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La paix ne doit pas être seulement un slogan, il faut s'efforcer de la rechercher dans le détroit de Taïwan et dans le monde, a lancé la vice-présidente de la République, Mme Annette Lu, inaugurant l'Assemblée mondiale de la Paix qui s'est tenue les 15 et 16 août dans l'île.
Les dates choisies pour l'événement avaient d'ailleurs une signification particulière, puisqu'elles correspondaient, cinquante-six ans après, à celles de la fin de la Seconde Guerre mondiale suite à la reddition du Japon.
Cette rencontre de deux jours, initiée par Mme Lu, a réuni dans la capitale insulaire une centaine de personnalités locales et étrangères engagées dans le combat pour la paix, parmi lesquelles cinq Prix Nobel.
Son but essentiel était de promouvoir la paix, en discutant des moyens de la trouver et de la mettre en oeuvre, aussi bien entre les deux rives que dans la région, l'une des plus instables dans le monde en raison même de la rivalité qui oppose depuis un demi-siècle Pékin à Taïpei.
Le président de la République, M. Chen Shui-bian, qui a reçu dans la première journée les cinq Prix Nobel, a fait lire en ouverture de l'assemblée un message réitérant la bonne volonté de Taïpei à l'égard de la Chine continentale. Il a exhorté une nouvelle fois les autorités continentales à renouer le dialogue, aussi vite que possible.
Pour l'ancien président costaricien, M. Oscar Arias Sanchez, Prix Nobel de la paix en 1987, seul le dialogue et le compromis parviendront à faire renaître l'espoir, à créer " le miracle ". Et il faut faire preuve d'entêtement, considère-t-il, si l'une des parties refuse de reprendre la discussion: il faut la " relancer encore et encore, avec humilité et une volonté réelle d'échange ".
C'est l'interaction de Taïwan avec la Chine qui poussera les autorités continentales à changer d'attitude vis-à-vis de l'île, a continué M. Lech Walesa, l'ancien président polonais, Prix Nobel en 1983, qui est convaincu que la démocratie finit toujours par l'emporter. C'est d'ailleurs ce processus de démocratisation qui a permis à Taïwan d'accéder à un tel niveau de prospérité, a-t-il noté.
Les trois autres lauréats conviés étaient Mme Jody Williams (Prix Nobel 1997), militante de longue date contre l'usage des mines dans le monde, et MM. Frederik De Klerk (Prix Nobel 1993), ancien président sud-africain, et Joseph Roblat (Prix Nobel 1995), un britannique appartenant au mouvement Pugwash qui se consacre à la promotion de la paix par l'entremise d'échanges scientifiques ou universitaires.
Invité par la commission consultative économique à un déjeuner-débat, M. Ting Yu-chou, directeur du Bureau de la Sécurité nationale, a indiqué le 12 août que Pékin repensait actuellement sa politique envers Taïwan en énonçant la mise en place d'un nouveau plan " un pays, quatre régions " -- le continent, Taïwan, Hongkong et Macao -- pour parvenir à la réunification.
Par cette nouvelle formule, qui n'est en fait qu'une variante de la politique " un pays, deux systèmes " lancée il y a plus de vingt ans par Deng Xiaoping, a souligné M. Ting Yu-chou, les autorités de Pékin poursuivraient à l'égard de Taïwan leurs objectifs politiques par des moyens économiques. Profitant de la conjoncture, en particulier après l'entrée de Taïpei dans l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), elles chercheront à effacer la souveraineté nationale de Taïpei et à faire pièce à toutes les initiatives diplomatiques de l'île au sein de la communauté internationale, poursuit-il, ajoutant que, quoi qu'il en soit, Pékin voulait imposer à Taïpei, après l'éventuelle réunification, une législation organique conçue sur le modèle de la Loi de base de Hongkong.
Il a également insisté sur le fait que leurs agissements ne manqueraient pas d'affecter la sécurité nationale de l'île, surtout si des échanges de grande envergure sont établis.
Durant son intervention, M. Ting Yu-chou a indiqué que, dans le cadre de l'éventuelle ouverture de liaisons directes entre les deux rives du détroit de Taïwan, les dirigeants continentaux misaient en particulier sur une nouvelle vague d'investissements taïwanais.
Selon le chef du bureau de la Sécurité nationale, adoptant dans cette optique des principes qui guideront leur future stratégie, les autorités continentales inciteront les investisseurs insulaires à placer leurs capitaux dans les secteurs de la finance, de l'informatique et des services en leur offrant des avantages économiques, en même temps qu'elles chercheront à attirer les personnels insulaires qualifiés dans le domaine de la haute technologie.
Faisant écho à cette analyse, plusieurs universitaires taïwanais ont ajouté que la formule de base " un pays, deux systèmes " comportait en fait à l'heure actuelle plus de " deux " systèmes et que, quelle que soit son appellation, elle était destinée à considérer Taïpei comme un gouvernement local ou régional ne pouvant prétendre à aucune souveraineté.