Préparer le public à faire face à une éventuelle attaque biochimique a sans doute été l'objectif recherché de la simulation qui a été organisée fin octobre dans une station du métro de Taïpei. Le lieu a été choisi en fonction essentiellement du penchant des terroristes pour des cibles situées dans des endroits très fréquentés.
Plus d'un millier d'agents des différents services publics de secours -- policiers, pompiers, médecins, personnels des hôpitaux,É -- ont participé à cet exercice de prévention.
Ayant observé les opérations d'une durée de 90 minutes, le Premier ministre, M. Chang Chun-hsiung, s'est félicité de la bonne préparation des participants, constatant que les objectifs premiers de cette manoeuvre avaient tous été atteints. Il s'agissait notamment de démontrer l'efficacité des secours en pareilles circonstances, de sensibiliser l'opinion aux réels risques d'attentats biochimiques et de familiariser les habitants aux mesures d'urgence qu'il faudrait prendre si une telle attaque survenait.
Préoccupé par la menace terroriste, le président de la République, M. Chen Shui-bian, a demandé deux jours plus tard aux responsables de la sécurité civile et à l'ensemble de la population de redoubler de vigilance.
Dans cette logique, les pouvoirs publics s'efforcent de procéder dès maintenant au renouvellement des stocks nationaux de vaccins et médicaments et on peut s'attendre dans l'île à une multiplication des simulations ou des exercices de secours, ainsi qu'à une intensification des campagnes d'information du public.
(suite du numéro précédent)
Les marionnettistes du continent ne pouvaient plus traverser le détroit de Taïwan pour se produire dans l'île. Aussi, les insulaires qu'ils avaient formés durent créer leur propre troupe. Le changement vint surtout des musiciens qui accompagnaient le spectacle. La coupure avec le continent étant presque totale, pratiquement tous les jeunes artistes qui jouaient pour un théâtre de marionnettes étaient des insulaires ayant appris la musique du beiguan ou du luandan -- des écoles de musique chinoise plus rude et moins harmonieuse -- en vogue dans l'île. Ces styles musicaux ont peu à peu remplacé ceux plus langoureux du nanguan ou de Chaozhou, prédominants jusque-là dans les spectacles de marionnettes de l'île. Ainsi naquirent les marionnettes du beiguan.
Le rythme plus frénétique du beiguan, qui convenait sans doute mieux à l'action rapide, inspira aux marionnettistes des combats d'arts martiaux qu'ils intégrèrent dans leurs spectacles, ce qui créa un fort contraste avec les scènes plus romantiques du " théâtre du panier ". Pour exciter davantage leurs spectateurs, les montreurs développèrent des effets spéciaux, comme les sauts à travers la fenêtre et d'autres mouvements spectaculaires
A mesure que la popularité du théâtre du beiguan grandissait, les marionnettistes fouillèrent dans la littérature pour créer de nouvelles pièces. Les aventures des juges Bao, Peng ou Shi servirent ainsi de fond à des séries " judiciaires " complètement réadaptées pour le petit théâtre. L'Histoire fut aussi une grande source d'inspiration pour la création d'un nouveau répertoire. Les contes de chevaliers errants, les combats légendaires de dieux contre des monstres ou encore les récits de personnes à la recherche de l'accomplissement personnel ou des honneurs ont formé la base des pièces " chevaleresques ".
En 1941, les Japonais imposèrent au petit théâtre une " conversion " avec des oeuvres authentiquement nippones, seules autorisées. Tout un service de propagande, dévoué à l'effort de guerre, fut établi. On assista alors à la création d'un style complètement nouveau, comprenant l'approfondissement de la petite scène avec des décors tridimensionnels, l'accompagnement d'une musique occidentale enregistrée, un mélange des styles vestimentaires chinois et japonais, et surtout la naissance d'un jargon particulier dans les dialogues, mélangeant aisément les parlers de l'occupant et des insulaires.
Sept troupes seulement furent autorisées à donner des représentations, dont celles des grands maîtres Li Tien-lu et Huang Hai-tai, les plus renommés à cette époque. Le relâchement des contraintes traditionnelles, sous l'effet de la politique d'assimilation japonaise, donna naissance à des spectacles plus modernes ouvrant la voie à de nouveaux styles.
Dans les années 50 et 60, les marionnettes dites du Chin-kuang, ou " de la lumière dorée ", ont prévalu, lorsque les représentations passèrent de la rue aux grandes salles. Pour élargir l'audience, tous les éléments liés au spectacle, comme l'intrigue, l'éclairage ou les effets sonores et spéciaux, subirent une profonde altération, au point de s'éloigner des principes traditionnels du nanguan ou du beiguan.
Le théâtre du Chin-kuang développa à partir d'une " action ", un scénario relatant les péripéties d'un groupe de jeunes bonzes de la région de Putian, au Fujian, pratiquant les arts martiaux de la fameuse école du Temple de Shaolin. Tandis que diverses troupes répandaient ce thème, d'autres multiplièrent les personnages en inventant de nouveaux, comme des magiciens aux pouvoirs extraordinaires qui, traversant à la fois le temps et l'espace, contaient les folles aventures de ces bonzes durant leur formation spirituelle et martiale. Des effets lumineux kaléidoscopiques annonçaient généralement leur entrée en scène. Ces nouveaux " héros spirituels " pouvaient, pour se protéger, lancer un rai de lumière dorée, en chinois chin-kuang. C'est cet effet particulier qui a donné son nom à ce nouveau théâtre
L'intrigue de ces spectacles tourne autour d'une bataille aux rebondissements sans fin entre le groupe des vertueux et celui des félons. Les plus faibles font inévitablement appel au tout puissant magicien pour les aider à un moment crucial de la violente lutte, ce qui permet d'allonger indéfiniment l'histoire.
Le théâtre du Chin-kuang s'est vite démarqué de la tradition, notamment sur certains points importants. La scène montée sur trois niveaux remplace la fenêtre monobloc; les poupées, elles, grandissent en taille et prennent des allures " plus modernes ", tandis que les musiciens qui accompagnent ordinairement les spectacles de marionnettes cèdent la place à une bande sonore enregistrée. Enfin, un lecteur assure la narration de l'histoire.
En 1970, la chaîne Taiwan TV demanda à Huang Chun-hsiung, du Théâtre de Wu-chou, d'enregistrer Le chevalier de Yunzhou, une longue série, de pas moins de 583 épisodes, comprenant de nombreux personnages inédits et fabuleux, comme Shi Yan-wen, le " Vieillard étrange ", " Double-Dent ", ou encore l'" Homme caché derrière son miroir ". Cette oeuvre a fortement marqué tous les téléspectateurs taïwanais.
Dans l'ensemble, les spectacles retransmis à la télévision sont du style du Chin-kuang, tandis que nombre d'adaptations en ont amélioré les effets sonores, la musique d'accompagnement, les effets de scène, l'allure des marionnettes, ainsi que le déroulement de l'intrigue. Une emphase particulière est mise sur la différenciation des personnages; chaque héros est annoncé puis accompagné par un thème musical spécifique, tandis que les effets optiques rendus sur le petit écran sont plus impressionnants, peut-être plus réels.
Les " marionnettes à la télé " acquirent leurs lettres de noblesse dans les années 70 et 80 au fur et à mesure que se généralisait la présence du petit écran dans les foyers.