Avant de clore sa session de printemps, le Yuan législatif a voté le 6 juin une résolution demandant au Cabinet de lever les sceaux du secret de l'aspect purement commercial du contrat d'achat des six frégates La Fayette à la France, sans dévoiler les informations ayant trait à la défense nationale. Cette initiative correspond à la prescription extinctive de dix ans établie par le contrat signé en 1991 entre China Shipbuilding Corp., pour le compte de la marine nationale, et Thomson-CSF, le constructeur français.
De plus, selon cette résolution, le Yuan législatif formera une commission d'enquête qui sera chargée d'instruire, avec le concours du Parlement français, sur les montants réels des commissions illicitement versées par le fournisseur après la signature du contrat entre les deux partenaires.
En vertu de dispositions qui, jusque-là, confinaient sous le sceau du secret l'ensemble du contrat, il était difficile de porter devant les tribunaux toute contravention de l'une ou l'autre partie. Une clause du contrat, aujourd'hui révélée, stipule que, si le fournisseur versait une commission occulte ou tout autre paiement similaire à une tierce partie, l'acheteur pourrait en déduire le montant du prix d'achat, évalué à 16 milliards de francs français.
En 1996, l'éclatement au grand jour du " scandale des frégates " en France -- des pots-de- vin auraient été versés par le partenaire français --, a permis d'engager des poursuites judiciaires, toujours en cours, devant un tribunal suisse, à la suite de rapports judiciaires établissant le paiement de dessous-de-table à des intermédiaires. Citant les clauses prohibitives du contrat, la France s'est refusée jusque-là à fournir les renseignements qui pourraient éclairer l'affaire.
La levée partielle du secret facilitera probablement la conclusion de ce contentieux, permettant de découvrir les réelles malversations qui ont pu être commises dans le cadre de cet achat.
Au cours d'une cérémonie solennelle tenue à la Sorbonne, M. Li Yih-yuan, président de la Fondation Chiang Ching-kuo pour les Echanges internationaux d'Etudes, professeur émérite d'anthropologie et membre de l'Academia Sinica, s'est vu conféré le 30 mai le titre de docteur honoris causa en même temps que quatre autres personnalités étrangères, Mme Gillian Beer, membre de l'Académie britannique, MM. Saul Bellow, prix Nobel de Littérature 1976, Vytautas Landsbergis, ancien président de la République de Lituanie, et Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix 1986.
Regrettant de ne pouvoir se rendre à cette cérémonie pour des raisons de santé, M. Li Yih-yuan a confié à M. Kuo Wei-fan, représentant de Taïpei en France et docteur de l'Université de Paris, le soin de l'y représenter personnellement.
Après un éloge soulignant les nombreux travaux de l'académicien insulaire, ainsi que la contribution remarquable de la fondation qu'il dirige dans le domaine de la recherche sinologique internationale, M. Kuo Wei-fan a vivement remercié, au nom de M. Li Yih- yuan, les dirigeants universitaires français du diplôme qu'ils ont décerné à l'anthropologue, indiquant qu'au cours de ses études, celui-ci avait été guidé par l'esprit de la " tradition savante française, à la fois classique et contemporaine ".
Présentant brièvement les objectifs de la Fondation Chiang Ching-kuo, M. Kuo Wei-fan a rappelé qu'ils étaient dirigés vers l'élargissement de la recherche sinologique dans le monde. Grâce aux deux centres d'études, comprenant chacun quatre départements Amérique, Europe, Asie-Pacifique et République de Chine, que la fondation a établis, l'un à l'université Columbia, à New York, l'autre à l'Université Charles (Karlova), à Prague, elle a pu apporter un soutien immédiat aux chercheurs de différents pays dans cette discipline.
Par exemple, en France, elle a aidé à la publication de deux ouvrages lexicographiques chinois-français édités par l'Institut Ricci, à Taïpei, le Dictionnaire des Caractères singuliers chinois et le Grand Dictionnaire chinois-français, qui font aujourd'hui référence dans ce domaine. En Grande-Bretagne, son concours à la Bibliothèque britannique a permis d'inscrire sur Internet le vaste Programme de Dunhuang, comprenant plus de 20 000 articles et quelque 3 000 illustrations. A Taïwan, elle a contribué, avec l'Academia Sinica, à la numérisation de la Collection complète en quatre sections, ou Siku Quanshu, une série d'ouvrages contenant plus de 200 millions d'idéogrammes.
Depuis sa création, elle a aussi rassemblé de nombreux sinologues du monde entier dans des séminaires qu'elle a organisés ou parrainés à Taïwan, leur permettant d'échanger leurs idées et leurs travaux tout en apportant un sang neuf et de nouvelles perspectives dans cette discipline.
