Après les propositions de ventes d'armes américaines, les déclarations de Washington en faveur de Taïpei, ainsi que la fureur continentale à la suite de la visite de M. Lee Teng-hui au Japon, le président de la République M. Chen Shui-bian, a choisi d'effectuer une série de mises au point sur la situation dans le détroit de Taïwan.
Dans un entretien accordé début mai au quotidien japonais Sankei Shimbun, il a réitéré les appels au dialogue entre les deux rives, ainsi que les principes qui servent de cadre à la politique de Taïpei, soulignant que les ouvertures de paix qu'il avait formulées dans son discours d'inauguration l'an dernier tenaient toujours.
Il a également rendu un hommage appuyé à son prédécesseur à la présidence de la République, M. Lee Teng-hui, en précisant que son action avait grandement facilité la transition pacifique des pouvoirs dans l'île et que c'est lui qui, également, avait jeté les fondations actuelles des relations de Taïwan avec le Japon et les Etats-Unis.
Début mai encore, le chef de l'Etat avait réservé une autre interview au quotidien américain USA Today dans laquelle il a renouvelé ses offres de rencontres avec les dirigeants de Pékin -- " n'importe où, n'importe quand " --, les invitant à retourner au plus vite à la table des négociations.
Commentant les déclarations récentes de M. George Bush, le président américain, à propos de l'engagement de Washington aux côtés de Taïpei, M. Chen Shui-bian a fait preuve de prudence, signalant seulement qu'il n'avait pas constaté de " changement drastique " de la politique américaine.
Il s'est félicité néanmoins de la récente décision concernant les ventes d'armes qui permet de garantir l'équilibre des forces en présence, tout en donnant aux Taïwanais la confiance suffisante pour chercher à renouer un dialogue de paix avec l'autre rive.
Quelques jours plus tard, le 10 mai, à l'occasion de la formation officielle d'un escadron de chasse composé de Mirage, M. Chen Shui-bian a poursuivi sa série de commentaires, en soulignant que l'île avait été contrainte de renforcer ses moyens de défense en raison de la puissance militaire croissante de Pékin. " Nous n'avons pas l'intention de nous engager dans une course aux armements ", a-t-il cependant noté.
" J'appelle les communistes chinois à renoncer à l'usage de la force contre l'île et à remplacer le conflit par le dialogue ", s'est-il exclamé en ajoutant que sans de fortes capacités de défense, il n'y aurait ni sécurité nationale, ni dignité et pas de moyens suffisants pour mener une négociation. M. Chen Shui-bian a de nouveau offert de reprendre un dialogue constructif avec Pékin et de normaliser les relations entre les deux rives afin de pérenniser la paix.
Que ce soit en termes de qualité ou de quantité, les relations avec la Chine continentale ont connu des changements significatifs ces derniers mois, a déclaré récemment Mme Tsai Ing-wen, présidente de la Commission d'Etat des Affaires continentales, ajoutant qu'il lui semblait qu'elles étaient d'ailleurs arrivées à un point crucial.
C'est que la situation n'est pas aisée pour Taïpei, a-t-elle continué, en rappelant qu'il fallait aux autorités de ce côté-ci du détroit de Taïwan tenir compte du désir sincère qui existe ici de développer les échanges avec l'autre rive, sans pour autant sacrifier l'intérêt et la sécurité de l'île. C'est pourquoi, si le gouvernement a délibérément opté pour une politique d'ouverture à l'égard de la Chine continentale, a-t-elle continué, il ne peut la mettre en oeuvre que de façon graduelle.
L'objectif, à terme, restant bien sûr l'établissement de liaisons directes totales et complètes, la libéralisation des échanges commerciaux dans la foulée de l'accession prochaine de Taïwan et de la Chine continentale à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) en constituera donc une première étape attendue.
La seconde phase passera par la réalisation d'un mécanisme de sécurité économique et de confiance mutuelle grâce à un plan concerté garantissant la libre circulation des marchandises, des capitaux et des individus. Pour ce qui concerne plus particulièrement l'ouverture de l'île aux touristes continentaux qui aimeraient s'y rendre, des mesures concrètes pourraient être prises dans ce sens dès cet été, a indiqué Mme Tsai Ing-wen, qui souligne néanmoins leur complexité.
D'une façon générale, les échanges entre les deux rives et la forme qu'ils revêtent n'ont cessé d'évoluer. Jusqu'en novembre 2000, les Taïwanais ont effectué 17 millions de voyages en Chine continentale. En sens inverse, environ 550 000 visites de continentaux ont eu lieu dans l'île. On évalue à plus de 80 000 le nombre des mariages entre Chinois de part et d'autre du Détroit. Quant aux investissements taïwanais sur l'autre rive, ils auraient atteint un total cumulé de 60 milliards d'USD, selon la Banque centrale de Chine [Taïpei].