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Droit du travail: des progrès incontestables, mais il faut faire mieux

PD: 10/21/01

Taïwan a réalisé récemment des efforts encourageants dans la protection des droits des travailleurs dans l'île, a indiqué récemment la Confédération internationale des Syndicats indépendants (ICFTU), qui estime aussi que ces progrès ne sont pas encore suffisants.

 Selon une enquête récente sur les atteintes aux droits du travail dans le monde, effectuées dans 140 pays, Taïwan est parvenue, sous l'influence du gouvernement actuel dominé par le Parti démocrate- progressiste, à assouplir les restrictions limitant la formation des syndicats dans l'île, accordant même un statut officiel à trois nouvelles organisations professionnelles depuis le milieu de l'année dernière.

Cependant, la législation taïwanaise continue de permettre une intervention indirecte des pouvoirs publics dans les affaires internes des syndicats, indique également le rapport de l'ICFTU qui cite, par exemple, le fait qu'une organisation professionnelle insulaire peut être dissoute si elle est jugée dangereuse pour l'ordre social.

 Alors qu'un arrêt de 1995 réaffirme le droit constitutionnel de former un syndicat, plusieurs catégories professionnelles dans l'île ne sont toujours pas représentées par une organisation. C'est le cas ainsi des enseignants, des fonctionnaires et des personnels exerçant une activité liée à la défense nationale.

En outre, en raison d'un vide juridique reconnu, les syndicats de l'île ne bénéficient pas non plus d'une protection suffisante contre la discrimination.

 L'enquête de l'ICFTU montre aussi que les entrepreneurs taïwanais basés à l'étranger violent trop souvent les droits des travailleurs des pays où ils se sont installés, principalement en Amérique centrale, dans les Antilles, ainsi que dans le sud et le sud-est de l'Afrique, ternissant ainsi la réputation de l'île.

 L'ICFTU, qui est établie à Bruxelles, en Belgique, dispose de 221 bureaux dans 140 pays, rassemblant plus de 156 millions de personnes dans le monde. Coopérant étroitement avec l'Organisation internationale du Travail, sous l'égide des Nations unies, l'ICFTU agit également comme consultant au sein des diverses commissions économiques et sociales de l'ONU.

 



 
 

Le cinéma insulaire a besoin du soutien des pouvoirs publics

PD: 10/21/01

Les représentants de l'industrie cinématographique taïwanaise ont lancé un appel aux pouvoirs publics leur demandant de faire davantage en faveur de ce secteur qui a sombré dans la morosité. Depuis la fin des années 80, le cinéma taïwanais traverse de graves difficultés financières, faisant péniblement face à la vive concurrence des films étrangers, importés massivement dans l'île.

 Anticipant l'application brutale de certaines conditions défavorables, lorsque l'île fera son entrée à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), ils craignent que la levée des quotas, par exemple, ou la suspension de tout droit à l'importation sur les films étrangers ne plongent irrémédiablement dans le désarroi l'industrie cinématographique taïwanaise. Une des conséquences immédiates après l'adhésion à l'OMC serait la disparition du fonds d'Etat, créé en 1992, qui permet de subventionner la production de films insulaires, grâce aux droits perçus sur les films étrangers importés.

 L'an dernier, près de 450 films ont été projetés dans les salles taïwanaises, seulement 35 étaient des productions locales tandis que 128 venaient de Hongkong. Cette année, au cours des huit premiers mois, les studios de l'île ont produit seulement huit oeuvres, toutes avec l'aide de l'Etat. Dans ces conditions, les producteurs taïwanais hésitent encore à engager des frais tant le marché du cinéma leur paraît peu stable.

 Une initiative a été lancée sans succès l'an dernier auprès des 196 sociétés locales de distribution de films, qui contrôlent dans l'île 619 salles de projection, pour mettre à l'affiche plus de films locaux. Seulement cinq oeuvres insulaires supplémentaires ont en fin de compte été programmées.

Inquiets, les responsables de l'industrie cinématographique de l'île souhaitent qu'à l'instar de la Chine continentale, de Hongkong, de la Corée du Sud ou de la Thaïlande, les pouvoirs publics interviennent davantage pour revigorer le développement du cinéma local.

 Ils ont souligné, par exemple, que les autorités de Hongkong avaient alloué un fonds 100 millions de TWD (env. 3,17 millions d'EUR) à la réalisation de films locaux, tandis qu'en Corée du Sud, les maisons de production cinématographique jouissent de privilèges fiscaux. Ils ont également proposé une mesure, analogue à celle en vigueur en Thaïlande et en Corée du Sud, qui obligerait les distributeurs dans l'île à sous-titrer en langue locale les films étrangers.

 



 
 

Une décoratrice d'avant-garde

PD: 10/21/01

Le bois qui a échoué sur le littoral. Tout commence par le bois qui a longtemps flotté sur les mers.

