La création d'une commission interministérielle consacrée à la lutte contre le sida a reçu le feu vert du gouvernement, afin d'assurer une meilleure prévention au niveau national mais aussi de mieux coordonner les efforts fournis ici avec ceux qui sont mis en oeuvre dans le cadre international.
Grâce à cette initiative, le gouvernement espère mieux maîtriser la propagation de la maladie, le nombre de porteurs du VIH qui cause le sida devant, selon les estimations officielles, progresser dans les années à venir pour atteindre 40 000 personnes dans l'île d'ici 2021.
La décision a été prise le 26 septembre, après la présentation en conseil des ministres d'un rapport du directeur de l'Office de la Santé publique, M. Lee Ming-liang. D'après les chiffres communiqués, la République de Chine avait compté jusqu'en août 3 377 de ses ressortissants porteurs du VIH, dont 717 sont morts. Le premier cas a été officiellement enregistré en 1984.
Depuis le nombre des personnes contaminées a augmenté de 20% chaque année, un rythme qui, s'il devait être maintenu, aboutirait dans l'île à un nombre total de malades s'élevant à 15 000 d'ici 2011 et à environ 40 000 d'ici 2021. Dans la pire des hypothèses, la progression de la maladie s'accélérant, le nombre de cas déclarés dans le futur pourrait être cinq fois supérieur, avec des conséquences considérables sur le plan humain, social et, entre autres, sur le financement de la santé publique.
Les programmes mis en place actuellement permettent aux patients d'obtenir gratuitement le cocktail de médicaments nécessaires pour retarder les effets du virus. Mais avec un coût moyen de 350 000 TWD (plus de 11 000 EUR) par malade, la facture médicale pourrait exploser à l'avenir dans des proportions dangereuses pour le financement de l'ensemble du système de soins publics. Les dépenses médicales consacrées à la lutte contre la maladie pourraient ainsi dépasser 25 milliards de TWD (près de 800 millions d'EUR) d'ici 2011 et 100 milliards de TWD (près de 3,2 milliards d'EUR) d'ici 2021.
Face au risque humain et financier, le gouvernement a donc choisi de s'attaquer au problème en privilégiant la prévention.
Gao Xingjian, le prix Nobel de Littérature 2000 d'expression chinoise, a effectué une grande tournée culturelle du 25 septembre au 9 octobre à Taïwan pour la deuxième fois depuis la remise de sa haute distinction. En tant qu'écrivain de renom, il a présenté au public insulaire ses dernières oeuvres, notamment sa nouvelle pièce de théâtre Neige d'août, et, a participé le 4 octobre au Musée national d'Histoire, à Taïpei au vernissage de son exposition en solo d'une quarantaine de tableaux.
Invité dans le cadre de la promotion d'échanges culturels entre les nations par la Commission d'Etat des Affaires culturelles de la République de Chine, cette visite était aussi coparrainée par le groupe United Daily News, de Taïpei. Durant une rencontre organisée dans la capitale avec ses lecteurs et admirateurs, le Prix Nobel s'est volontiers entretenu avec le public enthousiaste tout en signant des exemplaires de son oeuvre.
Au cours de son séjour, Gao Xingjian s'est penché sur la réalisation de son drame Neige d'août, portant une dernière touche à la mise en scène avec l'aide de plusieurs grands noms du théâtre taïwanais, ainsi qu'à la distribution des rôles, dont le principal sera interprété par le célèbre Wu Hsing-kuo. Cette oeuvre sera à l'affiche en décembre 2002 à Taïpei.
S'inspirant de l'histoire du sixième patriarche chan (ou zen) Huineng (638-713), Gao Xingjian a écrit Neige d'août qu'il situe parmi les " pièces orientales modernes " en raison de sa structure. Avec la collaboration de plusieurs artistes taïwanais, il envisage de l'adapter à l'opéra, un rêve qu'il caresse depuis longtemps. Pour cela, il recevra l'aide du gouvernement français dans le cadre de l'" année Gao Xingjian ", proclamée pour 2003 par la ville de Marseille, durant laquelle toute l'oeuvre du Prix Nobel sera mise à l'honneur au travers de différentes manifestations culturelles.
Gao Xingjian est venu pour la première fois à Taïwan en 1993, et y a depuis fait plusieurs visites durant lesquelles il s'est lié d'amitié avec de nombreuses personnalités des mondes littéraire, théâtral, artistique et religieux de l'île.
Originaire du Jiangxi, Gao Xingjian a quitté la Chine continentale en 1987 et s'est installé en France. Après des études à l'Institut des Langues étrangères de Pékin, où il obtint un diplôme de français, il fut interné sous la révolution culturelle (1966-1976) dans un camp de rééducation pour ses oeuvres jugées inconvenantes et politiquement incorrectes. La plupart de ses premières oeuvres qu'ils n'avaient pu publier furent brûlées.
