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Le ministre des Affaires étrangères, M. Tien Hung-mao a apporté un style nouveau et plus ouvert à l'administration qu'il dirige. Auparavant vue comme une institution austère et secrète, le ministère a aujourd'hui déployé de gros efforts pour intéresser le public aux affaires diplomatiques. Chiu Yueh-wen, reporter, s'est interrogée sur ce changement d'attitude et sur ce qu'il apportera à l'avenir aux initiatives diplomatiques de la République de Chine.
Avant mai 2000, lorsqu'on passait devant le palais présidentiel, on remarquait non loin de là un autre bâtiment sévèrement gardé. Sous le regard vigilant des policiers stationnés aux portes, on avait le sentiment de devoir accélérer le pas.
Rébarbatif et sévère étaient les termes que les citadins utilisaient pour décrire le ministère des Affaires étrangères. Mais, depuis que M. Tien Hung-mao a rejoint le gouvernement il y a un an, la distance entre cet organe et le public semble avoir diminué, d'autant plus que le ministre et son équipe sont déterminés à dynamiser la diplomatie en renforçant la participation de la société civile.
Personne ne nie que la diplomatie est indispensable, mais peu savent vraiment pourquoi elle est si importante. " Elle représente la souveraineté au sein de la communauté internationale ", affirme M. Lo Chih-cheng, président de la Commission de Recherche et de Planification du ministère des Affaires étrangères, précisant qu'un Etat et sa souveraineté sont deux notions distinctes, de la même façon qu'on différencierait un individu d'un citoyen. Il explique: " Sans diplomatie, une entité politique ne peut être considérée comme un Etat. " En effet, reconnu comme souverain, un pays jouit de droits, partage des responsabilités et participe aux affaires internationales. " Seule la souveraineté confère le droit de défendre un territoire contre une invasion et d'être protégé par un code international de conduite ", ajoute le président de la commission.
Outre sa population de 23 millions d'habitants, une juridiction étendue à un territoire d'environ 36 000 km2 et une réserve de devises étrangères classée troisième dans le monde, qu'est-ce qui fait que la République de Chine mérite d'être reconnue? Sa situation géopolitique et sa capacité d'autodéfense, en dépit de sa taille, garantissent à l'île un rôle influent dans le maintien de la paix et de la stabilité dans la région Asie-Pacifique. Le gouvernement et la population ont aussi apporté une aide économique et humanitaire active aux autres pays et territoires, continue M. Lo Chih-cheng, qui cite également la transition politique, comme une preuve du succès démocratique en République de Chine.
" Il n'est pas juste que, lorsque Taïwan adhère sincèrement aux normes internationales, on n'en parle pas dans les coulisses internationales du pouvoir ", se lamente M. Lo Chih- cheng, qui ne peut que constater qu'en raison de l'obstruction faite par Pékin, le domaine des relations diplomatiques est limité pour Taïpei.
" L'existence de Taïwan énerve les autorités de Chine continentale ", assure le président Lo Chih-cheng. Lors des événements internationaux officiels ou non officiels, les délégations continentales se retirent en protestant si le drapeau ou le nom de la République de Chine ou de Taïwan apparaît. " Une fois, lors d'une réunion d'étudiants sur le continent, ils sont allés jusqu'à rebaptiser l'Université nationale de Taïwan du nom d'" Université chinoise de Taïpei (Chinese Taipei)", simplement parce qu'ils rechignaient à sa qualification de "nationale" ", fait-il remarquer.
En fait, il n'y a pas de doute que la République de Chine est un pays souverain, affirme le président de la commission, ajoutant qu'elle a cependant besoin de saisir la réalité de la politique mondiale. Dès que l'art diplomatique traditionnel atteint ses limites au sein de la communauté internationale, il devient nécessaire de créer et d'innover d'autres formules.
