Le chef de l'Etat veillera personnellement à la mise en oeuvre des réformes qui ont été recommandées il y a quelques semaines par la commission consultative sur l'économie. Outre les 500 milliards de TWD qu'il a promis le 9 septembre dans le cadre d'un plan destiné à faciliter la reprise de l'activité économique, M. Chen Shui-bian a décidé d'assurer la présidence des débats du groupe de travail formé dans le but de préparer une autre grande réforme dont on parle depuis longtemps, celle du gouvernement.
Sur le plan économique, le président de la République a annoncé un nouvel effort d'investissement public, sous la forme surtout de grands projets de relèvement des infrastructures, d'un montant évalué à 500 milliards de TWD (15,6 milliards d'EUR), étalé sur cinq ans et destiné en particulier à stimuler le marché de l'emploi et soutenir la croissance intérieure.
Cette initiative viendra s'ajouter à un premier plan de relance de 810 milliards de TWD (25,3 milliards d'EUR) qui avait été annoncé il y a quelques mois par le Premier ministre, M. Chang Chun-hsiung.
Tout au long de ces trente dernières années, Taïwan a connu un développement économique progressif, largement dû à la priorité qui a été accordée à l'amélioration des infrastructures dans l'île. Le président de la République espère donc que cette tendance se poursuivra dans le futur, grâce à un accroissement des dépenses de l'Etat dans ce domaine, comme la commission consultative l'avait suggéré.
Une nouvelle dimension reste à apporter à cette politique des grands travaux, selon le chef de l'Etat. Elle doit, à la différence de ce qui s'est fait dans le passé, satisfaire aux exigences modernes en termes de qualité, d'efficacité et d'innovation, en mettant un accent tout particulier sur la protection de l'environnement. Le développement, oui, mais pas à n'importe quelle condition, souhaite M. Chen Shui-bian.
L'autre projet qui attire l'attention est celui de la restructuration de l'administration pour lequel des mesures concrètes seront prises rapidement. Une proposition de loi allant dans ce sens pourrait être soumise au Yuan législatif lors de sa prochaine session, au début de l'année prochaine, après les élections législatives.
Dans les meilleurs délais, assure M. Lin Chia-cheng, le président de la Commission d'Etat de la Recherche, du Développement et de la Planification qui s'est vu attribuer la tâche d'ébaucher la loi de restructuration, le texte pourrait être adopté en avril prochain.
M. Chen Shui-bian a dit qu'il dirigerait en personne la commission spéciale en charge de cette réforme. On parle de réduire de 33 à 25 le nombre des ministères, commissions et agences que compte le gouvernement, en l'espace de deux ans.
Outre quatre autorités spéciales qui seront conservées -- la Banque centrale de Chine [Taïpei], l'administration du Musée national du Palais, la Commission d'Examen des Banques et une nouvelle organisation regroupant la Commission de la Protection des Consommateurs et celle de la Libre-Concurrence --, on ne devrait plus dénombrer à terme que vingt ministères et commissions d'Etat.
Le groupe de travail en charge de la mise en forme finale du projet se réunira au début du mois d'octobre.
M. Chen Ming-tung, vice-président de la Commission d'Etat des Affaires continentales (MAC), a regretté que les autorités de Pékin aient pris une action d'ordre politique en intervenant dans les activités économiques de Taïwan à un moment où l'île et la Chine continentale attendent d'être admises à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).
Pékin a en effet écarté le Crédit Suisse First Boston d'une prise de participation dans le capital de l'entreprise d'Etat continentale, China Unicom Ltd., le deuxième producteur continental de téléphones mobiles.
Ce traitement injuste à l'encontre de la firme internationale est généralement considéré comme une mesure de rétorsion de la part des dirigeants de Pékin, furieux qu'elle ait parrainé une tournée de promotion des investissements à Taïwan organisée en Europe par des responsables insulaires.
Dans les milieux internationaux, les observateurs financiers s'interrogent sur la signification de ce geste qui témoigne du peu de respect qu'a la Chine continentale à l'égard des règles du commerce international, alors qu'elle est sur le point d'entrer à l'OMC après une quinzaine d'années d'efforts pour rejoindre l'institution internationale.
Pékin devra cependant faire preuve de beaucoup de prudence avant d'engager des actions défavorables à l'encontre d'autres entreprises américaines dans le secteur financier, indique un expert américain de la finance.
Il semble que Pékin ait une prédilection marquée pour ce secteur. Profitant de l'impatience des firmes étrangères à s'installer sur le vaste marché continental, Pékin chercherait à ennuyer celles qui entretiendraient avec Taïwan des relations qu'elle juge inopportunes.
Washington a protesté auprès de Pékin pour le traitement injuste réservé à la banque helvéto-américaine dans cette affaire.
Le Crédit Suisse First Boston, une filiale du groupe Crédit Suisse, de Zurich, a été constitué en 1988 à la suite du rachat de la banque d'affaires américaine First Boston par la banque helvétique.