Internet a certainement un impact important sur les entreprises, notamment dans la façon de faire des affaires. Le gouvernement, préoccupé de maintenir l'économie à un niveau compétitif dans un monde aujourd'hui dominé par Internet, est monté au créneau pour permettre aux habitants de devenir des as du Web. Toutefois, Internet aurait modifié le comportement social de nombreux internautes.
Ceux qui sont " immunisés " aux effets d'Internet sont probablement surpris de découvrir que l'île possède plus de 3 700 cybercafés. L'essor soudain de toute cette industrie des cafés-Internet et l'intérêt profond que la jeune génération manifeste pour Internet ont soulevé des inquiétudes de la part des travailleurs sociaux et des chercheurs.
Un sondage d'opinion opéré par téléphone auprès d'un échantillon de 2 031 personnes par la Fondation du Millénaire pour la Culture et l'Education, pour le compte des ministères de l'Education et de l'Intérieur, a permis de comparer les idées, les valeurs et le comportement de ceux qui utilisent Internet avec ceux qui ne l'utilisent pas. Selon le sondage, de nombreuses valeurs traditionnelles auxquelles est attachée la société auraient disparu chez la génération " électronique ", ouvrant un vaste débat sur l'accès libre à l'espace cybernétique. Allant plus loin, certains se sont demandé si cette liberté d'accès n'était pas devenue en soi un problème, tandis que de nombreux éducateurs et parents se préoccupent du formidable impact d'Internet sur la jeunesse d'aujourd'hui, affirme M. Hu Cheng-wen, un responsable de la fondation.
Discutant des résultats de ce sondage, une table ronde a réuni des experts et des universitaires, tels que les professeurs Wu Chi-yin, de l'Academia Sinica, Hung Chiu- hsien, de l'Université nationale normale de Taïwan, Chang To-yen, de l'Université nationale des Ondes, Chang Chiung-lin, de l'Université Shih Chien, et d'autres personnalités, comme le député Chen Shei-saint.
Un sujet a particulièrement attiré l'attention des participants: la sincérité dans les échanges sur Internet. Perçue comme une valeur parmi la population aînée de l'île, elle aurait apparemment disparu chez les jeunes internautes, déplore M. Hu Cheng-wen qui, pour illustrer son discours, a recours à la plaisanterie suivante: un chien discutant en ligne trouve que le plus excitant, c'est que sur le Web personne ne sait qu'il est un chien.
Les statistiques du sondage révèlent que seulement 50% des surfeurs contre 70% des non- surfeurs estiment la sincérité comme une qualité indispensable. La moitié de ceux qui correspondent par e-mail ne la jugent pas nécessaire, alors que 20% des non-utilisateurs partagent le même sentiment. De plus, 76% des surfeurs s'autorisent de pieux mensonges dans leurs correspondances, contre 58% chez les non-surfeurs.
M. Chen Shei-saint souligne une certaine contradiction dans ces résultats. Il relève ainsi que, si les surfeurs considèrent la sincérité comme une vertu, ils l'oublient une fois en ligne.
L'étude montre également que la jeune génération qui use d'Internet est plus ouverte et plus pragmatique, mais qu'elle remet aussi en cause les principes et les valeurs de l'autorité. A cet endroit, il semble que les différentes tranches d'âge de la population insulaire doivent encore apprendre à respecter les diverses valeurs auxquelles les unes et les autres sont attachées, poursuit M. Hu Cheng-wen, précisant que sa fondation entreprendra dans ce domaine une recherche plus approfondie afin de servir de base, au- delà de ces premiers chiffres indicatifs, à une étude sur le changement des comportements sociaux.
Il a aussi souligné d'autres aspects d'ordre sociologique révélés par le sondage, en se concentrant sur trois valeurs traditionnelles -- les relations humaines, la famille et le mariage --, tout en insistant sur la réaction générale de la société au phénomène Internet. Selon l'Institut de l'Industrie Informatique (III), l'île comprendrait aujourd'hui 6 millions d'usagers d'Internet, un groupe qui peut être considéré comme une " communauté virtuelle ". Ce groupe hésite à maintenir dans le monde virtuel, où l'anonymat est garanti, les valeurs aujourd'hui admises dans la société. Cette génération, poursuit M. Hu Cheng-wen, change les attitudes traditionnelles, en particulier dans le domaine de la famille. La plupart trouvent qu'il est plus économique d'envoyer leurs parents dans un foyer pour personnes âgées sans ressources, pensant ainsi agir au mieux pour tout le monde, eux-mêmes et leurs parents.
L'étude montre que la façon dont se comporte la " communauté virtuelle " a contribué à modifier les principes concernant le mariage et le sexe. La prédominance des sites Internet à contenu sexuel a certainement nourri ces changements. Seulement 28% des internautes s'opposent aux relations prémaritales, contre 42% parmi les non-utilisateurs d'Internet.
