échapper au Japon afin d'éviter de compromettre ses camarades qui étaient restés dans l'ombre.

 Déguisé en ouvrier dans le port de Keelung, au nord de Taïpei, il parvint à gagner un cargo et à se cacher parmi sa cargaison de bananes, s'assurant ainsi sa traversée pour le Japon où il demanda l'asile politique à son arrivée.

 Sa détermination à renverser le régime de Tchang Kaï-chek n'avait pas diminué pour autant. Il continua d'organiser pendant plus de 30 ans des manifestations contre le généralissime.

 Pour gagner sa vie, il ouvrit une boutique à Tokyo où il vendait des nouilles. L'immeuble abritant son commerce servit de base à des équipes clandestines, qui organisèrent, à son initiative, des actions contre le gouvernement installé à Taïpei. Dans les années 70, il a aussi commandité de nombreux actes de sabotage dans l'île, visant des bâtiments publics -- certains ont été incendiés -- ou le réseau de voies ferrées.

 Homme plein de talents, il n'est pas seulement un combattant de la liberté. Cuisinier respecté le jour, il était aussi écrivain la nuit. Son ouvrage le plus connu est Quatre cents ans d'histoire de Taïwan qu'il publia en 1962 en japonais, et plus tard en mandarin et en anglais.

" Il ne suffit pas simplement d'ébranler la conscience des insulaires et de modeler le nationalisme taïwanais par un appel aux émotions, dit-il en cherchant à expliquer ce qui l'a poussé à écrire cet ouvrage. Il est certainement plus important de créer une assise théorique solide, enseignant les raisons pour lesquelles, historiquement parlant, les Chinois sont différents des Taïwanais, afin de fournir les arguments irréfutables permettant aux insulaires de s'opposer à la Chine. "

 Sa vie durant, Su Beng a insisté pour faire la " révolution en dehors du système établi ", car, explique-t-il, le pouvoir est diabolique. Une fois qu'on s'y accroche, on s'avilit rapidement.

 

Les convictions seules
Le fait que Su Beng utilise au pied de la lettre le terme de " révolution " dans sa rhétorique a fortement contribué à répandre la controverse autour de lui. Le processus des réformes démocratiques alors en pleine marche dans l'île, il avait déclaré en 1998 lors d'une interview à un journal que, " pour renverser le KMT, il est nécessaire d'inculquer des idées à la population, d'organiser les masses, d'accumuler des forces et d'attendre le moment venu pour défaire l'ennemi ".

 Connaissant par expérience la politique de la Chine communiste, Su Beng dénonce ce qu'il appelle la " servilité " du gouvernement du Parti démocrate-progressiste à l'égard de Pékin.

 " Comment peut-on établir une politique étrangère efficace, ou comment peut-on attendre une aide des Etats-Unis, si les hommes politiques et d'affaires se précipitent à Pékin pour aller serrer la main de ses dirigeants? ", demande-t-il.

 Nationaliste jusqu'au bout des ongles, Su Beng indique que la seule façon de s'opposer à la Chine est de le faire en toute indépendance -- c'est-à-dire sans aide de l'étranger et en suscitant la confiance des insulaires quant à leur identité " taïwanaise ", grâce à une meilleure compréhension de l'histoire de Taïwan.

 Dans sa vie personnelle, Su Beng a connu des hauts et des bas. Alors qu'il était en Chine, il a épousé une Japonaise dont il a divorcé peu après. Il ne s'est pas remarié depuis, préférant mener une existence empreinte de stoïcisme.

 " Je n'ai aucun regret vis-à-vis de ce que j'ai fait, mais c'est une honte que les gens puissent penser différemmentÉ, assure-t-il. Tout ce que je peux faire, c'est agir selon mes convictions. En tous cas, apporter ma contribution à l'indépendance de Taïwan est certainement le premier objectif de ma vie. "

Lin Mei-chun, Taipei Times.