Sourires et poignées de main ont été échangés entre les ministres des Finances de Taïpei et de Pékin, lors de leur rencontre le 7 septembre dans le cadre d'un forum ministériel de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui s'est tenu à Suzhou, en Chine continentale.
Les deux hommes, MM. Yen Ching-chang, pour Taïpei, et Xiang Huaicheng, pour Pékin, n'ont pas parlé des changements en préparation dans l'île, où l'on étudie l'ouverture prochaine des liaisons directes entre les deux rives du détroit de Taïwan, mais ont plutôt mis l'accent sur les difficultés économiques que traversent actuellement les économies du Sud-Est asiatique.
" Nous avons eu de très bonnes discussions ", a confié M. Xiang Huaicheng, après sa rencontre avec son homologue taïwanais qui a duré un peu plus d'une heure. " Nos discussions ont été très amicales ", a repris à son tour M. Yen Ching-chang.
A son retour dans l'île, ce dernier a indiqué par ailleurs que ses entretiens, toujours dans le cadre de l'APEC, avec M. Paul O'Neill, le secrétaire du Trésor américain, avaient débouché sur la relance d'une proposition visant à établir des réunions au niveau vice-ministériel entre Taïwan et les Etats-Unis. L'idée avait été lancée par M. Yen Ching-chang, lors d'un précédent voyage aux Etats-Unis en mai dernier, sans soulever à ce moment de réponse claire de la part de ses interlocuteurs.
Elle semble maintenant attirer l'attention des autorités américaines, M. O'Neill ayant pris l'initiative d'en reparler.
Le secrétaire du Trésor américain s'est félicité en outre de la visite que M. Yen Ching-chang entend effectuer en novembre dans son pays, à la tête d'une forte délégation et dont l'objectif sera de promouvoir l'investissement à Taïwan. Trois symposiums -- à New York, Boston et San Francisco -- sont prévus pendant cette tournée, le ministre des Finances taïwanais profitant de la tribune qui lui sera offerte pour se livrer à une présentation des réformes financières en cours dans l'île.
En dehors de ses homologues américain et continental, M. Yen Ching-chang s'est également entretenu avec les ministres des Finances de six autres pays.
En réponse aux déclarations de M. Qian Qichen, vice-Premier ministre de la Chine continentale, la Commission d'Etat des Affaires continentales (MAC), par la voix de M. Jan Jyh-horng, son directeur de la Recherche et de la Planification, a espéré que des pourparlers bilatéraux sincères et harmonieux seraient bientôt organisés.
Le 10 septembre, lors du Forum international sur la Chine et le Monde au XXIe siècle, organisé à Pékin, le principal responsable continental de la politique vis-à-vis de Taïwan avait indiqué que les autorités de Pékin auraient la patience d'attendre que Taïpei propose, dans le cadre du principe d'" une Chine ", une solution au problème entre les deux rives du détroit de Taïwan.
Rappelant brièvement la situation historique de l'île, il a aussi fait savoir que, dans le cadre de la réunification nationale, Taïwan pourrait conserver sa structure administrative, ses forces armées et sa monnaie, former une zone douanière indépendante. Dans le même temps, aucun impôt ne serait levé dans l'île par Pékin, qui n'y enverrait pas non plus de responsable politique. Ainsi, a-t-il poursuivi, le mode de vie des Taïwanais resterait inchangé, puisque les habitants disposeraient de leurs propriétés, leurs entreprises et leurs capitaux, comme dans le passé.
Dans sa réponse au dirigeant continental, M. Jan Jyh-horng a plus précisément abordé le refus des autorités de Pékin de renoncer à l'usage de la force contre Taïwan, en rappelant que les grandes manoeuvres militaires effectuées le mois dernier sur l'île Dongshan par les forces armées de Chine continentale démontraient au monde entier que Pékin pouvait parfaitement frapper Taïwan, lorsqu'elle le jugerait nécessaire.
