[Retour à la Table des Matières] [Retour à la Page 1]
Le débat sur le principe d'" une Chine " et ses différentes interprétations a été relancé de façon inattendue, le 19 juin, après les attaques publiques auxquelles un entrepreneur renommé de l'île s'est livré contre le gouvernement et la politique que celui-ci mène vis- à-vis de la Chine continentale.
Dans le cadre d'un séminaire consacré aux biotechnologies, M. Wang Yung-ching, le président de Formosa Plastics -- un des plus grands groupes industriels de l'île --, a vivement remis en cause la gestion du gouvernement en la qualifiant de " chaotique ", avant de déclarer que Taïwan devrait, pour sortir l'économie insulaire du marasme actuel, accepter le principe d'" une Chine ".
Connu comme l'un des entrepreneurs ayant le plus développé ses activités industrielles en Chine continentale, il a ensuite dénigré la politique de Taïpei qui vise à limiter les investissements sur l'autre rive, estimant que la tendance aux transferts des capitaux taïwanais vers l'autre rive était devenue " inéluctable ".
Etant donnée la position du dirigeant de Formosa Plastics sur la scène publique taïwanaise, ses remarques ce jour-là ont provoqué de vives réactions dans l'île, au point de le contraindre à quelques éclaircissements. Le lendemain, il a précisé que sa définition de la Chine unique correspondait à celle qui avait été convenue entre les deux rives, lors des accords de Singapour en 1993 et que le " chaos " qu'il avait évoqué était surtout dus aux rapports difficiles qu'entretiennent le Yuan législatif, dominée par l'opposition, et le gouvernement.
En réponse à ces vives critiques, la Commission d'Etat des Affaires continentales (MAC), en charge de la politique vis-à-vis de l'autre rive, a immédiatement rappelé qu'il lui était impossible d'accepter le principe d'" une Chine ", tel que Pékin l'avait défini, sans renier en même temps l'existence de la République de Chine.
M. Su Tzen-ping, porte-parole du gouvernement, est également intervenu pour souligner que Taïpei, en ne remettant pas en cause dans ses fondements le principe d'" une Chine ", en refusait cependant la vision unilatérale qu'en ont les autorités continentales.
Dans le camp de l'indépendance de l'île, les protestations en réponse aux propos de l'industriel taïwanais se sont doublées d'attaques personnelles concernant ses intérêts financiers sur l'autre rive. On lui a, en outre, reproché de vouloir compliquer une situation dans le détroit de Taïwan qui l'était déjà bien suffisamment.
Du côté des partisans de la réunification, l'incartade de M. Wang Yung-ching a été généralement bien accueillie, même si on a tenu à préciser qu'il était nécessaire pour les deux protagonistes, Taïpei et Pékin, de revenir au plus vite à l'esprit des accords de 1993.
En avril de cette année-là, les négociateurs de Taïwan et de la Chine continentale étaient tombés d'accord pour reconnaître qu'il n'existait qu'une seule Chine, mais que chacun en garderait à l'avenir sa propre interprétation, un consensus que Pékin a depuis rejeté.