Cependant, la discrimination sexuelle existe toujours. Parmi les surfeurs, 67% désapprouvent que les femmes aient des relations sexuelles avant le mariage, une proportion à peine inférieure à ceux qui n'utilisent pas le Web (72%). Pourtant, on trouve encore 60% de surfeurs qui acceptent que leur conjoint -- mari ou femme -- ait eu des relations sexuelles avant leur mariage, alors que la proportion est de 46% chez les non- surfeurs. Tous ces chiffres sont un choc pour les personnes des générations précédentes, explique M. Hu Cheng-wen.
D'après le sondage, plus de 65% des moins de 25 ans se servent de l'e-mail, alors que 23% des quadragénaires et 5% seulement des plus de 56 ans font de même. 58% des lycéens, 71% des étudiants et 94% des licenciés ou diplômés d'études supérieures usent de ce moyen de communication.
Mme Hung Chiu-hsien, professeur à l'Université nationale normale de Taïwan, est heureuse de faire partie de la " génération électronique ", maintenant qu'Internet et le courrier en ligne comptent pour beaucoup dans sa vie, même si elle se plaint d'avoir toujours à effacer un tas de messages inutiles. Dans la perspective des questions familiales, elle se réjouit que 75% des surfeurs se prononcent contre une liberté excessive, surtout lorsqu'on sait que l'individualisme a rendu de nombreux internautes moins aptes au compromis ou au sacrifice personnel.
Quant au concept du mariage, Mme Hung Chiu-hsien estime que l'île se dirige vers des territoires inconnus. Si 91% admettent encore que le mariage est un engagement pour la vie, 57% approuvent le divorce si les deux conjoints jugent leurs relations incompatibles. Elle relève une autre contradiction dans les résultats: alors que la plupart réclament la fidélité conjugale, les mêmes ne s'opposent pas à la divergence des idées dans le couple.
Ce qui semble rassurant est que 76% des personnes mariées choisiraient de se marier à nouveau et d'élever des enfants, si tout était à recommencer. Le système social et familial traditionnel n'est donc pas menacé: 63% de ceux qui seraient prêts à retenter l'expérience épouseraient la même personne, ce qui sous-tend qu'ils ne sont pas déçus de leur vie, sans que l'enquête ne donne plus d'explications.
Par ailleurs, 68% des moins de 25 ans estiment qu'avoir des enfants n'est pas forcément l'aboutissement d'une vie de couple. Quoique la plupart des sondés soient célibataires, ces résultats donnent à penser que la jeune génération a opéré un changement d'attitude.
Les surfeurs montreraient une plus grande ouverture d'esprit concernant les orientations sexuelles. Mme Hung Chiu-hsien relève que 64% des surfeurs soutiennent le droit au mariage des homosexuels, la proportion n'étant que de 35% chez les non-surfeurs.
Le professeur Chang To-yen, également invité à ce débat, a remarqué que les jeunes âgés de 16 à 30 ans pensent que les couples ont le droit de choisir d'avoir des enfants ou non, l'acte n'étant plus considéré comme naturel ou nécessaire.
Il note encore que la culture Internet apporte une certaine satisfaction à chaque internaute qui désire se cultiver ou s'améliorer, soulignant que la contradiction entre la sincérité en général et le mensonge dans le cyberespace comble un besoin de s'affirmer de manière plus idéale et de se donner une attitude.
Puisque les amis à travers Internet sont aussi faciles à trouver qu'à perdre, les valeurs traditionnelles d'appréciation et de respect des relations ne comptent plus autant. A cause de cela, les membres de la génération électronique s'inquiètent plus facilement de leurs relations avec autrui, indique M. Chang To-yen, qui précise que, comme la plupart ne croient pas les informations transmises dans les messages en ligne, ils essaieront de donner d'eux une image encore moins vraie pour éviter d'être blessés. Certains d'entre eux agissent avec incohérence, tiraillés entre leur façon de penser et leur comportement réel.
Si 90% des surfeurs comprennent l'importance de la protection des droits de propriété intellectuelle et l'idée d'une contribution par les usagers, nombreux y voient une exploitation commerciale. Seulement 37% ont affirmé qu'ils ne téléchargeraient pas de logiciel ou d'informations payantes pour la partager avec des amis.
Le sondage est indicatif d'une société en rapide mutation, particulièrement chez les jeunes, explique M. Chang To-yen, ajoutant que les générations aînées pourraient gravement sous-estimer l'étendue de l'évolution des valeurs chez les jeunes.
M. Wu Chi-yin, de l'Academia Sinica, insiste sur le fait que les
personnes sondées résident principalement dans les régions urbaines où
est concentré le plus grand nombre de surfeurs. Aussi demande-t-il d'en
interpréter les résultats avec prudence, jugeant que d'autres facteurs
démographiques, incluant l'âge, le niveau d'instruction, le niveau des
revenus et la profession jouent également des rôles importants. Le principal
objectif de cette étude est d'amorcer une discussion sur l'influence d'Internet
dans la vie de tous les jours, et du même coup sur les comportements sociaux.
