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Une transsexuelle adopte un enfant

PD: 11/01/01

Après cinq mois de procédures, une jeune célibataire transsexuelle, Mme Chang Chia-ling, a été autorisée le 18 octobre par le Tribunal de District de Chiayi à adopter un bébé de six mois dont elle s'occupe depuis la naissance, marquant ainsi un précédent dans les annales juridiques de Taïwan. L'arrêt de la cour fait seulement état que la nouvelle mère dispose de moyens suffisants pour élever dignement l'enfant.

 Mme Chang Chia-ling, travaillant comme artiste de cabaret, pourra donc adopter le petit garçon à qui elle apportait déjà soins et affection. Le nouveau-né, d'une mère également célibataire qui, condamnée peu après la naissance de l'enfant pour trafic de drogue, purge une peine de prison, avait été confié à son grand-père, un voisin de l'artiste.

Ayant obtenu le consentement de la mère et du grand-père, la jeune femme a engagé une action en justice pour adopter l'enfant. Sans rejeter la demande, le tribunal avait alors requis fin août un complément d'information justifiant l'accord parental et les moyens d'existence de la jeune femme.

Mme Chang Chia-ling, née de sexe masculin, a manifesté dès son enfance des prédispositions au sexe féminin. A 24 ans, après avoir accompli ses obligations militaires, elle subit une opération en Thaïlande lui permettant de changer de sexe. Revenue dans l'île, elle a acquis une renommée dans le monde du spectacle, élevant au-dessus de la moyenne son niveau de vie. Heureuse d'apprendre le verdict de la cour, elle s'est exclamée que pouvoir devenir une maman comblerait sa vie.

 



 
 

Les Prix pour la Culture récompensent 4 lauréats

PD: 11/01/01

L'Organisation du Mouvement pour la Renaissance culturelle chinoise (OCCRM) a annoncé le 17 octobre le nom des gagnants des Prix du Président de la République pour la Culture 2001, qui seront remis par le chef de l'Etat, M. Chen Shui-bian, lors d'une cérémonie en décembre au Palais présidentiel.

 Le palmarès comprend cinq distinctions, attribuées à de hauts faits en faveur de la culture. Cette année, l'OCCRM n'a attribué que quatre prix, préférant ne pas en donner dans la catégorie Protection de l'Environnement.

Après le passage de plusieurs typhons qui ont causé des inondations et des glissements de terrain, parfois meurtriers, dans les régions de l'île, des efforts considérables ont été déployés pour réparer les dommages extraordinaires subis. Les personnes normalement affectées à la protection de l'environnement ont dû se détourner de leur tâche habituelle pour se consacrer aux secours et aux réparations.

 La Vénérable Cheng Yen, la fondatrice de la Fondation de la Compassion bouddhique Tzu Chi, créée en 1967 à Hualien, a été récompensée pour son oeuvre sociale inconstestable qui apporte aide et réconfort aux moins favorisés.

Dans la promotion des arts et des lettres, le professeur Wu Shou-li, lexicographe de 92 ans, a été honoré pour ses longs travaux sur la langue taïwanaise, couronnés par la publication du Dictionnaire pratique mandarin-taïwanais, dont il est l'auteur.

Quant au prix pour la défense de la paix, il est revenu au docteur Lin Tzeng-yi, médecin, en reconnaissance de son action en faveur de Taïwan, ainsi que des dernières campagnes qu'il a menées pour l'accession de l'île à l'Organisation mondiale de la Santé.

Enfin, l'Association pour le Développement de la Communauté aborigène du Mont Ali (ADACA) a été également récompensée du Prix du Président de la République pour la Culture qui couronne ainsi sa lutte contre les barrières ethniques et sa contribution au progrès des conditions de vie dans les communautés aborigènes de la région du Mont Ali, dans le centre de l'île.