 Pendant son enfance dans le sud de Taïwan, l'artiste-architecte Hsieh Li-Shiang, qui a aujourd'hui 38 ans, a rêvé de palais, de maisons, de sculptures, de huttes dans les arbres, édifiés avec du bois récupéré sur les plages. Elle a d'ailleurs construit à huit ans en haut d'un arbre sa première hutte derrière la maison de ses parents à Hsikang, dans le hsien (district) de Taïnan.

 Alors qu'elle avait un peu plus de vingt ans, Hsieh Li-shiang a dessiné et fait bâtir sa propre maison, en utilisant donc du " bois vieux et magique " -- comme elle le décrit -- qu'elle ramasse sur les plages du sud de l'île. Aujourd'hui, elle puise dans d'immenses stocks qu'elle s'est constitués pour construire des restaurants qui attirent l'oeil dans le sud de Taïwan, à Chiayi, à Hsingying (hsien de Taïnan) ou encore dans l'arrondissement d'Anping, à Taïnan même.

Appelons-la rêveuse, excentrique, ou bien artiste convaincue ayant du goût pour un style particulier de design architectural et quelque dédain pour les sentiers battus, peu importe. C'est un fait qu'elle est originale.

Bien sûr, Hsieh Li-shiang a produit une oeuvre qui a fait l'objet de reportages dans de luxueux magazines de décoration d'intérieur et des revues d'architecture. Les équipes de télé se bousculent et filment tout, et les journalistes intrigués se sont directement intéressés à ses portes et ses fenêtres non linéaires. Cette femme suit son propre chemin et, comme dans les vers du poète américain Robert Frost, a délibérément choisi d'emprunter " la route la moins fréquentée " quand " deux voies se séparent à travers la forêt enneigée ".

Dans son cas, à la croisée des chemins dans le sud de Taïwan, Hsieh Li-shiang a décidé de suivre le fil de ses rêves, guidée par son fors intérieur, plutôt que d'être le simple rouage d'une machine qu'elle ne contrôle pas. Alors que ses anciens camarades de classe à l'université ont pris une voie, Hsieh Li-shiang, motivée par son goût artistique et son imagination baladeuse, a suivi la sienne en approfondissant son art et son talent. Aujourd'hui, elle fait figure d'héroïne parmi les architectes insulaires et les décorateurs de restaurants.

 On peut notamment s'en rendre compte au Five Dollar Driftwood House -- Wu Jiao Chwann Ban, en chinois --, un café-restaurant spacieux et profond, ayant pignon sur la fameuse avenue Daya, à Chiayi, une ville du sud de Taïwan. Il a été construit par Hsieh Li-shiang et une petite armée de collaborateurs sans aucun schéma directeur ni aucun plan d'infrastructure. Briques, mortier, verre, bois venant de la mer -- en grande quantité --, ainsi que des traverses de voies ferrées recyclées, ont fait de ce lieu une merveille de l'architecture dans le goût du pays.

 " C'est le bouche à oreille qui a fonctionné, dit Joyce Tu, une jeune serveuse de l'établissement de Hsieh Li-shiang. En effet, il n'y a pas eu de grande publicité ou quoi que ce soit; ce sont les conseils d'amis à droite et à gauche qui font que le restaurant est rempli presque tous les soirs. Il n'y a rien de semblable dans la région de Chiayi. "

 Deux autres restaurants, l'un à Hsinying, l'autre dans la grande ville de Taïnan, ont une réputation qui monte au sud de Chiayi. Edifiés avec les mêmes matériaux et le même concept, ce sont certainement des monuments d'art. Dans les restaurants conçus par Hsieh Li-shiang, qui servent midi et soir de bons plats à prix modiques, il se crée, ce qui est le plus important, une atmosphère de détente qui est sans doute unique à Taïwan, et peut-être dans le monde. On pense alors à l'architecte américain Frank Lloyd Wright avec une touche de Salvador Dali et de Pablo Picasso.

 Carrie Lee, une lycéenne de Chiayi, qui visite souvent avec ses camarades la merveille en bois récupéré établie dans la ville, explique que la décoration l'a de prime abord intriguée, puis complètement captivée, au point d'en faire une fidèle cliente du restaurant et une inconditionnelle. Elle a rédigé un rapport de classe sur ce restaurant et sa décoration originale, convainquant du coup son professeur qui est à son tour devenue une fanatique.

