Après plusieurs mois d'hésitations, le Kuomintang (KMT), le premier parti d'opposition, a finalement exclu son ancien président et l'ancien chef de l'Etat, M. Lee Teng-hui, lui reprochant son engagement aux côtés d'une formation politique récemment créée, l'Union Solidarité Taïwan (UST).
Après deux heures de délibération, les 14 membres de la commission disciplinaire du KMT -- quatre autres membres ne s'étaient pas déplacés -- ont unanimement voté le 21 septembre en faveur d'une résolution expulsant l'ancien président, après avoir tenté en vain de le convaincre de se retirer de son propre chef. Les instances dirigeantes du parti ne s'étant pas opposées à cette décision, M. Lee Teng-hui est devenu le premier ancien dirigeant du parti nationaliste à en avoir été exclu depuis sa fondation, il y a 107 ans.
Après avoir, douze ans durant, présidé aux destinées du KMT, M. Lee Teng-hui avait été poussé à en abandonner la direction dans la foulée de la défaite retentissante aux élections présidentielles de l'année dernière. Ce tout dernier retournement arrive alors que l'ensemble de la classe politique prépare activement le prochain scrutin législatif qui se déroulera en décembre et dont l'enjeu paraît vital pour la survie de l'ancien parti au pouvoir.
Le KMT a définitivement choisi la rupture avec la politique de " taïwanisation " qu'avait menée ces dernières années son ancien leader, alors que la mouvance qui lui était opposée, jugée plus proche de la Chine continentale, semble avoir remporté la dernière manche de la partie de bras de fer qu'elle avait engagée contre lui.
Sous l'influence de sa " vieille garde ", le KMT opérerait donc un rééquilibrage qui pourrait ne pas lui être aussi favorable, entend-on déjà dire, étant donné l'influence politique que conserve l'ancien président de la République, toujours adulé par bon nombre de Taïwanais. Une frange de l'électorat, de plus en plus importante au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la capitale, pourrait lui rester fidèle en apportant ses suffrages au parti qu'il soutiendra.
Si tel était le cas, c'est-à-dire si un fort capital de voix se déplaçait du KMT vers d'autres formations, notamment l'UST, dont M. Lee Teng-hui est largement vu comme le mentor, l'ancien parti au pouvoir pourrait perdre la majorité qu'il conserve actuellement au Yuan législatif et même, affirment certains, perdre l'opportunité de participer au prochain gouvernement de coalition que M. Chen Shui-bian, le président de la République, a promis de former.
Réunis pour une conférence au sommet, les chefs des principales formations politiques insulaires se sont entendus au-delà des divisions partisanes pour accélérer l'examen au Yuan législatif des plus importantes recommandations formulées il y a un peu plus d'un mois par la Commission consultative économique.
Selon les termes de l'accord, les groupes parlementaires des principales formations représentées à la législature travailleront ensemble pour que soient adoptées plus d'une trentaine de législations considérées comme fondamentales pour l'avenir économique et politique de l'île. Le délai pour voir aboutir cette action commune a été fixé au 1er novembre.
Plus précisément, les textes qui seront votés dans ces circonstances particulières auront pour objectif, d'une part, de relancer l'économie pour la sortir du marasme actuel et, d'autre part, de la préparer au défi de son entrée prochaine à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).
Conscients que des facteurs non économiques prendront une part importante dans le succès des mesures qu'ils entendent soutenir, les chefs politiques ont proposé de mettre en place des groupes de travail au niveau du Yuan législatif dont la tâche sera d'améliorer l'interaction avec le gouvernement et les agences qui auront la charge de mettre en vigueur les nouvelles dispositions.
La stabilité dans le détroit de Taïwan a également fait l'objet de leur préoccupation, puisque dans un rare mouvement d'unanimité sur la question, les dirigeants des principales formations de l'île ont convenu d'écarter un sujet de friction essentiel entre eux, celui de l'interprétation qu'il faut donner aux conclusions des négociations menées en 1992 entre Taïwan et la Chine continentale, pour appeler le chef de l'Etat à renouer rapidement le dialogue avec les autorités de Pékin.
Outre le président du Kuomintang, M. Lien Chan, qui dirige la formation majoritaire au Yuan législatif et à l'initiative duquel avait eu lieu la rencontre, se sont associés au débat, pour ne citer que les plus connus, MM. Frank Hsieh, le président du Parti Démocrate-progressiste, James Soong, le président du Parti Pour le Peuple, et Mme Hsieh Chi-ta, chef du Nouveau Parti.
Dans sa publication officielle du 19 septembre, la Commission centrale des Elections (CEC) a fixé au 1er décembre le jour du scrutin national renouvelant le Yuan législatif. Sont donc à pourvoir au suffrage universel direct 176 sièges par les circonscriptions de la région de Taïwan, dont huit sièges réservés la population aborigène.
Par ailleurs, huit autres sièges représentant les ressortissants résidant à l'étranger (Chinois d'outre-mer) et 41 autres pour l'ensemble de la nation seront attribués proportionnellement aux résultats obtenus par les partis politiques en lice.
Les candidatures seront recevables du 7 au 11 octobre, tandis que la campagne officielle durera les dix jours précédant le scrutin.
Toujours le 1er décembre, un autre scrutin aura lieu pour assurer le renouvellement des maires des villes provinciales et des chefs de hsien (districts), ainsi que des membres des conseils de ces circonscriptions, à l'exception des maires de Taïpei et de Kaohsiung qui feront l'objet d'une élection ultérieure, leur ville obéissant aux statuts des municipalités spéciales.
M. Huang Shih-cheng, président de la CEC, a lancé un appel pour des élections propres, souhaitant que le sens civique l'emporte sur les intérêts personnels ou de clan. De nouvelles mesures ont été prises pour combattre la violence, l'achat des votes, une pratique souvent rencontrée lors de précédentes élections, et autres malversations.