Le président de la République ne s'était pas exprimé en public depuis quelques mois. Le premier anniversaire de son arrivée à la tête de l'Etat lui a donc fourni une excellente occasion de souligner positivement son bilan. Dans un discours pré-enregistré et diffusé sur les ondes le 18 mai, il s'est livré à un bref tour d'horizon de l'année écoulée, insistant sur les acquis démocratiques de sa présidence, avant d'évoquer l'avenir et la possibilité notamment de former un gouvernement de coalition après les élections législatives de décembre prochain. Voici les principaux points de son intervention:
La transition. Cette année a été celle du progrès démocratique, même si le processus d'ajustement politique n'est pas complété. Ni l'administration, ni l'opposition n'y sont vraiment parvenues, constate M. Chen Shui-bian qui est prêt à en tirer la leçon, appelant le gouvernement à faire preuve d'une plus grande initiative. Cependant, le changement est en marche et une nouvelle page d'histoire a été tournée. Les progrès accomplis à Taïwan sont sans précédent dans le monde chinois.
Le rôle économique. Le ralentissement économique mondial, la restructuration de l'industrie locale restent les défis majeurs à relever, estime le chef de l'Etat qui veut surmonter les divergences politiques pour résoudre les difficultés économiques. L'action ne doit pas seulement être perceptible à court terme, il faut aussi s'attaquer aux racines, aux origines mêmes de la résurgence du chômage et du recul de la croissance. M. Chen Shui- bian propose de regrouper des experts de tous les horizons politiques et professionnels au sein d'un groupe de réflexion qui, placé sous sa responsabilité directe, apporterait des remèdes aux problèmes -- l'économie et les investissements devant primer, s'est-il exclamé.
L'effort commun. Pas de succès économique sans arrêt de la lutte politique, répète le président pour mieux affirmer sa volonté de sortir de l'impasse actuelle, du désordre dans lequel se trouvent les relations entre le gouvernement et la législature. Leur interaction devrait être positive au contraire, assure-t-il, promettant de rechercher la stabilité en joignant ses forces à celles de l'opposition pour aller au-delà des " clivages politiques ". Il s'est donc engagé à former un gouvernement de coalition, appuyé sur une alliance majoritaire et consensuelle au sein du Yuan législatif, à la suite des élections de fin d'année.
Discussions au sommet. Les relations avec la Chine continentale connaissent elles aussi une phase de transition, maintenant que la donne politique de ce côté-ci du détroit de Taïwan a changé. S'il n'y a pas eu de progrès visible depuis un an, admet-il, il n'y a pas eu non plus de recul, et Taïpei est prête à reprendre le dialogue, n'importe quand, sur n'importe quel sujet, à condition que cela soit sur des bases démocratiques, équitables et pacifiques. Saisissant l'opportunité d'un prochain sommet à Shanghai du Forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), M. Chen Shui-bian a proposé à son homologue continental, M. Jiang Zemin, de le rencontrer en personne, sur l'autre rive.
Après une année de bras de fer avec un Yuan législatif qui lui est opposé, le président de la République, M. Chen Shui-bian, a changé de stratégie en évoquant la possibilité de créer un gouvernement de coalition, dans la foulée des élections législatives de décembre prochain.
Conscient que le blocage actuel dans le fonctionnement des institutions nuit gravement à la stabilité, le chef de l'Etat s'est résolu à étudier cette option, annonçant son intention lors du discours télévisé du 18 mai. Elle lui paraît raisonnable dans la mesure où aucun parti ne serait en mesure de remporter la majorité à l'issue du prochain scrutin, ce que les projections semblent pour l'instant confirmer.
Former un gouvernement d'union, le camp même du président s'était longtemps opposé à cette idée. Le réalisme et la nécessité de sortir de l'impasse politique ont contribué à pousser les chefs du Parti démocrate-progressiste (PDP) à revoir leur position. Désormais, la question se pose: avec qui former une coalition?
C'est avec le premier rival du PDP et l'ancien parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), que pourrait éventuellement se dessiner un compromis, aussi surprenant que cela puisse paraître. En fait, le KMT est loin -- comme le PDP d'ailleurs -- d'être une force monolithique. Traversées par des sensibilités parfois divergentes, certaines des mouvances qui le composent pourraient entamer un rapprochement idéologique avec quelques-unes des factions modérées au sein du parti de M. Chen Shui-bian.
Certains experts politiques pensent que, dans le cas où le PDP arriverait en tête lors des élections de décembre -- sans pour autant obtenir la majorité absolue --, le KMT, relégué soudainement en seconde position, se trouverait soumis à de fortes pressions internes. Tandis qu'une partie de ses membres préférerait rester dans l'opposition, une autre choisirait la participation. Un groupe de députés, baptisé par la presse locale la " faction Lee Teng-hui " en raison de ses liens serrés avec l'ancien chef de l'Etat, pourrait franchir le pas si les circonstances s'y prêtaient.
Du côté du KMT, on rejette bien sûr l'idée qu'une faction en son sein puisse agir seule, sans l'accord des instances dirigeantes. Celles-ci ont d'ailleurs prévenu que si le PDP préférait unilatéralement se mettre en contact avec quelques " députés francs-tireurs ", cette démarche serait considérée comme un " complot politique " qui n'aurait d'autre conséquence que de durcir l'opposition. Si toutefois une coalition devait voir le jour, elle ne pourrait que résulter d'une négociation poussée entre les partis concernés, estime la direction du KMT pour laquelle le débat sur les questions de fond passe avant le simple partage des portefeuilles ministériels.