 " Quand on se rend là-bas, cela ressemble à un lieu auquel on n'a jamais pensé comme restaurant ou café, confie la lycéenne. J'aime y aller avec mon petit ami après les cours et passer l'après-midi entier à bavarder et me plonger dans cette atmosphère magique. Mme Hsieh [Li-shiang] a vraiment réalisé un endroit de détente unique. "

Hsieh Li-shiang est humble. Lors de récentes interviews, elle a parlé de son oeuvre avec beaucoup de simplicité. " Je suis venue au bois qui a dérivé sur les flots quand j'étais encore une petite fille, indique-t- elle, vêtue simplement d'un jeans et d'une chemise de travail, les cheveux noirs et brillants réunis en une queue de cheval qui est devenue en quelque sorte sa marque de reconnaissance. Il y a un peu de magie dans les pièces que j'ai trouvées, près de chez moi, dans le hsien de Taïnan, sur les plages du petit village de Chiku. Je réfléchis alors à ces morceaux de bois qui flottent sur des centaines, des milliers de kilomètres à travers les mers et les océans avant de venir s'échouer sur ma petite île de Taïwan. Cela m'a fait frissonner quand j'étais enfant, et cela le fait toujours. "

Elle a grandi dans la petite ville de Hsikang, dans les environs de Taïnan, et y demeure toujours. Elle explique que son penchant pour l'art lui vient de sa mère qui aime peindre. " Mon père n'ayant en revanche aucun attrait pour l'art, poursuit-elle, j'ai donc reçu de ma mère ce goût et cet instinct pour l'art. "

Lorsqu'on lui demande comment elle en est arrivée à concevoir les plans des restaurants -- et à leur donner ce nom singulier --, elle répond: " Il y a environ dix ans, j'ai dessiné et construit une maison, justement à Hsikang, que je destinais à mes parents, en me servant de bois échoué sur les rivages et d'autres matériaux que j'avais amassés pendant des années. Cette réalisation m'a alors fait penser que je pourrais édifier un restaurant en utilisant comme matériau principal ce type de bois. Aussi, lorsque mes amis et quelques investisseurs m'ont incité à aller de l'avant, nous nous sommes tous mis à la tâche. "

Le premier établissement dans ce style que Hsieh Li-shiang a créé se trouvait à Paiho, près de Taïnan. Il a servi de modèle aux autres constructions à travers l'île avant d'être démoli par les autorités municipales, le restaurant ayant été édifié sans permis sur un terrain comportant des restrictions.

 " Evidemment, tout le monde veut connaître l'origine de son nom, s'exclame-t-elle. C'est simple. Un jour il y a à peu près trois ans, marchant le long d'une plage, j'ai aperçu au loin de grands morceaux de bois échoués. Accourant vers eux, j'ai été éblouie par des reflets du soleil sur une pièce de 5 TWD sur le sable. C'est alors que m'est venu l'idée du nom de mon futur restaurant, et de celui de tous les autres. "

Interrogée sur ses projets d'autres restaurants dans le sud de Taïwan, ou bien dans le nord, Hsieh Li-shiang marque un temps d'hésitation, puis ajoute avec un pétillement dans les yeux: " Je fais quelques rêves pour l'avenir, et j'aimerais ouvrir des restaurants dans le même style et avec les mêmes matériaux à Taichung, à Kaohsiung et, pourquoi pas plus loin, à Hualien, à Keelung, et même à Taïpei. Peut-êtreÉ peut- être aussi à Kenting. "

Elle n'est pas un génie de la finance malgré ses trois restaurants, confie-t-elle, expliquant qu'elle a abandonné tout ce qui touche à l'argent à ceux qui la conseillent et aux investisseurs. Des amis, insiste-t-elle, des gens qu'elle connaît bien.

 " Nous ne sommes pas une immense entreprise anonyme, poursuit-elle. Je me plais à créer des designs et tente d'aller de l'avant, tandis que mon équipe d'administrateurs et de financiers me laisse faire. Cela s'est fort bien passé jusque-là. Les clients semblent aimer le cadre que nous avons créé, et, malgré la recul économique dans l'île, les affaires vont vraiment bien pour nous. Le public aime toujours manger, même lorsque l'économie se porte mal. "

 Née en 1964 le jour du Double-Dix, la fête nationale (le 10 octobre), Hsieh Li-shiang a évidemment le double sens du possible, et dès qu'il s'agit de décoration intérieure d'un restaurant ou d'une grande maison, " rien n'est impossible ", affirme-t-elle.

 Pour une double dose de surprise et de merveilleux, il faut visiter l'un de ses restaurants lors d'une prochaine virée dans le sud de Taïwan. Si l'on rencontre une femme marchant d'un pas nonchalant dans la salle et portant un jeans délavé et une queue de cheval, il y a de fortes chances que ce soit Hsieh Li-shiang elle-même, surveillant le service, bavardant avec la vingtaine de jeunes serveuses et serveurs, ou regardant tout simplement à travers une fenêtre en rêvant à un autre palais qu'elle imagine dans le plus profond de son âme.

 Dan Bloom