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Oiseaux rares: des efforts qui finissent par payer

PD: 11/21/01

La tenue début novembre à Taïwan d'une campagne consacrée à l'environnement a apporté un éclairage nouveau, très positif, sur les efforts déployés dans l'île en faveur de la protection des oiseaux sauvages.

Parmi les activités prévues au programme, une conférence coparrainée par Bird Life, la plus grande association dans le monde dédiée aux oiseaux sauvages, et par la Fédération des Oiseaux sauvages de Taïwan (WBFT) a permis de souligner les succès impressionnants obtenus au niveau local, grâce à l'action conjuguée des pouvoirs publics, de quelques grandes entreprises privées et, surtout, des nombreux bénévoles et autres ornithologues amateurs.

Les progrès semblent si significatifs que, invitée à s'exprimer sur le sujet, Mme Barbara Young, qui dirige l'administration britannique de la protection de l'environnement, a même évoqué la transformation possible de l'île en un véritable sanctuaire pour de nombreuses espèces d'oiseaux.

Un responsable de la WBFT s'est félicité, en parallèle, de la couverture médiatique accordée à Taïwan par une prestigieuse revue internationale, World Birdwatch, qui lui a, dans un numéro récent, consacré un long reportage soulignant les efforts réalisés dans l'île en faveur de la préservation de plusieurs espèces locales menacées, telles que le jacana à queue de faisan (hydrophasianus chirurgus), la brève (pitta brachyura) ou la sterne huppée.

 L'association Bird Life, qui avait longtemps placé un autre oiseau local, la spatule à tête noire, parmi les espèces en voie d'extinction, a d'ailleurs décidé de le classer désormais dans un groupe moins menacé. Grâce aux effort de plusieurs pays asiatiques, dont Taïwan, on compte dans la région environ 700 spatules à tête noire, un nombre en nette augmentation.

 A la fin d'octobre, plus de 300 d'entre elles sont venues passer l'hiver dans le sud de l'île, à l'embouchure de la rivière Tsengwen, un véritable sanctuaire ornithologique, qui, selon les experts, abrite en cette saison plus de quarante sortes d'oiseaux migrateurs.

C'est donc logiquement à Chiku, la localité située à proximité de cette rivière, dans le hsien de Tainan, que les passionnés d'oiseaux se sont retrouvés le 5 novembre pour prendre part à une manifestation en faveur de la protection de la spatule noire.

 Selon les spécialistes, ce sont 12% des espèces d'oiseaux rares qui pourraient disparaître de la surface du globe d'ici un siècle. On estime aussi que plus de deux cents espèces d'oiseaux se sont éteintes au cours des deux derniers siècles.



 
 

En bref...

PD: 11/21/01
Solidarité avec les familles des victimes

 Taïwan a offert 1 million d'USD aux familles des victimes de l'attentat du 11 septembre dernier contre les Tours jumelles de New York. Un chèque a été remis, au nom du gouvernement de la République de Chine, au maire de New York, M. Rudolf Giuliani, au cours d'une cérémonie organisée le 5 novembre dans sa ville. M. Fredrick Tchien, le président du Yuan de Contrôle, s'était déplacé pour remettre la somme et faire part du soutien de Taïwan aux Etats-Unis, à la suite de cette terrible épreuve. La Fondation de la Compassion bouddhique Tzu Chi, de Taïwan, qui était intervenue à travers ses antennes locales en apportant sur le terrain son assistance dans les jours qui suivirent la tragédie, a également offert 1,4 million d'USD afin d'aider financièrement les familles des victimes.



 
 

Déchets nucléaires: les Verts s'opposent aux envois vers la Russie

PD: 11/21/01

Confronté au casse-tête du problème du retraitement et du stockage des déchets radioactifs, le gouvernement regarde vers l'étranger, espérant y trouver des pays qui accepteraient de recueillir les embarrassants rejets des trois centrales nucléaires en service dans l'île.