Considérés comme une manifestation plus politique que militaire, ces exercices servent d'avertissement aux habitants de Taïwan, a assuré M. Jan Jyh-horng. Ils ont surtout montré, a-t-il poursuivi, qu'à travers l'ampleur des manoeuvres et l'entraînement des hommes, les autorités de Pékin ont considérablement augmenté leurs forces en termes de qualité, en particulier depuis la première élection présidentielle au suffrage universel direct en 1996 à Taïwan, ce qu'a confirmé une étude réalisée par les experts en défense de la MAC. Ces améliorations, qui sont le fruit de dépenses considérables, laissent planer un grand doute dans l'esprit des habitants de Taïwan sur les intentions des dirigeants de Pékin quant à leur volonté de réunir " pacifiquement " la Chine, a-t-il déploré.
Le directeur de la Recherche et de la Planification de la MAC s'est offusqué de la condescendance de Pékin qui traite toujours Taïpei comme une entité locale. Cette attitude lui paraît insupportable et contribue à entretenir un climat de méfiance entre les deux rives. Au nom du gouvernement insulaire, il a lancé un appel aux dirigeants continentaux pour que soient entamées sur un pied d'égalité des négociations sincères.
Dans la foulée des recommandations soumises fin août au président de la République, M. Chen Shui-bian, par la commission consultative économique, et transmises au gouvernement, le ministère de l'Intérieur procédera à une nouvelle révision de la réglementation qui portera jusqu'à six ans, au lieu de trois comme cela a été fait tout dernièrement, la durée de séjour dans l'île des ressortissants de Chine continentale travaillant dans la haute technologie, a récemment annoncé le ministère de l'Intérieur.
En effet, c'est la seconde extension des permis de travail accordés aux techniciens continentaux prise coup sur coup. Une première décision avait augmenté mi-août à trois ans la durée maximale des contrats de travail. Cependant, estimant cette nouvelle période encore trop courte pour de longues recherches, les milieux professionnels intéressés ont demandé à la commission consultative économique, alors en session, d'étudier le problème. Dans son compte-rendu final, la commission a, entre autres, proposé de doubler la durée qui venait juste d'être allongée, sans modifier les conditions générales d'embauche des techniciens continentaux.
En outre, la nouvelle réglementation précise que, toujours dans le secteur des hautes technologies, le personnel continental employé hors de l'île par les entreprises ayant des capitaux étrangers ou une succursale à Taïwan pourra effectuer dans l'île des visites d'ordre professionnel aussi fréquentes que nécessaires pendant une période de six ans.
Depuis janvier dernier, un ensemble d'échanges directs -- commerciaux, postaux et de transport -- a été mis en place entre Taïwan et la Chine continentale au départ ou à destination des îles de Kinmen et de Matsu proches du continent mais sous juridiction de Taïpei. Les liaisions maritimes ont peu à peu pris de l'ampleur puisque, durant cette période, on a enregistré 105 traversées de navires, dont 85 effectuées par des bâtiments taïwanais, sur les lignes Kinmen-Xiamen ou Matsu-Mawei, l'avant-port de Fuzhou. Pour ce qui concerne le trafic des passagers, les ressortissants de la République de Chine se sont rendus en grand nombre vers Xiamen ou Fuzhou (7 474 visites), alors que les continentaux ont effectué seulement 490 visites.
Composée de huit membres, une délégation du Comité national olympique de Chine [continentale] (CNOC) est arrivée le 11 septembre à Taïpei pour un séjour d'une semaine dans l'île. Conduits par M. Gao Zhidan, directeur adjoint de l'Education physique du CNOC, les délégués se sont entretenus avec leurs homologues du Comité olympique chinois de Taïpei (Chinese Taipei) et ont participé à un symposium co- parrainé par les comités nationaux de l'une et l'autre rive du détroit de Taïwan. Durant leur séjour, les délégués continentaux ont visité le nouveau stade de base-ball de Tienmou, à Taïpei, ainsi que d'autres installations sportives de la capitale, et se sont rendus dans des établissements culturels et récréatifs de l'île.