M. Li Yih-yuan, anthropologue distingué, s'est penché sur les communautés chinoises vivant en Asie du Sud-Est, en particulier sur leurs aspects culturels et sociaux, ainsi que sur leurs traditions vivaces en milieux urbains différents. Il a également étudié la civilisation et la société des aborigènes de l'île, insistant sur leurs particularismes et le système agricole qu'ils ont préservés jusqu'à nos jours.
Participant avec plus de trente autres pays à la 49e Biennale internationale des Beaux-Arts de Venise, Taïwan a solennellement marqué le 8 juin l'inauguration de son Pavillon dans le cadre de cette manifestation qui durera jusqu'en novembre. C'est le maire de Taïpei, M. Ma Ying-jeou, au cours d'un bref voyage, qui a ouvert au public l'emplacement représentatif des arts de l'île. Il était accompagné de M. Lin Ki-tseng, représentant de Taïpei en Italie, et de Mme Lung Ying-tai, directrice des Affaires culturelles de la mairie de Taïpei. Au cours de son bref séjour dans la ville de Saint-Marc, M. Ma Ying-jeou a rencontré son homologue vénitien, M. Paolo Costa, et s'est entretenu avec le gouverneur de la province de Vénétie, M. Giancarlo Galan, de l'établissement à Taïpei et à Venise, de centres d'échanges pour artistes, ainsi que la mise en place d'un programme universitaire dans le cadre des relations interculturelles. La proposition d'une liaison aérienne directe entre les deux villes, Taïpei et Venise, faite par le représentant insulaire, a reçu un vif accueil de la part du gouverneur italien, qui a assuré vouloir y donner une suite favorable.
En République de Chine, les pères transmettent leur patronyme aux enfants, un droit que les mères se sont toujours vu refuser. Toutefois, des amendements ont récemment autorisé les enfants portant le patronyme du père à pouvoir prendre celui de la mère, à condition que les deux parents y consentent et que la mère n'ait pas de frère, une mesure qui s'inscrit dans le cadre du relèvement d'un nom familial ou dynastique.
L'usage plurimillénaire, scellé par le Code civil, est aujourd'hui contesté par plusieurs mères de famille ayant seule à charge leurs enfants. Prenant fait et cause pour elles, la Fondation Eveil (Awakening) de défense des droits de la femme a soumis devant le Conseil des Grands Juges une requête invoquant l'inconstitutionnalité de ces dispositions à l'égard des femmes, en tant que citoyennes de la République de Chine.
Le cas présenté est celui de Mme Feng Hsien-hsien, mère célibataire, qui exerce seule la pleine autorité parentale sur ses enfants. Etant donné que le père les a reconnus, elle ne peut leur transmettre son patronyme, ce malgré une déclaration formelle du père acceptant que les enfants qu'il a eus avec cette femme portent le nom de famille de leur mère à la place du sien.
Mme Su Cheng-ling, présidente de la Fondation Eveil, qui soutient la cause de Mme Feng Hsien-hsien, estime qu'il existe là une discrimination à l'égard des femmes, rappelant que, dans d'autres pays, comme la France ou l'Allemagne, les enfants peuvent aujourd'hui opter pour le patronyme paternel ou maternel, tandis qu'en Chine continentale, les parents ont la libre faculté de donner à leurs enfants l'un ou l'autre de leur patronyme.
A Taïwan, de nombreuses mères célibataires ou divorcées se sont souvent plaintes auprès de la fondation du fait que leurs enfants, pourtant à leur entière charge, soient obligés de porter le patronyme du père qui a abandonné tous ses droits sur eux.
Un expert de la Commission d'Etat des Sciences a terminé récemment l'ébauche d'un projet de loi mettant en place un mécanisme régulatoire, avec pour priorité la sécurité, dans le domaine des recherches génétiques.
Le texte s'oriente dans trois grandes directions. La première concerne l'élaboration d'une échelle des risques posés à l'homme par ces recherches; la seconde porte sur la mise en forme des procédures légales, c'est-à-dire les cas de figure dans lesquels il faudra avertir les autorités des recherches en cours ou ceux dans lesquels il sera nécessaire de leur demander un permis.
Le troisième point vise à proposer la création d'un Conseil de la Sécurité biologique dont le rôle principal consistera à évaluer les principaux projets de recherche génétique et à contrôler les produits génétiquement modifiés avant leur commercialisation.
M. Tsai Tsung-chen, professeur à l'université Tamkang, à Tamshui, est l'auteur de ce projet. Soulignant que le texte ne contenait aucune disposition concernant les recherches sur les gènes humains, il a rappelé qu'une législation particulière consacrée à la question serait préparée plus tard, car il lui semblait nécessaire de faire une distinction claire entre la recherche sur les animaux et celle effectuée sur les êtres humains, pour des raisons fondamentales de morale.