 Des dépôts existent déjà localement, notamment sur l'île des Orchidées situées au sud-est de Taïwan, où sont entreposés 100 000 barils à faible radioactivité. Mais leur capacité n'est plus suffisante et, selon les défenseurs locaux de l'environnement, la Commission d'Etat de l'Energie atomique tarderait à choisir l'emplacement de nouveaux sites de stockage.

 Les précédents gouvernements ont essayé de négocier avec des Etats du Pacifique Sud, ou encore la Corée du Nord, qui auraient pu, contre paiement, entreposer les dangereux déchets sur leur territoire, mais rien n'a vraiment abouti jusqu'alors. Seuls les Russes auraient accepté de recevoir les matières contaminées provenant de Taïwan, ainsi que de plusieurs autres pays, une information démentie par Taipower qui a le monopole ici de la production électrique.

 Cette solution éventuelle a également suscité de vives critiques dans les milieux écologistes qui jugent immoral de se débarrasser ainsi des déchets. Un militant du Parti Vert de Taïwan, qui briguera un siège aux législatives du mois prochain, a tenté de mobiliser l'attention de l'opinion insulaire sur ce point en organisant le 3 novembre, à Taïwan, un séminaire international consacré à la gestion des déchets radioactifs.

 M. Kao Cheng-yen avait invité, pour l'occasion, des défenseurs de l'environnement et des antinucléaires venus du monde entier, y compris des Russes, afin, a-t-il expliqué, d'éviter que la Russie ne devienne peu à peu un dépotoir du nucléaire mondial.

 Les Verts taïwanais reprochent aux responsables publics du nucléaire dans l'île, que ce soit la Commission d'Etat de l'Energie atomique ou encore Taipower, de ne pas se presser pour trouver des solutions viables pour l'avenir.

 Ils sont convaincus que le meilleur parti serait celui de l'abandon définitif du nucléaire et la fermeture des centrales de l'île. Ceux qui ne partagent pas la même opinion trouvent cette position irréaliste et affirment qu'en l'absence de toute autre source de substitution, l'île continuera de dépendre du nucléaire pour répondre à ses besoins toujours croissants en énergie.

 



 
 

Les marionnettes taïwanaises et leur art

PD: 11/21/01

 (suite et fin des numéros précédents.)

Le spectacle de marionnettes traditionnelles est assurément le reflet de la culture chinoise traduite dans les moindres détails de cet art, depuis l'habileté du montreur dans le maniement des poupées jusqu'aux subtilités des intonations de voix. Inséparable est l'accompagnement musical qui peut suivre les mélodies du nanguan ou du beiguan ou encore des airs tirés de l'opéra taïwanais. Tout cela témoigne d'un haut degré de perfectionnement artistique. Bien sûr, la scène, traditionnellement entièrement sculptée, que le montreur plaçait sur ses tréteaux lorsqu'il montait son théâtre dans la rue, la cour d'un temple ou chez un particulier, est un chef-d'oeuvre. De même, dans la confection des personnages, la sculpture des têtes en bois a certainement atteint son apogée.

Par où commencer pour apprécier l'art des marionnettes? Passons donc en revue chaque élément, les poupées, les dialogues, les techniques du montreur, l'accompagnement musical et l'installation de la scène.
 

Les personnages
Une " équipe " complète comprend au moins sept personnages-types: le héros (sheng), l'héroïne (dan), le jeune intrépide (jing), généralement au visage peint de couleur vive, le bouffon (chou), l'adolescent (tong), le figurant au rôle vague, définissable par l'intrigue (za), et le monstre (shou). Cet ensemble forme la base d'une soixantaine de personnages divers en âge et en caractère, nécessaires à un bon répertoire.

 Les personnages nobles ont un visage large avec un grand front, des sourcils droits et l'allure fière. Les méchants ont habituellement le corps difforme et les sourcils protubérants, les joues en saillie, les lèvres minces et les yeux mi-clos, ce qui accentue leur laideur et leur confère une attitude pleine de morgue. Il n'est donc pas nécessaire de connaître l'histoire pour deviner à la vue des traits ou des couleurs du visage à quel camp appartient le personnage.