En prenant le pouls du patient, le praticien de médecine chinoise peut diagnostiquer un mal. Tâter le pouls pour repérer le flot d'énergie qui affecte les fonctions du corps, tout cela peut paraître un peu fantaisiste pour les médecins occidentaux. D'ailleurs, ils clament souvent que la médecine chinoise -- et, par extension, l'herboristerie chinoise traditionnelle -- n'est basée sur aucune évidence scientifique.
Quoi qu'il en soit, les plantes médicinales en sont venues à jouer un rôle de plus en plus important dans la composition des produits de santé. Le goût du public pour les produits diététiques naturels s'est accru ces dix dernières années grâce aux progrès de la biotechnologie, étendant du même coup les recherches sur les plantes médicinales, au point que certains praticiens occidentaux se tournent maintenant vers la médecine chinoise pour y trouver des remèdes possibles.
La légende veut que l'empereur mythique Shen Nong, aussi honoré comme le père de l'agriculture, ait lui-même essayé des centaines de plantes afin d'en connaître les propriétés curatives. Cependant, la première pharmacopée chinoise n'a pas été rédigée avant les IIe et Ier siècles av. J.-C., sous la dynastie occidentale des Han (206 av. J.-C. - 8 ap. J.-C.). Les médecins des générations suivantes lui ont ajouté leurs nouvelles connaissances dans ce domaine.
Sous les Ming (1368-1644), Li Shizhen a rassemblé des éléments pharmacologiques dispersés un peu partout en un seul ouvrage intitulé Bencao Gangmu, plus connu en Occident sous le nom latin Materia Medica, l'un des recueils chinois les plus complets sur les plantes médicinales. Il énumère 1 892 plantes différentes et présente 11 096 préparations de remèdes à prescrire dans les traitements de maladie.
Aujourd'hui, la recherche sur de nouveaux médicaments à partir de plantes médicinales s'est notamment orientée vers le traitement du sida, des cancers et de l'hépatite virale B. Ces dix dernières années, les chercheurs ont étudié différents extraits de plante qui pourraient effectivement combattre les virus à l'origine de ces maladies. Leurs résultats pourraient annoncer une nouvelle ère pour le développement des produits pharmaceutiques.
A présent, des tests cliniques au stade préliminaire ont commencé à l'Hôpital général des Vétérans, à Taïpei, avec un traitement contre le cancer appelé PG2, développé à partir d'extraits de la racine de l'astragale de Chine (astragalus sinicus), une plante courante dans la pharmacopée chinoise. Le PG2, le premier médicament conçu à partir de plantes qui ait été essayé sur l'homme à Taïwan, permettrait de ranimer les fonctions des hématoblastes, ainsi que celles des globules rouges et blancs chez les sujets atteints du cancer. Selon M. Jiang Tsung-shann, le président de Phyto Health Corp., qui a développé le traitement, cinq autres médicaments à base de plantes médicinales chinoises, dont deux sont des dérivés essentiellement botaniques, font l'objet d'une étude plus poussée.
Genic Biotech Co., également de Taïwan, a aussi entrepris les tests cliniques de son nouveau produit, Genic. Composé à partir d'une douzaine de plantes médicinales, dont la morelle noire (solanum nigrum L) et le chèvrefeuille du Japon (lonicera japonica), qui possèdent toutes des propriétés antivirales -- Genic s'est notamment révélé efficace sur les patients auxquels il avait été administré pendant une période de quatre jours, inhibant le virus immunodéficitaire humain (VIH). Le médicament a été expérimenté deux ans au centre de recherches allemand Ana/lysis, puis aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Asie.
Le docteur David Ho, éminent chercheur sur le sida, qui a inventé une thérapie consistant en un mélange de trois médicaments, a promis de procéder à des analyses supplémentaires, les effets secondaires des plantes médicinales étant moins importants que ceux provoqués par la médicamentation chimique.
Le docteur Sun Shih-kuang, un expert en biomédecine travaillant aux Etats-Unis, a apporté aux malades du cancer une nouvelle encourageante grâce à son invention, le SV (Légumes sélectionnés), pour lequel il a, au début de l'année, obtenu l'approbation de l'Administration fédérale des Médicaments, aux Etats-Unis, ce qui lui permet de se livrer à des tests cliniques plus poussés. Dès que le SV -- vendu depuis 1992 en Amérique comme produit diététique -- sera homologué comme médicament de prescription, il pourra bénéficier à davantage de cancereux.