Plusieurs tendances dans le monde, qui méritent attention, exercent une grande influence sur les relations internationales. En raison de la mondialisation, l'interdépendance s'est accrue non seulement entre les pays, mais aussi entre les personnes. L'instabilité au Moyen-Orient peut causer des fluctuations sur le prix du pétrole à travers le monde, et la consommation excessive de carburant ces dernières années a contribué à renforcer l'effet de serre sur l'environnement.
Malheureusement, la mondialisation ne conduit pas nécessairement à une convergence des intérêts, ni non plus l'interdépendance à une coopération. L'interdépendance mal équilibrée a économiquement et politiquement marginalisé les nations défavorisées. Les médias ont aujourd'hui le pouvoir de sélectionner des ordres du jour, d'attirer l'attention du monde entier sur certaines questions. En conséquence, alors que s'épanouit une culture populaire mondialisée, les différences entre les nations s'accentuent, ce qui peut devenir une source de conflits.
D'autres tendances dans le monde comprennent la mutation des relations passant d'internationales à transnationales et la capacité de transformation des Etats-nations. Grâce à l'amélioration des transports et des technologies de l'information, de plus en plus de personnes et d'entreprises traitent directement avec leurs homologues dans d'autres pays. Ces activités transnationales ont compliqué la juridiction des Etats-nations. Aussi les décisions politiques ont-elles été élevées au niveau planétaire, tandis qu'une direction mondiale par le biais des organisations internationales a souvent affaibli l'autorité des gouvernements nationaux.
Dans ces circonstances, l'occasion est donnée à Taïwan de se faire sa propre place, puisque les rapports de force qui pourraient naître ne se résolvent plus uniquement par des moyens militaires, mais sont de plus en plus réglés de manière pacifique et modérée. En usant habilement de cette dernière formule, les nations peuvent se faire respecter au sein de la communauté internationale, alors que l'influence sur les autres au moyen de la force suscite l'antagonisme.
De même que la création du Prix Nobel a assuré la notoriété de la Suède, la nature démocratique des élections présidentielles l'an dernier en République de Chine a relevé le profil international de Taïwan auprès des médias dans le monde, beaucoup plus que les tirs de missiles continentaux en 1995-1996, observe M. Lo Chih-cheng. La consolidation de la démocratie et la promotion des droits de l'homme à Taïwan sont des acquis de la plus grande valeur si l'île veut participer aux affaires planétaires, a maintes fois assuré le ministre Tien Hung-mao.
A côté de ce courant de modération, l'importance croissante du mouvement associatif présente aussi un avantage pour Taïwan. Les Etats n'étant plus les seuls acteurs dans les relations internationales, les horizons diplomatiques de Taïpei se sont élargis.
Inspirée des orientations mondiales, l'équipe de M. Tien Hung-mao a promu le concept d'une diplomatie à laquelle peuvent concourir les citoyens. " Nous croyons que la société civile constitue le meilleur moteur du développement tant national qu'international, précise M. Lo Chih-cheng. La responsabilité du ministère des Affaires étrangères est de servir et d'aider les citoyens à communiquer avec leurs partenaires étrangers. " Pour parvenir à cet objectif, le ministère a tenu depuis le mois de septembre dernier une série de séminaires sur la diplomatie destinés au public et aux membres d'organisations non gouvernementales (ONG) et de partis politiques. Les participants ont soulevé une variété de questions allant du droit et de la politique internationale, des droits de l'homme aux problèmes d'environnement, au bénévolat, aux techniques de négociation et de diplomatie. Hormis les échanges d'idées et de connaissances, ces activités ont pour but essentiel de faire comprendre les orientations de la politique du gouvernement dans le domaine des relations internationales et interchinoises, rappelle M. Lo Chih-cheng.
Mme Caroline Kuo, secrétaire générale de l'Organisation internationale des Arts folkloriques de Taïwan, a souligné l'importance de ces séminaires. Avant d'entreprendre un voyage en Norvège, elle a reçu d'une organisation de ce pays une notice priant la délégation taïwanaise de joindre à sa demande de visa la permission des autorités continentales. " Nous nous sommes rendu compte que certains étrangers connaissaient peu la République de Chine et à quel point nous pouvions changer la situation ", dit-elle. Grâce aux connaissances acquises sur Taïwan et son gouvernement dans ces séminaires diplomatiques, elle est en mesure de l'expliquer clairement aux étrangers.