Des sept grands rôles-types, celui du héros se divise en un certain nombre de facettes, selon l'âge, qu'il s'agisse d'un adolescent ou d'une personne d'un âge avancé, ou son statut, qu'il soit civil ou militaire. On retrouve les mêmes nuances dans le rôle féminin ou celui du bouffon.

Le personnage du jeune intrépide (jing) est en fait un rôle masculin auxiliaire dont la personnalité se distingue par le maquillage. Le visage noir dépeint un caractère franc et abrupt, la face écarlate révèle la valeur et la loyauté, tandis qu'un teint bleu décrit la fourberie et la traîtrise. On reconnaît aussi par son masque blanc le serviteur félon.

 L'adolescent, dont le caractère varie selon les rôles, personnifie avant tout la naïveté, tandis que le " figurant " représente un esprit ou une divinité mineure, alors que le monstre n'est qu'un démon.
 

Le monde des paroles
Les dialogues sont certainement l'esprit même du théâtre des marionnettes. Les montreurs utilisent une voix appropriée pour chaque personnage ou chaque situation, afin d'emmener les spectateurs dans un monde imaginaire. Outre une bonne oreille musicale, les marionnettistes doivent avoir une parfaite connaissance du rang des personnages, savoir par coeur le poème en quatre vers qui annoncera l'entrée de certains rôles et avoir aussi une bonne commande des " huit voix et des sept émotions ". Il leur faut savoir parler d'une façon claire (jing), lourde (chong), pondérée (shou), passionnée (ji), marmonnée (tun), emportée (tu), indécise (fu) et étranglée (sheng), sur un ton exprimant la joie (xi), la colère (nu), la douleur (si), la tristesse (you), la compassion (bei), la peur (kong) ou la surprise (jing).

Prenant soin d'attribuer à chaque personnage la voix et le mode qui convient, le montreur doit choisir judicieusement le vocabulaire qu'il emploie en puisant dans la langue familière, l'humour, les expressions locales ou les citations classiques pour être sûr de plaire au public. Le dicton " Beaucoup de paroles et quatre sous de bon sens " montre toute l'importance accordée à la qualité du dialogue.
 

L'habileté des doigts
Manipuler une marionnette s'appelle dans le jargon " la monter " ou encore " l'inviter à jouer ", une indication qui note le respect envers les figurines. La méthode de base consiste à passer la main dans la gaine, la paume face au public et l'index dans la cavité de la tête; le pouce articule un bras et les trois autres doigts l'autre bras. L'autre main peut occasionnellement servir à bouger les pieds de la marionnette ou lui faire exécuter une action particulière.

 Cette disposition des mains permet l'exécution de nombreux mouvements, comme la marche, les coups de pied, les reculades, les roulades, les volte-faces, etc. Selon que le spectacle est un drame ou un combat martial, chaque poupée se voit attribuer l'allure qui convient à son rôle: un maintien élancé pour l'héroïne, une prestance pour le patriarche, une attitude fière pour le jeune guerrier ou ridicule pour le bouffon.
 

Les musiciens
L'importance des musiciens dans la création d'un spectacle est confirmée, au dire des montreurs taïwanais, par un vieux dicton: "De l'action pour les trois dixièmes, et tout le reste, c'est la musique ". Dans les troupes traditionnelles de marionnettistes, les musiciens et les chanteurs sont par convention les " maîtres des coulisses ".

Dans les drames, appelés " civils ", les instruments à cordes et à vent ont la préférence pour émettre des mélodies élégantes et mélancoliques. Dans les pièces " militaires ", relatant des combats martiaux et des luttes guerrières, les tambours et les cymbales dominent, créant une atmosphère de tension et de passion. Selon les représentations, la musique suit le style des écoles du nanguan ou du beiguan, ou encore les mélodies de Chaozhou et, plus récemment, des airs d'opéra taïwanais, ou gezai-xi.