Désespéré de ne pouvoir sauver sa mère atteinte d'un cancer au poumon, le docteur Sun Shih-kuang s'est lancé dans la recherche sur les valeurs curatives des plantes médicinales vers la fin des années 80. Après une longue étude, il a développé une préparation complexe à partir de 19 plantes courantes de la pharmacopée chinoise, telles que la racine d'angélique de Chine (angelica sinensis radix), l'azerole (crataegi fructus), le gingembre et l'ail. L'administration de ce remède a permis de renforcer de manière significative l'immunité du corps allant jusqu'à tuer des cellules cancéreuses. Aujourd'hui, âgée de 86 ans, la mère du docteur Sun Shih-kuang est bien vivante. Elle a survécu seize ans après le terrible diagnostic de la maladie grâce au régime SV qu'elle a suivi.
Ce ne sont que quelques exemples d'administration clinique de plantes médicinales chinoises dont les propriétés curatives ont pu être développées avec plus d'efficacité. Quoique très populaires auprès des communautés chinoises, les plantes et les minéraux de la médecine chinoise, qui requièrent de longues heures de cuisson à l'eau , ont longtemps été considérés comme des traitements manquant de fondement scientifique. Même ceux qui croient à leur efficacité perdent souvent patience devant la durée requise à la préparation d'une médicamentation et les longues périodes pendant lesquelles leur administration est nécessaire.
Par ailleurs, les praticiens prennent souvent quelque liberté dans le choix des plantes qu'ils estiment mieux convenir à leurs patients. Ainsi, souffrant d'un même mal, des malades peuvent recevoir des prescriptions différentes, dépendant essentiellement de leur état général.
Aussi, la meilleure façon de populariser les soins par les plantes est d'explorer les combinaisons dites classiques, décrites dans les ouvrages chinois pour guérir un mal particulier. Elles sont pour la plupart distribuées en poudre vendues sur les marchés locaux depuis près de quarante ans.
Sun Ten Pharmaceutical Co. Ltd. a introduit ici dans les années 60 une technique japonaise pour produire des concentrés de plantes chinoises. Depuis 1975, la firme exporte au Japon divers types de concentrés conformément aux normes de ce pays. Afin d'élargir ses débouchés extérieurs, Sun Ten a dû se plier à des exigences plus sévères sur l'homogénéité, la qualité et l'efficacité des remèdes.
" Des tests scientifiques sont nécessaires pour que l'Occident accepte un médicament à base de plantes médicinales ", souligne le président de Sun Ten, M. Herb Shen. Indiquant que sa société a reçu en 1988 des autorités insulaires un diplôme certifiant l'excellence de la fabrication de ses produits, M. Shen ajoute que d'autres certificats comme l'excellence des tests en laboratoire ou des applications cliniques sont indispensables pour que les produits aient accès au marché mondial.
Confirmés par des analyses sur leur non-toxicité et leur efficience, les concentrés de Sun Ten sont vendus comme produits diététiques aux Etats-Unis depuis 1976. Les acupuncteurs et praticiens de la médecine chinoise en Amérique prescrivent souvent à leurs patients des poudres Sun Ten.
Assurément, il faut s'attendre à une explosion du marché des médicaments à base de plantes médicinales, avec le succès de plus en plus grand des thérapeutiques naturelles. Selon PhytoPharm Consulting, la vente de ce genre de médicament dans le monde s'est élevée à 19,6 milliards d'USD en 2000, et pourrait atteindre en 2002 un total estimé à 22,4 milliards d'USD, l'Europe devenant alors le principal débouché.
A Taïwan, la demande annuelle en produits à base de plantes médicinales varie entre 441 millions et 735 millions d'USD, dont 70% sont des remèdes consommés par voie orale et environ 20% servent au traitement des maladies. La production des remèdes chinois utilisés en posologie, comme les concentrés en poudre, s'est montée à 131 millions d'USD.
Préoccupé de l'importance croissante des médicaments à base de plantes médicinales dans l'économie nationale, le gouvernement de la République de Chine a procédé en 1998 à une revue complète de tout le secteur qui touche à la médecine chinoise et aux plantes médicinales. L'an dernier, le ministère de l'Economie a proposé un plan de cinq ans pour le développement du secteur. Le projet interministériel a nécessité cette année une mise de fonds publics de l'ordre d'environ 147 millions d'USD, ce qui devrait augmenter, espère-t-on, la production totale de ce secteur à 1,17 milliards d'USD d'ici à 2006.
Par ailleurs, lançant une action sans précédent, la Commission de la Médecine et Pharmacie chinoises, sous tutelle de l'Office de la Santé publique, a accordé des subventions pour la création de centres de tests cliniques consacrés à la médecine chinoise au sein de sept centres hospitalo-universitaires, dont les hôpitaux de Chi Mei, de l'Université de Taïwan et des Vétérans, à Taïpei.
La force de Taïwan dans ce domaine repose sur la grande compétence de ses praticiens de médecine chinoise. Le secteur insulaire des plantes médicinales, qui dispose déjà de solides assises et du soutien des pouvoirs publics, a donc pris de l'avance par rapport à la compétition internationale.