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Kinmen, une petite île située près du littoral continental chinois mais sous juridiction de Taïpei, est longtemps restée un avant-poste militaire sur la ligne de front directement face à l'ennemi durant toute la guerre froide. Pour cette raison, une forte présence militaire avait accaparé les destinées économiques de la petite île située aux bouches de la Jinlong. La situation internationale évoluant vers un rapprochement générale des nations, l'importance géostratégique de Kinmen a fortement diminué, et plus personne ne croit qu'elle puisse faire l'objet d'une attaque de Pékin, tandis que la démocratisation s'installe dans la région de Taïwan. N'échappant pas à ce mouvement, Kinmen s'est ainsi trouvée confrontée, avec le retrait progressif des militaires, à l'effondrement de l'ensemble économique qui s'était bâti autour de l'armée.
Aujourd'hui, le nombre des militaires en poste à Kinmen et sur les îles environnantes ayant fortement diminué, l'autorité civile a gagné en pouvoir et prône le tourisme. Elle met en place une économie régionale ouverte aux échanges, abandonnant les services fournis par le personnel militaire, alors nombreux et incontournable dans cet avant-poste de la République de Chine.
Misant sur sa situation géographique exceptionnelle, qui en avait fait une place forte dès le Xe siècle à la fin de la dynastie Tang, Kinmen -- dont le nom signifie la " porte d'or " -- se tient prête à redevenir la porte ouverte de la Chine sur le monde extérieur, comme autrefois, s'ouvrant à de futurs touristes attirés par sa nature particulière, ses villages et autres lieux pittoresques, son folklore singulier, son patrimoine culturel et historique, ainsi que son histoire moderne.
Devenue le siège d'une nouvelle expérience dans les relations entre les deux rives du détroit de Taïwan, Kinmen est depuis le début de l'année l'un des deux points de départ des " mini-liaisons " -- un ensemble de liens commerciaux, postaux et de transport établis directement avec la Chine continentale -- qui ont été rouvertes après une interruption totale de plus de cinquante ans.
Selon M. Chen Shui-tsai, le maire de Kinmen, ces " mini-liaisons " soulignent la bonne volonté de Taïpei à l'égard de Pékin et servent de modèle pour les liaisons directes qui seront établies à une plus grande échelle depuis l'île même de Taïwan.
Depuis janvier dernier, plus de sept mille personnes ont déjà effectué, la courte traversée entre Kinmen et la ville portuaire de Xiamen, située en amont sur la Jinlong, alors que, dans l'autre sens, environ 500 continentaux seulement se sont rendus à Kinmen. La plupart des visiteurs continentaux étant d'ailleurs originaires de la petite île, ils n'avaient pu y revenir pendant la guerre civile et après la conquête du continent par les forces communistes en 1949.
Il semblerait que les voyageurs continentaux rencontrent certaine réticence de leurs autorités qui délivrent au compte-gouttes les visas de sortie permettant les déplacements en groupe vers Kinmen, encore qu'il soit difficile d'évaluer ici l'intérêt que peut susciter Kinmen auprès de la masse des touristes là-bas. Néanmoins, les autorités kinménoises restent persuadées que les touristes continentaux finiront bien par affluer dans la petite île, attirés par ses particularités et encouragés par une industrie touristique locale qui se développe rapidement.
Dans l'histoire de la Chine, Kinmen fut un port important sous les Cinq Dynasties (907-960), puis sous les Song (960-1279). Déjà à cette époque, Kinmen était une porte sur les mers du Sud d'où partirent les premiers émigrants chinois vers d'autres terres, notamment vers l'île de Taïwan.
C'est surtout Coxinga (1624-1662), dans sa lutte contre l'envahisseur mandchou, qui apporta la renommée à Kinmen en y installant son quartier général. De là, ses troupes conquirent Taïwan sur les Hollandais en 1662, la place forte de Kinmen restant toutefois aux mains des loyalistes pour leurs opérations contre les Mandchous, nouveaux maîtres de la Chine. Après la prise de Taïwan en 1683, Kinmen rentra dans le giron du Céleste Empire.
Lors de la guerre civile qui embrasa la Chine au sortir du second conflit mondial en 1945, Kinmen est redevenue une place stratégique, cette fois-ci pour les troupes nationalistes qui se repliaient sur Taïwan. Elle fut âprement disputée par les forces communistes qui y subirent une défaite en 1949, laissant la petite île aux mains des nationalistes. En 1958, une autre invasion fut tentée en vain par Pékin qui pilonna régulièrement Kinmen jusqu'en 1978, lorsque les Etats-Unis annoncèrent leur décision de rompre diplomatiquement avec Taïpei pour reconnaître Pékin.
En fin de compte, les forces continentales ont tiré 479 554 obus de tous calibres sur Kinmen. Faisant appel à l'esprit d'entreprise qu'ils partagent avec leurs compatriotes de Taïwan, les habitants de Kinmen ont alors ramassé les éclats d'obus dispersés sur leur île pour en faire des couteaux. Ainsi, les touristes taïwanais qui ont visité la petite île ont presque tous entendu parler de la fameuse coutellerie kinménoise, une spécialité que les collectivités locales espèrent bientôt faire également connaître aux continentaux, et aussi aux étrangers.
De la longue occupation par des soldats sur le pied de guerre, Kinmen a gardé de nombreuses installations militaires devenues obsolètes, en particulier un immense réseau-labyrinthe d'abris souterrains. En surface, les maisons traditionnelles épargnées par la destruction sont des exemples parfaits de l'architecture typique de la Chine du Sud.
Les ressources agricoles étant pauvres, les habitants ont planté du sorgho dont ils tirent une excellente eau-de-vie, appelée kaoliang du nom chinois de son principal ingrédient, qui a fait la réputation de l'île.
Alors que ses habitants ont jalousement conservé un patrimoine culturel particulier, Kinmen révèle également une nature merveilleuse avec ses plages de sable fin, ses villages pittoresques, ses forêts aux arbres replantés après les destructions, en même temps qu'elle est aussi devenue un poste d'observation fort apprécié des ornithophiles du monde entier, qui, aux saisons intermédiaires, viennent étudier les moeurs et la vie de plus de 200 espèces d'oiseaux lors de leur " escale " dans la petite île.
Ses particularités historiques, culturelles et naturelles, longtemps cachées, doivent être revalorisées pour attirer un plus grand nombre de touristes, et plusieurs projets de grands travaux sont activement poursuivis pour améliorer les infrastructures de l'île.
Un crédit de 34 millions de TWD (env. 1,1 million d'EUR), a été alloué pour être investi en partenariat dans des projets de développement du littoral de la province du Fujian, notamment la construction d'un pont titanesque franchissant un des bras de la Jinlong séparant Kinmen et Xiamen, afin de relier l'île au continent.
Espérant devenir un jour un avant-port actif de Xiamen et de tout le sud de la province du Fujian, Kinmen s'est activement lancée dans la construction de nouvelles infrastructures, comme un nouveau port de commerce en cours d'achèvement, le pont sur un court bras de mer qui reliera l'île de Kinmen proprement dite à celle de Petite Kinmen, dont les travaux commenceront en décembre, tandis que les plans d'un aéroport d'une plus grande capacité sont à l'étude.