 
 

Les marionnettes taïwanaises : un monde fantastique toujours vivant

PD: 11/01/01

Les marionnettes sont sans doute un art pour lequel les Taïwanais conservent au fond de leur coeur une certaine nostalgie. Etant restées longtemps un des divertissements préférés du public dans l'île, elles sont le spectacle auquel de nombreux artistes, les uns après les autres, ont donné le meilleur de leurs idées, de leurs styles ou de leurs talents. Les Echos RCT sont heureux d'inserrer en trois fois leur longue et fantastique histoire peu connue en Europe, alors qu'elles y ont remporté un certain succès grâce aux tournées de montreurs talentueux et imaginatifs. En voici la première partie.

A Taïwan, le théâtre des marionnettes à gaine, aussi appelé localement les " marionnettes à main " ou encore le " petit théâtre du panier ", est un art des plus représentatifs du folklore propre à l'île. Même s'il est issu des spectacles donnés dans le sud de la province continentale du Fujian, il s'en distingue en raison des circonstances historiques propres à l'île.

 

Les origines des marionnettes taïwanaises
 N'ayant conservé que peu de traces du théâtre de marionnettes à gaine dans le Fujian, il est difficile d'en fixer avec exactitude les origines. Pourtant la plupart des spécialistes s'accordent à dire que cet art s'est développé assez tardivement dans cette province, plus tard qu'ailleurs en Chine, puisqu'il ne semble pas y être apparu avant la dynastie Ming (1368-1644). Selon les témoignages de l'époque, c'est dans les hsien de Quanzhou et de Zhangzhou, dans le sud du Fujian, que le petit théâtre des marionnettes, dans les formes essentielles que nous connaissons aujourd'hui, aurait été créé par un lettré au XVIIe siècle.

Il y a quatre cents ans environ, dans la petite ville portuaire de Quanzhou, vivait un lettré, du nom de Liang Binglin (selon d'autres écrits de Zhangzhou, il porte le nom de Sun Qiaoren), qui, en dépit de ses vastes connaissances et de ses nombreux talents, n'avait jamais réussi l'examen impérial pour devenir mandarin.

 Peu avant une session d'examens impériaux auxquels Liang Binglin se présentait une nouvelle fois, le lettré fit un rêve curieux dans lequel le dieu du Bonheur, de la Bonne Fortune et de la Longévité s'était joint à la déesse des Dames âgées, au dieu de la Littérature et à quelques autres divinités pour lui apporter un immense cadeau. Curieux de connaître la signification de ce songe, il alla le lendemain consulter un devin, chez qui il tira une baguette de bambou sur laquelle était inscrite la réponse divine. Il put ainsi lire ces vers prophétiques: " Trois tentatives te mèneront à la Cour. D'elle, tu recevras les plus grands honneurs; succès et renommée sont dans la paume de tes mains; gloire et prospérité se tiendront devant toi. ". Liang Binglin se réjouit, pensant alors que, cette fois, il allait réussir les épreuves. Mais, il en fut tout autre: il avait à nouveau échoué.

Retournant dans son village natal, Liang Binglin se mit à enseigner. Tout près de chez lui, demeurait un artisan qui fabriquait des marionnettes à fil, à qui il rendait souvent visite à ses heures perdues. A la vue des personnages créés, il réalisa qu'il était impossible de les manipuler sans un entraînement intensif durant de longues années. Un jour, une idée lui vint à l'esprit. Si ces poupées étaient de plus petite taille, elles pourraient être maniées d'une seule main avec plus de rapidité, permettant de rendre les personnages plus vivants sur la petite scène.

Il confectionna alors quelques personnages de plus petite dimension et, avec un peu d'imagination, il accentua leurs traits et leur expressivité. Pensant à ses marionnettes, il rédigea plusieurs scénarios inspirés d'histoires répandues, incorporant ses propres désillusions sur la fonction publique et décrivant avec beaucoup de talent littéraire l'ignorance et l'incompétence des fonctionnaires impériaux. Enfin, il se lança comme montreur de marionnettes.