 Les musiciens, ordinairement au nombre de quatre, se répartissent généralement en deux groupes, les " militaires " qui ont la charge des percussions et les " civils " qui sont responsables des instruments à cordes et à vent, chacune de ces catégories comprenant des musiciens de premier rang et de second rang.

 Le percussionniste de premier rang est celui qui mène le petit orchestre, tout en jouant du tambour et des claquettes en bois. Dans l'autre catégorie, le musicien de premier rang joue des cordes ou du suona (instrument à vent chinois) et peut aider aux percussions, tandis que son second joue également du suona, d'un autre instrument à cordes et de petites cymbales. Enfin, le second percussionniste s'occupe de toute une variété de cymbales.
 

La scène
La présentation d'un théâtre de marionnettes peut prendre de nombreuses formes, depuis le splendide bloc " hexagonal " à l'encadrement et aux panneaux latéraux finement sculptés et gravés, jusqu'à la simple toile de fond dressée à l'arrière d'une camionnette dont le plateau sert de studio au montreur ambulant. Les plus grands théâtres, qui servent aux pièces du Chin-kuang, peuvent mesurer plus de 10 mètres de large.

 De nos jours, les théâtres magnifiquement ornés, tenus par de célèbres troupes telles qu'I Wan Ran, Hsiao Hsi Yuan, le Théâtre de Wu Chou ou encore Hsin Hsing Ko, ne donnent des spectacles traditionnels que sur invitation formelle. Les grands temples, lors de leurs foires, invitent souvent une troupe à donner un spectacle du Chin-kuang sur une scène à trois niveaux. Cependant, dans la plupart des cas, les montreurs se contentaient de tendre une toile de fond peinte.
 

Les spectacles
Les marionnettistes donnaient autrefois des représentations à l'invitation d'un " maître de foyer " qui était chargé de rémunérer la troupe et de choisir le programme. Un spectacle d'une journée comprenait normalement une pièce dédiée aux dieux, une autre donnée vers midi et une troisième en soirée.

 Au tout début, les maîtres de foyer faisaient leur choix d'après la liste présentée par la troupe invitée. Lorsque vint la mode d'inviter plusieurs troupes à la fois, les marionnettistes rivaux, pour conserver leur prestige mesuré au nombre de spectateurs devant leur petite scène, durent améliorer la qualité de leurs spectacles.

 Aujourd'hui, seuls quelques maîtres incontestés donnent encore des pièces du " panier " [pièces du répertoire traditionnel], la majorité des troupes ne jouant plus que rarement les spectacles transmis par les fondateurs. Par exemple, le Théâtre de Wu Chou s'est cantonné au style de l'école de " Chou ", dans lequel on trouve des pièces telles que Shi Yanwen ou La légende des trois chevaliers, et Hsin Hsing Ko puisent ses titres dans le répertoire de l'école de " Ko ", avec des oeuvres comme Le chevalier aux cent fleurs ou L'aigle d'or aux cinq serres.

 Depuis plusieurs centaines d'années, les marionnettistes taïwanais ont enchanté les spectateurs insulaires. Dans les derniers jours de la dynastie Qing, de grands maîtres, comme Chen Po ou Grande Barbe, attiraient de larges audiences dans le nord de l'île. Leur sens des dialogues, leur habileté au maniement des poupées avaient atteint un sommet, au point qu'on entend toujours pas qui a été le maître de l'autre.

 Il n'est pas facile de devenir un marionnettiste accompli. Outre le talent qu'il faut déployer, une longue phase d'apprentissage est nécessaire et l'on aurait pu croire que l'art des marionnettes à Taïwan était promis à la disparition. Pourtant, il n'en est rien et il se porte bien. La relève paraît assurée, puisque que plus de trois cents troupes dans l'île ont choisi de perpétuer cette grande tradition.