Ainsi, plus d'un millier de personnes ont participé à ces séminaires organisés depuis un an. Tandis qu'ils se tiendront avec une grande fréquence, le ministère entreprend actuellement un autre projet éducatif qui permettra de transformer l'institut de formation à la diplomatie en une académie des Affaires étrangères, offrant à l'avenir, une plus large gamme de cours méthodiques.
En octobre dernier, pour aider les organisations non gouvernementales, le ministère a établi une commission des ONG, à peu près au même moment où le gouvernement japonais créait une agence similaire. Cette commission, présidée par le vice-ministre des Affaires étrangères, offre des subventions et des renseignements aux organismes non officiels afin qu'ils puissent nouer des liens avec des homologues étrangers. A présent, Taïwan participe aux activités de 983 ONG internationales, indiquant que les ONG taïwanaises sont pleines de dynamisme. " Toutefois, leur énergie semble être dispersée ", remarque M. Lo Chih-cheng.
Une des indications du dynamisme d'une diplomatie est son aptitude à transformer les ressources à sa disposition, note-t-il, ajoutant que le pays a besoin d'intégrer l'énergie de la société civile à la promotion des relations internationales non officielles, afin de donner une valeur ajoutée à la diplomatie. Insistant sur cette plus-value, il précise que le ministère des Affaires étrangères n'interviendra pas dans les objectifs des ONG ni ne modifiera leurs caractéristiques; cependant, dans les demandes de parrainage, la commission des ONG sélectionnera bien sûr les projets qui cadrent avec les missions du ministère.
La convergence d'intérêts est évidente dans le développement des relations diplomatiques et celui des ONG insulaires. Les nouvelles expériences rapportées ici grâce aux contacts avec les organisations étrangères et internationales contribueront à assurer la maturité des ONG locales et un renouveau de la société taïwanaise, explique-t-il.
Comme la promotion des droits de l'homme est une priorité du gouvernement, la commission a décidé d'offrir des stages de formation pour accroître le dynamisme des ONG insulaires. Les membres d'ONG insulaires défendant les droits de l'homme peuvent désormais faire une demande de subventions de trois à six mois dans le cadre d'un projet réalisé auprès d'organisations internationales, telles que Human Rights Watch, la Ligue internationale des Droits de l'Homme, la Fédération des Ligues internationales des Droits de l'Homme et d'autres encore. Là, chacun des bénéficiaires, après la réalisation du projet, devra assurer un service d'au moins un an dans une ONG insulaire similaire.
A part l'assistance aux ONG, le ministère offre des opportunités aux non-diplomates pour qu'ils prennent part à des missions diplomatiques. Ainsi, à partir de cette année, les jeunes appelés pourront accomplir leurs obligations militaires en effectuant à la place un service civil dans la coopération avec les pays alliés pour le développement du commerce, de l'investissement, de l'agriculture, de l'ingénierie civile et de la technologie informatique.
Par ailleurs, le ministère nommera douze experts comme ambassadeurs itinérants pour la promotion de l'île dans les domaines touchant aux droits de l'homme, aux problèmes des femmes, aux questions aborigènes et au commerce.
Tandis que s'édifie progressivement une collaboration entre le gouvernement et la société civile, M. Lo Chih-cheng reste optimiste quant à l'avenir des relations diplomatiques de la République de Chine. Cependant, il fait remarquer qu'en plus des entraves que pose Pékin, de nombreux obstacles existent encore, comme la pluralité des opinions dans l'île concernant la souveraineté de la République de Chine.
" Grâce aux efforts de rapprochement entre la population et la diplomatie, nous espérons qu'un consensus se créera peu à peu, indique-t-il. De plus, par ces échanges d'idées entre le public et le ministère, la position de la République de Chine et sa politique étrangère pourront refléter avec fidélité l'opinion publique. "