 Le style vivant de ses pièces, l'habileté de ses mouvements le rendirent vite populaire dans la ville de Quanzhou. Alors que, au cours d'un spectacle relatant l'histoire d'un candidat heureux aux examens impériaux, il avait récité le poème tiré chez le devin pour expliquer son rêve fait quelques années plus tôt, le sens véritable des vers lui apparut soudain. La parabole -- Le succès est dans la paume de ta main, ou encore La gloire se tient devant tes yeux -- jaillit comme une étincelle. Elle faisait bien sûr allusion aux marionnettes et au nouveau " petit monde " qu'il venait de créer.

 D'autres, qui avaient aussi échoué aux examens, suivirent l'exemple de Liang Binglin. Mais, beaucoup gardèrent à l'esprit les idées de leur classe, considérant le spectacle des marionnettes seulement comme un moyen de se sortir d'une passe financière difficile.

Ils répétaient souvent qu'il vendaient leur voix, mais pas leur visage, ce qui leur permettait de survivre jusqu'à la prochaine session d'examens. Pour eux, donner un spectacle de marionnettes était un expédient, puisqu'ils n'avaient aucune intention de devenir montreurs professionnels.
 

L'évolution des marionnettes dans l'île
Le XIXe siècle a sans doute été l'âge d'or des marionnettes à gaine dans le sud du Fujian. Cependant, la misère sévissant dans la province, ce fut aussi le temps des grands départs vers d'autres terres et continents. Bien sûr, les marionnettes à gaine ont suivi leurs maîtres et se sont répandues dans le Sud-Est asiatique et à Taïwan. En fait, dans les contrées éloignées, elles furent longtemps le moyen de soulager les émigrés de leur nostalgie pour le pays natal.

 A Taïwan, au cours d'une lente évolution, le théâtre de marionnettes du Fujian s'est peu à peu transformé au gré des événements particuliers que l'île a traversés, de telle sorte qu'on peut aujourd'hui distinguer ici plusieurs formes originales qui méritent certainement d'être classées à part.

 Lorsque les marionnettes à gaine arrivèrent pour la première fois dans l'île dans les bagages des colons venus des campagnes du sud du Fujian, les spectacles étaient variés, chaque montreur utilisant le style de son village natal. Les nombreuses représentations de marionnettes pouvaient se classer en trois grands styles selon l'origine des marionnettistes. Ceux venus de Quanzhou donnaient des représentations accompagnées de la musique du nanguan, plus langoureuse et plus subtile -- une école de musique chinoise usant d'instruments à cordes sur un rythme plus lent. Dans la petite fenêtre, les personnages évoluaient avec douceur, exprimant leurs sentiments dans un langage raffiné et une mimique symbolique. C'était le " théâtre [de marionnettes] du nanguan ".

 Les montreurs de Zhangzhou, une ville au sud de Quanzhou, se répartissaient en deux groupes. Le premier, dit " de Chaozhou ", interprétait un répertoire sur des mélodies populaires, au rythme plus vif scandé par des instruments de percussion, l'accompagnement étant joué un peu à la manière des airs entendus lors de célébrations de rites taoïstes. Cette présentation a reçu le nom de " théâtre rituel ". Le second groupe, dit " vernaculaire ", se distinguait par la sobriété de ses décors placés parcimonieusement devant un drap blanc tendu derrière la petite scène. La musique accompagnatrice suivait celle du nanguan, laissant toutefois une large place aux mélodies populaires, tandis que l'expression orale, beaucoup moins littéraire, puisait essentiellement dans la langue familière.

 La plupart des montreurs arrivés de Chine continentale ont donc apporté avec eux un style propre qui s'est perpétué de générations en générations sous la forme du " petit théâtre du panier ", ainsi nommé par les Taïwanais, car le marionnettiste parvenait à emporter ses poupées, ses tréteaux, son art " dans un panier ", lorsqu'il effectuait ses tournées à travers l'île.

L'intrigue dont raffolaient les spectateurs se tissait en général autour d'un héros, d'une héroïne et d'un bouffon. Pourtant, le répertoire dans lequel le montreur excellait était très limité. Seul un maître incontesté parvenait à donner vingt ou trente spectacles avec la même perfection, acquérant du coup gloire et réputation.

 

(à suivre)