Des décrets, des directives spéciales existent déjà au niveau des grands organes de l'Etat, mais M. Tsai Tsung-chen les estime insuffisants : la nécessité d'adopter une véritable législation lui paraît évidente, au moins pour garantir une sécurité minimum.
L'autre raison qui a motivé son travail vise non seulement à promouvoir l'uniformisation des mesures en place, mais aussi à resserrer la coopération entre les agences compétentes. Il est bon, a-t-il ajouté, que le public puisse, pour sa part, mieux comprendre ce qui se passe et les changements impliqués pour l'avenir.
Iruan Ergui Wu, un petit garçon de cinq ans, se serait bien passé de sa célébrité soudaine. Orphelin depuis quelques mois, il a fait récemment l'objet d'une intense dispute concernant sa garde entre sa grand-mère brésilienne et son oncle taïwanais, l'affaire prenant au Brésil des proportions nationales après les menaces de boycottage lancées contre des produits de l'île.
Fils d'un Taïwanais qui servait comme officier de marine marchande, Iruan a d'abord été élevé au Brésil où il est né en 1995. Sa mère morte il y a trois ans à la suite d'un cancer, l'enfant a été confié à la garde de sa grand-mère brésilienne, jusqu'en mars dernier, lorsqu'il fut envoyé dans l'île pour ce qui aurait dû être des vacances d'une quinzaine de jours.
Une fois à Taïwan, le père d'Iruan aurait alors formulé le voeu de voir l'enfant rester à la garde de sa famille chinoise. On ne saura, hélas, jamais ce qu'il pensait exactement, puisqu'il est décédé peu après, emporté par une crise cardiaque. C'est l'oncle du petit garçon, M. Wu Huo-yen, qui l'a depuis pris en charge et, désirant le garder, refuse de le renvoyer au Brésil.
Sa grand-mère, qui réclame son retour, a remué ciel et terre pour le retrouver. Les médias brésiliens, s'étant emparés de l'affaire, en ont fait leur une et ont déclenché une intense campagne d'opinion en faveur du retour d'Iruan, au point de menacer Taïwan d'un boycott de ses produits.
Ici, le ministère des Affaires étrangères, tenu informé de la situation, estime ne pas être en mesure d'intervenir, arguant du fait que la famille taïwanaise disposent de droits égaux à ceux de la grand-mère brésilienne.
L'enfant n'ayant qu'un passeport brésilien lors de son entrée à Taïwan, le ministère de l'Intérieur vient de lui octroyer la nationalité de la République de Chine à laquelle il a droit par filiation. D'une façon générale, on estime ici que c'est aux tribunaux qu'il reviendra de trancher si aucune solution à l'amiable n'est trouvée.
L'aménagement de certains quartiers commerçants dans l'île va bientôt être soumis à une législation que le ministère de l'Economie est en train d'ébaucher. Marquant une avancée majeure du point de vue de la conception des espaces de vie dans la ville, le texte encouragera la formation d'associations de quartier pour promouvoir la vie communautaire mais aussi les activités commerciales ou culturelles au niveau local afin d'en tirer avantage sur le plan du tourisme.
Déjà 64 quartiers qui bénéficieront d'une attention particulière ont été identifiés dans toute l'île. Parmi les plus connus, on peut citer, par exemple, la rue piétonnière Chiming, à Taichung, le quartier de Hsimenting, à Taïpei, la ville des sculpteurs sur bois de Sanyi, dans le hsien de Miaoli, les boutiques de Yingko, célèbres pour leurs céramiques, ou encore celles de Pinglin, WulaiÉ
Ces lieux, qui disposent tous d'espaces de commerce situés dans un contexte culturel, paysager ou artisanal particulier qui a fait leur renommée, n'avaient jusqu'alors pas bénéficié d'une véritable politique d'ensemble fixant les règles d'un développement adapté aux conditions culturelles ou aux réalités locales.
Afin de rectifier les erreurs du passé et de mieux préparer l'aménagement futur de ces lieux de vie, les décisions seront prises à la base par des organisations de quartier, formées sur le modèle associatif, dont la création est recommandée dans le cadre du texte en préparation.
Les riverains seront donc associés au processus, comme d'ailleurs les experts et les chercheurs spécialisés qui contribueront en apportant leur connaissance et une vision d'ensemble, tandis que les collectivités locales assureront leur concours financier à la réalisation des projets qui auront été choisis.
Le texte de loi, complété dans les semaines qui viennent, pourrait être soumis dès la session prochaine au Yuan législatif.