Colauréat du Prix Nobel de la Paix en 1997, M. Tun Channareth a pu, fin juin, défendre dans l'île la cause à laquelle il a désormais consacré sa vie : la lutte contre les mines antipersonnelles.
Jeune soldat il y a une vingtaine d'années, M. Channareth a perdu ses deux jambes en marchant sur l'un de ces engins, alors qu'il patrouillait dans la jungle cambodgienne, non loin de la frontière avec la Thaïlande.
Depuis, devenu ambassadeur d'un mouvement international initié par un millier d'organisations non gouvernementales regroupées au sein de International Campaign to Ban Landmines (ICBL), il s'est dédié entièrement à son combat, dans le monde entier.
Effectuant un bref séjour à Taïwan, il s'est rendu dans l'île de Kinmen, sous juridiction de Taïpei mais située non loin de la Chine continentale, sur laquelle il existe encore de nombreux champs de mines, témoignage de ce qui fut -- et est toujours d'une certaine façon -- un lieu de conflit potentiel.
Il a visité en particulier quelques-unes des zones qui ont été déminées récemment, avec l'aide de sociétés étrangères spécialisées travaillant sous contrat pour le gouvernement. Constatant qu'il restait encore beaucoup à faire, il a suggéré que Taïwan tente d'obtenir l'assistance des Nations unies, utile notamment pour la formation d'experts en déminage.
Même si l'île n'est pas membre de l'organisation internationale, et que Taïwan, a-t-il ajouté, ne peut parapher pour cette raison la Convention d'Ottawa contre la production, l'usage ou le stockage des mines, il souhaite qu'un cadre législatif approprié soit adopté au plan national.
Recevant le lauréat du Prix Nobel de la Paix, le président de la République, M. Chen Shui-bian, a expliqué que Taïwan était prête à rejoindre les plus de 140 pays signataires de la convention de 1997, si on lui en donnait l'occasion, et a affirmé son soutien personnel à la cause défendue par M. Channareth.
Selon les estimations des Nations unies, il existe environ 110 millions de mines posées dans le monde. Chaque année, 500 000 à 2 millions de ces engins de mort sont déposés dans les zones de conflit.
A Kinmen et Matsu, il reste encore environ 100 000 mines, pour la plupart assez anciennes.
Afin d'améliorer la protection des droits de l'homme en République de Chine, le ministère de la Justice vient de compléter la rédaction d'une loi fondamentale qui, une fois approuvée au Yuan législatif, constituera un tournant important en matière de droits individuels à Taïwan.
L'un des rédacteurs du texte, M. Tsai Mao-sheng, a confirmé que la plupart des recommandations du ministre, M. Chen Ding-nan, avaient été suivies, notamment pour ce qui concerne les droits des couples homosexuels qui pourraient fonder un foyer et adopter des enfants.
En mettant l'accent sur la protection accordée aux individus et à leur dignité, ainsi que leur intégrité, le texte a pour objectif majeur de garantir le droit à la vie, le droit à la sécurité. Il met hors la loi toutes les formes d'esclavage et condamne les Etats qui se livrent à la torture, ainsi qu'à des traitements ou des punitions cruels, inhumains ou dégradants.
Il est rappelé également à l'Etat ses obligations envers les citoyens, notamment la protection qu'il leur doit contre tout ce qui pourrait nuire à leur liberté, mais aussi son devoir de régler par des moyens pacifiques toutes les disputes qui pourraient naître au niveau régional ou international.
Les libertés individuelles fondamentales sont réaffirmées : les citoyens de la République de Chine sont libres de circuler, de s'exprimer, de s'assembler, de rendre un culte religieux. Ils ont le droit au travail, à une vie privée et celui de détenir des biens personnels.
Il est stipulé également que tout le monde peut exercer des responsabilités au sein du gouvernement ou tout simplement obtenir un emploi au sein de l'administration publique. L'Etat garantit aussi les droits des minorités ou ceux des étrangers résidant en République de Chine.
Le projet de loi stipule en outre que tout un ensemble de droits essentiels dans le domaine de la justice, de l'éducation, de l'économie, de la médecine ou en faveur des femmes, des enfants, des personnes âgées, des handicapés, des travailleurs ou des groupes ethniques feront l'objet de législations à part entière.
Deux dispositions sont à souligner particulièrement, en raison de leur nouveauté. La première concerne les homosexuels, dont les droits en général sont reconnus et, plus précisément, celui de fonder une famille, avec la possibilité qui leur est offerte de pouvoir adopter un ou des enfants. L'autre disposition concerne les demandeurs d'asile étrangers dont les droits, désormais, sont officiellement reconnus, dans le cadre des conventions internationales en vigueur.